Quand Réjean Trottier a commencé à parler d’intelligence artificielle à ses collègues du Cégep de Trois-Rivières, certains professeurs couraient après lui dans les corridors pour lui confier en secret qu’ils utilisaient déjà des outils comme ChatGPT. Comme si c’était honteux. Comme si c’était un aveu. C’est ce climat-là, fait d’incertitude et de culpabilité, qui a convaincu l’enseignant et responsable de l’IA au Cégep qu’il fallait agir. Il est venu en parler le 12 mai 2026 au 93e congrès de l’ACFAS, à l’UQTR.
Un écart qui a tout déclenché
Le point de départ est un chiffre difficile à ignorer. Un sondage interne a révélé que 85 % des étudiant-es utilisaient déjà l’intelligence artificielle, contre seulement 34 % du personnel enseignant. Pas parce que les profs étaient contre. Plutôt parce qu’ils-elles n’avaient pas de repères. La demande numéro un qui est sortie des questionnaires, autant du côté des 91 enseignant-es que des 136 étudiant-es ayant répondu, était la même : des lignes directrices claires.
Trottier a choisi de ne pas attendre. « Je suis enthousiaste, mais je ne suis pas niaiseux. » La phrase résume bien la posture : reconnaître le potentiel sans fermer les yeux sur les risques, le plagiat, la vie privée, la dépendance aux outils, l’impact environnemental.
Une politique construite avec tout le monde
Pendant plus d’un an, le Cégep a consulté syndicats, direction pédagogique, direction des études, coordonnateurs-rices de départements, enseignant-es, étudiant-es, conseillers-ères pédagogiques et comité d’intégrité académique. Le résultat est une politique qui repose sur neuf principes directeurs : l’humain au cœur des décisions, le respect de la vie privée et de la diversité, l’intégrité intellectuelle et la transparence, la responsabilité partagée, l’utilisation responsable et durable, l’innovation pédagogique, la collaboration, la compétence numérique et l’évaluation continue des pratiques.
L’humain en premier, c’est le choix assumé de Trottier. Pas pour ralentir l’adoption de l’IA, mais pour s’assurer que ce soit toujours la personne qui décide, qui analyse, qui juge. L’outil suit. Pas l’inverse.
Agir avant que le tsunami arrive
Trottier a comparé l’arrivée de l’IA à un tsunami qui s’approche pendant qu’on cherche une chaise au soleil sur la plage. L’image a fait son effet dans la salle. Pendant que certains établissements hésitaient encore, les étudiant-es utilisaient déjà ces outils tous les jours. La politique, inspirée notamment de l’UNESCO, de l’Université de Sherbrooke, de la Déclaration de Montréal et du ministère de l’Éducation, était prête pour la rentrée 2025.
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Djocaris Théodore, journaliste
Initiative de journalisme local







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