Depuis 1947, Les Petits Chanteurs de Trois-Rivières font rayonner la région bien au-delà de ses frontières. Ce chœur, l’un des plus anciens et prestigieux au Québec, a bâti sa réputation sur un mélange unique d’exigence musicale, d’autonomie et d’un plaisir contagieux de chanter. Leur mission demeure claire : former des jeunes capables d’exprimer leur talent avec rigueur, sensibilité et beaucoup de cœur.
J’ai rencontré le directeur musical, artistique et pédagogique Marc Henric, à la barre depuis près de trois ans, ainsi que deux jeunes membres, Charles, 11 ans, et Abigaël, 10 ans, qui partagent avec nous ce que signifie grandir au sein d’un ensemble aussi exigeant qu’inspirant.
Marc Henric, pouvez-vous nous résumer l’histoire des Petits Chanteurs de Trois-Rivières ?
Les Petits Chanteurs ont été fondés en 1947. Un peu à l’image des réputés Petits Chanteurs à la croix de bois, en France, notre chœur reprend le répertoire traditionnel des maîtrises, c’est-à-dire un répertoire qui a 1 500 ans, auquel on associe un répertoire folklorique. En 1966, il s’est passé quelque chose d’important dans notre histoire puisque le chœur est devenu une école maîtrisienne. Les enfants ont été formé-es sur le temps scolaire et c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui. Actuellement, nous sommes au Collège Marie-de-l’Incarnation et ce, depuis 2010. Les enfants ont ainsi une formation qui est quand même assez professionnelle puisque c’est 10 heures de cours par décade.
Vous en êtes le directeur artistique, musical et pédagogique. Qu’est-ce qui vous a amené à accepter ce rôle-là ?
C’est un petit peu le hasard, j’avoue. C’est-à-dire que je me suis retrouvé en discussion avec l’équipe des Petits Chanteurs de Trois-Rivières en tant que compositeur, et l’idée tout d’un coup de venir prendre la direction de ce chœur m’a été proposée. Moi, je ne m’imaginais pas ce changement d’occupation au Québec parce que j’étais bien installé en France, mais après réflexion je me suis dit pourquoi pas. Donc, on a réfléchi avec mon épouse et puis finalement, on s’est dit on y va ! C’est comme ça que l’aventure a démarré. Il faut savoir aussi que Les Petits Chanteurs de Trois-Rivières sont très connus à l’international. Depuis que je suis enfant, je connaissais Trois-Rivières parce que j’étais moi-même un petit chanteur et que Les Petits Chanteurs de Trois-Rivières étaient déjà venus en France à cette époque-là. Le chœur était déjà reconnu comme excellent.
Qu’est-ce qui selon vous distingue ce chœur des autres chœurs ?
Beaucoup de choses. Ici, au Canada, il y a peu de maîtrises. En fait, il n’y a que cinq maîtrises dans tout le pays, ce qui est très peu. Et il y en a deux à Trois-Rivières. Donc, c’est une chance énorme ! Il y a les Petits Chanteurs de Trois-Rivières et la maîtrise du Cap, qui sont nos collègues, évidemment. Donc, voilà, c’est rare d’avoir une maîtrise, c’est-à-dire un chœur qui offre des enseignements sur le temps scolaire. Alors, ce n’est pas juste des enfants qui viennent après l’école pour répéter à l’occasion et faire des concerts. Par exemple, en cette saison 2024-2025, les enfants du Chœur se sont produits 35 fois. Donc, c’est un vrai engagement professionnel de leur part et c’est ça qui nous distingue, je pense, de plusieurs autres chœurs qui se produisent beaucoup moins. Je dis ça, bien sûr, sans critique. Chaque chœur fait ce qu’il fait et le fait bien. Mais c’est quelque chose qui nous différencie.
Votre chœur regroupe des jeunes de quel âge à quel âge ?
On commence très tôt puisque nous avons des enfants dès le préscolaire 5 ans, qui ne sont pas dans le chœur de concert, bien sûr, mais qui sont en formation, et nous allons jusqu’à la fin du secondaire. En fait, nous allons même au-delà puisque nous avons un chœur d’hommes. Donc, à n’importe quel âge, en fait, on peut venir chanter avec les Petits Chanteurs de Trois-Rivières.
Et votre répertoire, ça ressemble à quoi ?
C’est le plus large possible. Et c’est vraiment une obligation presque que je me donne parce que, pédagogiquement parlant, il est fondamental pour moi que les enfants aient accès à tous les types de répertoires. Les Petits Chanteurs pourront vous chanter de la musique médiévale, c’est-à-dire des œuvres qui datent d’il y a 1 200 ans, ou être sur scène pour faire un concert autour de la musique de Pink Floyd, par exemple, comme nous l’avons fait il y a quelques mois avec le groupe Illusion Floyd. Ça passe par de la musique sacrée mais ça passe aussi par de la musique populaire et par l’opéra.
À votre tour, Abigaël et Charles, qu’est-ce qui vous a amené-es à faire partie des Petits Chanteurs ?
Charles : Moi, ce qui m’a motivé, c’est que j’aimais vraiment ça, la musique, et je voulais trouver un groupe performant. Donc là, avec Les Petits Chanteurs, je peux vraiment bien apprendre !
Abigaël : Moi, j’aimais vraiment chanter et ma mère m’a dit « Ah, il y a un groupe de Petits Chanteurs, donc je t’inscris. »
La musique, c’est quand même du travail. Ça ne vous fait pas peur ?
Charles : Non, parce qu’habituellement nos spectacles sont en fin d’année, puis on travaille toute l’année dessus. Donc, on a vraiment beaucoup de temps.
Est-ce que vous avez du plaisir à chanter ?
Charles: Oui, parce qu’on est bien entouré-es quand on chante à l’école.
Abigaël : Moi aussi, c’est vrai, j’aime vraiment chanter, comme je l’ai dit tantôt, puis on est vraiment bien entouré-es.
Quand vous vous produisez en spectacle, que ce soit au Festivoix ou ailleurs, est-ce que vous avez le trac ?
Charles : Non, c’est vraiment facile, parce que tout est arrangé, tu sais ce qu’il faut faire, donc il n’y a rien de compliqué.
Abigaël : C’est facile, mais des fois, je suis stressée, mais je sais que ça va bien aller.
Marc Henric, quelle est la relation entre Les Petits Chanteurs de Trois-Rivières et le Festival?
C’est une relation de fidélité. Les Petits Chanteurs de Trois-Rivières sont au programme du festival depuis la création du Festivoix. Et il y avait un festival avant le Festivoix et Les Petits Chanteurs étaient déjà là. Donc, c’est une belle relation de fidélité et nous sommes toujours très heureux de participer au Festival.
Est-ce que votre public est aussi varié que votre répertoire ?
De plus en plus. C’est un public qu’on essaie de reconquérir parce qu’à cause de la pandémie, tous les groupes artistiques, je crois, se sont rendu compte qu’il y a eu une baisse de fréquentation des concerts depuis. Donc, effectivement, nous essayons de reconquérir ce public. On a un public qui nous est acquis, mais parfois Les Petits Chanteurs ont un petit peu une image comme figée dans le passé. Et moi, je veux vraiment montrer que ce n’est pas du tout le cas. D’abord, même faire des chants du passé, ça n’a rien de figé, parce que je vous assure que Jean-Sébastien Bach ou Wolfgang Amadeus Mozart, par exemple, c’était des gens qui étaient extrêmement dynamiques et dans leur style tout à fait rock’n’roll ! Donc, ça vaut vraiment le coup de découvrir cette musique avec toute l’intensité qu’on lui donne.
Et il ne faut vraiment pas hésiter à nous contacter soit pour être associé à notre liste de diffusion, ou alors pour venir voir une répétition. On accueille absolument tout le monde, c’est-à-dire que les enfants ou les familles qui souhaiteraient venir assister à une répétition pour voir comment ça se passe seront parfaitement accueilli-es. On prendra le temps de discuter et de voir ce qu’il en est. On a parfois l’image d’un groupe où c’est dur. Et des gens m’ont déjà dit : Les Petits Chanteurs, oui, c’est beau, mais ce ne sera jamais pour nous, c’est beaucoup trop exigeant.
C’est mal connaître les enfants, parce que je ne vais pas vous dire que ce n’est pas exigeant, bien sûr que c’est exigeant. Mais je vous assure qu’ils sont heureux de cette exigence et je vous assure qu’ils sont parfaitement capables de la mener et que ça les élève. Et il ne faut pas avoir peur de ça parce que, derrière l’exigence, il y a beaucoup de bonheur et beaucoup de joie ! Il y a trois termes qui sont très importants chez Les Petits Chanteurs, qui guident tout mon travail : autonomie, exemplarité et joie.
La joie, c’est vraiment la finalité. Et ce n’est pas de la joie qui va nous faire plaisir quelques secondes et qu’on oublie. Non, c’est la joie qu’on ressent parce qu’on aura beaucoup travaillé et que, tout d’un coup, on aura réussi quelque chose d’exceptionnel et qu’on aura transmis ce bonheur au public. C’est très fréquent que les gens, à la fin des concerts ou pendant les concerts, ont les larmes aux yeux. Et ça, ça ne s’oublie pas.






