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Steven Roy Cullen, mai 2016

Lors des élections fédérales de 2015, les syndicats du Québec ont mené une campagne d’opinion publique dans plusieurs circonscriptions de la province où le vent semblait favorable aux Conservateurs. Leur but avoué ? Renverser le gouvernement Harper.

Les origines de l’action politique des syndicats

Avant la Révolution tranquille, l’action des syndicats demeure essentiellement confinée à l’intérieur des limites définies par les IMGP8629activités de l’entreprise, et ce, même si la volonté d’intervenir directement dans la sphère politique se fait de plus en plus pressante devant l’intransigeance du régime de Duplessis. En raison de l’immobilisme des partis dominants, la création d’un parti des ouvriers porté par le mouvement syndical semble à l’époque de plus en plus probable. L’exécutif de la CSN, de tradition non partisane, va même jusqu’à autoriser une participation aux pourparlers en vue de fonder un nouveau parti politique au Canada (ces discussions mèneront à la création du NPD).

L’arrivée au pouvoir des Libéraux de Jean Lesage en 1960 vient calmer les ardeurs des syndicats. Ces derniers donnent leur appui et parfois collaborent à la mise en place d’une série de mesures gouvernementales favorables aux travailleurs et à l’ensemble de la population telles que l’instauration de l’assurance-hospitalisation (1961), la création du ministère de l’Éducation (1964), l’établissement de la Caisse de dépôt et placement (1964) et, la plus marquante, la nationalisation de l’électricité (1962).

Le deuxième front

Malgré les avancées importantes réalisées sous le règne des Libéraux, les syndicats restent toutefois sur leur faim. Ils veulent réformer le système capitaliste et réalisent que, pour y arriver, il leur faut emprunter la voie de l’action politique. Cette volonté et ce constat sont à l’origine de l’ouverture du deuxième front.

Le 13 octobre 1968, le président de la CSN, Marcel Pepin, présente devant les membres de son syndicat rassemblés en congrès un rapport moral intitulé Le deuxième front.

Véritable appel à la mobilisation, ce rapport découle d’un constat simple. La justice sociale ne peut être atteinte par une action qui se limite au périmètre de l’entreprise. Si tous les gains obtenus dans le cadre des négociations d’une convention collective sont anéantis par les politiques socioéconomiques et l’avidité des plus riches, alors il faut ouvrir un deuxième front à l’extérieur des murs de l’entreprise.

Le deuxième front cherche à faire sortir les syndicats du cadre strict du contrat de travail pour lancer un mouvement d’éducation populaire sur les enjeux sociaux et économiques affectant les conditions de vie de leurs membres et de la population en général. Il doit déboucher sur une action concrète, une prise de pouvoir populaire à la faveur de la mise en place, notamment, de comités de citoyens, d’associations de locataires et de groupes de consommateurs.

Vers une relance du deuxième front?

Le deuxième front aura laissé sa marque sur les syndicats, qui continuent aujourd’hui de mener des campagnes d’éducation populaire pour lutter, notamment, contre les changements climatiques, l’évasion fiscale, l’évitement fiscal et la privatisation de nos services publics. Certaines personnes estiment toutefois que la vigueur des actions menées sur le deuxième front s’est estompée et que ce dernier doit être réactivé. D’autres sont d’avis que cette réactivation représente un élément essentiel du renouvellement du syndicalisme, surtout, depuis la timidité évidente des syndicats à soutenir le mouvement social du printemps érable en 2012.

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