La Gazette entame une série de rencontres avec des personnes qui s’impliquent activement dans la cause environnementale en Mauricie. Ce mois-ci, La Gazette a rencontré l’écologiste et ancienne conseillère municipale Mariannick Mercure. Son parcours personnel et professionnel atypique l’a amenée à développer des habiletés uniques et lui permet de comprendre les enjeux sociaux complexes. Elle milite donc à sa manière, non sans parfois soulever de vives réactions, mais avec intégrité. Dans cet entretien, elle explique pourquoi elle s’est lancée en politique municipale, et pourquoi elle s’en est retirée. Elle parle également de ses nouveaux projets communautaires et à connotation sociale. 

Un parcours hors du commun

Mariannick Mercure explique avoir évolué dans un milieu progressiste et que « son gaz a toujours été la justice sociale ». Au cégep, elle a d’abord étudié en santé animale, mais, dit-elle, elle « n’était pas l’élève parfaite » et « avait des difficultés scolaires ». Malgré tout, elle s’inscrit à l’université et se découvre une réelle passion pour les sciences naturelles. Pendant près d’une vingtaine d’années, sa carrière s’articule ainsi autour de l’environnement, ce qui fait que, lance-t-elle en riant, elle « a vu l’environnement sous presque tous les angles ».

À la suite de ses études en sciences de l’environnement, elle entreprend une maîtrise en science politique. Elle aurait pu aller dans un autre domaine, dit-elle, mais aurait quand même fini en politique. D’ailleurs, son mémoire a porté sur les politiques de développement durable dans différentes municipalités du Québec. Avec une analyse stratégique des organisations comme cadre conceptuel, les résultats de sa recherche révèlent que, quand on débat d’une politique de développement durable dans une municipalité, même si on fait la promotion d’une approche concertée en gestion environnementale, la rationalité technico-administrative persiste. En fait, les personnes concernées, du domaine économique et du domaine environnemental, élaborent des stratégies d’évitement de la concertation, particulièrement autour du développement immobilier, ce qui entraîne un déplacement du pouvoir vers les responsables économiques et une mobilisation citoyenne face aux enjeux environnementaux. Mme Mercure possède ainsi une expertise unique en matière de politiques municipales de développement durable. 

Quatre années en politique municipale

Élue conseillère municipale du district des Forges en 2017, elle a décidé en 2021 de ne pas solliciter un deuxième mandat.  « Je n’étais pas là pour mes intérêts personnels, je me consacrais aux dossiers de sécurité routière et liés à l’environnement. J’étais là pour les intérêts de la collectivité. Mon but, ce n’était pas de me faire réélire, alors je n’avais pas besoin de me modérer », explique-t-elle. En revanche, une de ses qualités en tant que conseillère a toujours été la transparence, qu’elle a aussi voulu appliquer au conseil municipal. Ainsi, elle a proposé une résolution pour permettre aux journalistes d’assister aux réunions plénières des conseillers et conseillères, qui se déroulaient à huis clos, mais celle-ci pas été retenue. « J’ai adoré mes quatre années au conseil, c’était très stimulant et challengeant. Par contre, j’avais vécu beaucoup de désillusions dans le travail que je faisais auparavant, et au conseil, il y avait des discours qui venaient vraiment me chercher. Tu sais, des personnes qui affirment des choses en privé et le contraire en public. Somme toute, ça a été une belle expérience, malgré les insultes [éclat de rire]. »

Militantisme et entreprenariat

Après avoir quitté la politique municipale, Mariannick Mercure, fidèle à elle-même, a continué de graviter autour de la politique municipale. À l’aube de l’agrandissement du parc industriel de Trois-Rivières grâce au projet du Carrefour 40-55, qui entraînerait la destruction de milieux humides, l’activiste s’est impliquée activement dans le dossier. Elle est l’une des instigatrices de l’organisme Terre précieuse, une coalition de regroupements environnementaux de la région de Trois-Rivières. Elle mentionne « qu’il n’y avait pas nécessairement de lien [entre les organismes], que le milieu était un peu décousu et qu’il y avait aussi des tensions ». Le but était donc de « créer une coalition pour leader en environnement », c’est-à-dire créer un puissant réseau de contacts. Malgré l’adoption du projet du Carrefour 40-55 par la Ville de Trois-Rivières, Terre précieuse et ses partenaires ont réussi à faire ralentir le processus, à faire parler du projet dans les médias et à informer la population. 

Mariannick Mercure a également fait partie du regroupement Mères au front, qui a aussi été très présent pendant le débat sur le projet du Carrefour 40-55. C’est ce regroupement qui a pris l’initiative d’offrir une chaise des générations au conseil municipal. Cette chaise, peinte et décorée par des enfants, devait être placée dans la salle du conseil municipal pour rappeler aux élu-es que leurs décisions ont un impact sur la jeunesse. Un très grand nombre de villes et de municipalités ont maintenant leur chaise des générations. En fait, Trois-Rivières est « la seule ville qui a refusé de participer au projet », raconte la militante. 

Actuellement, Mariannick Mercure s’implique dans l’atelier de vélo communautaire La Cyclerie, située dans les locaux du cégep de Trois-Rivières, dont elle est d’ailleurs l’une des fondatrices. La nouvelle entrepreneure explique que l’objectif de La Cyclerie est la démocratisation du vélo utilitaire. On ne parle pas seulement d’ateliers de mécanique, mais « d’un milieu de révolution » affirme-t-elle. La Cyclerie offre une multitude d’ateliers communautaires à ses membres, par exemple sur la pratique du vélo en hiver et sur les vélos cargos pour les familles. « On a même pu distribuer plusieurs vélos à des immigrant-es d’origine africaine qui ne possédaient pas de moyens de transport. » 

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