Charles Fontaine, Comité de Solidarité/Trois-Rivières

Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 887 milliards de dollars américains en 2025.
Pourrons-nous réellement célébrer cette année la Journée internationale de la paix ce 21 septembre? En lisant la nouvelle brochure du Collectif Échec à la guerre, publiée en juillet 2026, on ne peut que penser que cette journée sera noircie par l’escalade militaire sans précédent que connaît le Canada depuis quelque temps.
Depuis 1949, le Canada est membre de l’OTAN, une alliance largement dominée par les États-Unis. Pendant plus de 20 ans, Washington y a fait pression pour que ses alliés consacrent 2% de leur PIB à la défense. Le Canada, longtemps réfractaire, plafonnait ses dépenses à 1,3% encore en 2024.
Puis, tout s’est accéléré. En 2025, Mark Carney s’est engagé à atteindre la cible de l’OTAN dès 2028-2029, avant d’annoncer, une fois devenu premier ministre, 9,3 milliards de dollars de dépenses supplémentaires pour l’atteindre dès cette année avec des dépenses militaires totalisant désormais 62,7 milliards.
Mais Trump voulait davantage: dès janvier 2025, il exigeait 5% du PIB de la part des membres de l’OTAN, une cible entérinée en juin 2025 et à atteindre d’ici 2035. Dans le budget Carney de novembre 2025, le gouvernement s’y est formellement engagé, une trajectoire qui, si elle se concrétisait aujourd’hui, engloutirait près du tiers du budget fédéral. Parallèlement, on planifie de faire passer les forces de réserve canadiennes de 30 000 à 400 000 personnes, et les enrôlements ont atteint un sommet en trois décennies.
Ce réarmement nous est présenté comme la garantie de notre sécurité, un moteur économique et un geste d’affirmation face aux États-Unis. Or, ces trois arguments ne tiennent tout simplement pas la route.
D’abord, côté sécurité: les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 887 milliards de dollars américains en 2025, dont 55% proviennent des seuls pays de l’OTAN, déjà largement dominants. Une nouvelle course aux armements, où chaque bloc s’arme davantage pour répondre à l’autre, ne peut que mener à une insécurité généralisée dont nous constatons déjà les effets avec la multiplication des conflits armés des dernières années. La seule chose que ce réarmement protège réellement, c’est la rentabilité des multinationales de l’industrie militaire et leur accès aux ressources et aux marchés.
Ensuite, l’économie: l’industrie militaire est une industrie à forte concentration de capital et à faible utilisation de main-d’œuvre. Autrement dit, chaque dollar investi dans les chars ou les avions de chasse crée moins d’emplois que le même dollar investi en éducation, en santé, en logement ou dans la transition écologique, et ce, sans parler des retombées sociales que ces secteurs génèrent et que l’industrie militaire ne génère pas. Il s’agit d’un fait corroboré par différentes études, dont la plus réputée est issue du projet Costs of War de l’Université Brown aux États-Unis.
Enfin, la question de l’accroissement de notre indépendance face aux États-Unis s’effondre tout simplement devant les faits. Différents médias nationaux révélaient dès novembre 2025 que les 88 chasseurs F-35 commandés par le Canada ne peuvent être déployés sans l’aval de Washington qui en contrôle les logiciels et les systèmes d’entretien. Ainsi, céder aux exigences de Trump en matière de dépenses militaires, c’est alimenter le complexe militaro-industriel américain, pas s’en affranchir.
L’accord commercial entre les États-Unis et l’Union européenne, conclu en juillet 2025, l’illustre bien: l’Europe a eu droit à une réduction des tarifs douaniers contre un engagement à acheter pour 750 milliards de dollars américains d’armes, de pétrole et de gaz américains.
Pour la Journée internationale de la paix, il faut, comme le fait le Collectif Échec à la guerre, nommer les choses: la nouvelle fièvre militariste ne rend le Canada ni plus sûr, ni plus prospère, ni plus souverain.
Comme l’écrivait déjà en 1984 Geneviève Baril-Gingras du Collectif féministe antimilitariste de Québec, «ce ne sont ni les missiles ni les chars qui nous donneront les services sociaux, les logements et les emplois dont nous avons besoin». Cette conviction, quatre décennies plus tard, n’a rien perdu de son actualité.







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