Dans le documentaire Quand punir ne suffit pas, la réalisatrice trifluvienne Pauline Voisard explore un territoire rarement montré : celui où des personnes touchées par un acte criminel acceptent de s’asseoir avec les responsables de cet acte pour tenter de comprendre, de dire et, parfois, de panser. Sans mise en scène, ce film suit de près un processus souvent perçu comme abstrait, mais qui révèle toute sa densité humaine.
Dès les premières images, on comprend que Pauline Voisard ne cherche ni à expliquer ni à convaincre. Elle observe et laisse toute la place aux voix, aux hésitations et aux silences lourds qui en disent parfois autant que les mots.
À un moment, le film montre un véritable processus de médiation entre une caissière d’une pharmacie et un jeune qui a commis un vol à l’étalage avant de la bousculer en prenant la fuite. On assiste à leur échange, à la façon dont chacun et chacune tente de comprendre l’autre, et à l’espace de dialogue qui se crée entre eux.
Les rencontres ne sont jamais brusquées, et certaines séquences semblent presque suspendues, comme si la réalisatrice refusait de rompre l’équilibre fragile qui s’établit entre les personnes impliquées. Ce choix esthétique donne intentionnellement au film une lenteur qui permet au spectateur d’entrer dans la profondeur émotionnelle de ces échanges rarement accessibles.
Un travail de longue haleine
L’un des fils conducteurs du documentaire est la question de la sécurité, omniprésente mais jamais didactique. Elle se lit dans la disposition des lieux, dans la posture attentive des médiatrices et médiateurs, dans le cadrage qui protège davantage qu’il n’expose.
On devine le travail colossal en amont : préparation, rencontres individuelles, évaluations et respect des limites. Cette rigueur invisible structure le récit sans jamais s’imposer à l’image. « Ça a pris plus de deux ans à faire, il était important pour moi d’y aller doucement pour créer un lien de confiance, autant avec les intervenants et intervenantes que les personnes qui participent au processus de justice réparatrice », explique la réalisatrice.
On y découvre aussi la perspective de personnes dont on entend peu parler, celles qui ont été blessées mais qui n’ont jamais trouvé d’espace pour nommer ce qu’elles ont vécu. Le documentaire leur offre une visibilité sans voyeurisme, une présence respectueuse qui témoigne de leur humanité plutôt que de leur seule souffrance.
Le film Quand punir ne suffit pas rappelle, tout simplement, que la justice ne se rend pas uniquement grâce à un jugement, mais aussi dans la rencontre suscitée par ce processus « réparateur ».





