lgbtq+ microagressions
Les conséquences des microagressions seraient tout sauf banales.

Utilisé pour la première fois dans les années 1970 par le psychiatre Dr Pierce, le terme « microagression » désigne toute parole ou tout geste qui seraient vécus négativement par les membres d’un groupe marginalisé. Cette forme subtile de violence n’est pas réservée aux personnes issues de la communauté LGBTQ+ puisqu’elle peut aussi affecter les personnes de couleur ainsi que tout individu faisant partie d’un groupe qui vit des expériences de discrimination ou d’exclusion. Ces microagressions seraient souvent banalisées, voire acceptées socialement. En effet, il s’agirait fréquemment de commentaires dits à la blague ou de remarques intrusives. Or, les conséquences des microagressions seraient tout sauf banales.

La perpétuation des préjugés 

Selon Torino et al. (2018), les microagressions peuvent prendre trois formes différentes. D’abord, il y aurait les microassauts, soit une attaque directe et intentionnelle qui vise à partager des sentiments discriminatoires. Par exemple, interpeller un homme homosexuel en le traitant de « tapette » ou de « fif » ou refuser d’utiliser les pronoms choisis par une personne transgenre constituent des microassauts. Ensuite, il y aurait les micro-insultes, soit des commentaires ou des gestes qui sont insensibles à la réalité des personnes LGBTQ+. Notamment, présumer qu’une personne transgenre a reçu une chirurgie d’affirmation de genre est une micro-insulte. Puis, il y aurait également les micro-invalidations, soit des commentaires ou des gestes qui rejettent systématiquement les expériences vécues des membres d’un groupe. Il pourrait s’agir, entre autres, de questionner la légitimité de la bisexualité d’une personne puisque celle-ci a déjà été dans une relation hétérosexuelle.

Pour Munro et al. (2019), les microagressions permettraient de faire perdurer la marginalisation sociale des individus issus de la communauté LGBTQ+ en plus d’ébranler le sentiment de confiance et de sécurité de ceux-ci. C’est pour cette raison que Munro et ses collègues suggèrent d’ouvrir le dialogue à cet effet afin d’identifier les comportements et paroles qui, malgré leur apparence banale, peuvent être porteurs d’une certaine violence pour les personnes marginalisées.

Des personnes de la communauté se confient

Amy Gervais est mère d’un bébé, étudiante en enseignement à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et bisexuelle. Elle mentionne que les gens établissent parfois un lien entre la bisexualité et le fait d’être « mêlé, confus ». Sinon, en raison de son apparence féminine, Amy Gervais explique qu’elle se fait répondre, à l’occasion, qu’elle « n’a pas l’air gay ». De façon similaire, Anne Dumberry, présidente du Comité Diversité de l’UQTR, note qu’assumer la sexualité ou l’identité de genre d’autrui est une pratique fréquente. Elle affirme qu’elle connaît de nombreuses personnes transgenres et non-binaires qui continuent de se faire appeler par leur morinom (« deadname ») et par leurs anciens pronoms.

Noémie Turgeon, étudiant(e) à l’UQTR, est dans une relation queer depuis maintenant quelques années. Iel avoue s’être souvent fait demander : « c’est qui le gars et la fille dans le couple? » Noémie avance que « lorsqu’il y a une personne plus masculine [dans le couple], j’ai l’impression que les gens tiennent pour acquis justement qu’il y a une personne qui va faire le gars, une personne qui va faire la fille. » Iel continue en mentionnant qu’il n’est pas rare qu’iel se fasse répondre des blagues extrêmement sexuelles en annonçant sa relation avec une femme. « C’est toujours très très sexualisé et c’est toujours [la sexualité] qui revient en premier. Je me suis souvent fait demander qui portait le strap-on. » Outre cela, Noémie souligne que les hommes sexualisent, voire fétichisent, sa relation avec sa copine. Iel explique que ceux-ci semblent parfois excités lorsqu’ils apprennent qu’iel est en couple avec une femme.

Mettre fin à la violence

Ces microagressions sont toutes des formes banalisées de violence qui légitimisent la discrimination des personnes LGBTQ+. Même s’il n’existe pas de statistiques pour brosser un portrait juste de la situation québécoise, il semble certain que la communauté LGBTQ+ d’ici se porterait mieux sans ces dernières.

 

Sources :

Munro, L., Travers, R., & Woodford, M. R. (2019). “Overlooked and invisible: everyday experiences of microaggressions for LGBTQ adolescents. » Journal of Homosexuality66(10), 1439–1471. https://doi.org/10.1080/00918369.2018.1542205

Torino, G. C., Rivera, D. P., Capodilupo, C. M., Nadal, K. L., & Sue, D. W. (2018). “Everything You Wanted to Know About Microaggressions but Didn’t Get a Chance to Ask.” Microaggression theory: Influence and implications, 1-15.

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