david goudreault
L’écrivain David Goudreault. Crédit : Sacha Bourque

Collaboration Le Sabord

Premier Québécois à remporter la Coupe du monde de poésie à Paris en 2011, le slammeur, romancier, poète et travailleur social David Goudreault n’est plus à présenter.  Trifluvien d’origine, il revient souvent en Mauricie pour partager ses spectacles d’art vivant, présider le Salon du livre… ou encore pour publier sa dernière création. Il signe, dans le numéro 121 | cellules du Sabord, la nouvelle « Battements de nerfs ». 

La violence a toujours été au cœur de l’œuvre de David Goudreault. Il s’y intéresse sous toutes ses formes : celle subie, celle reçue et celle que l’individu s’inflige à lui-même. Dans « Battements de nerfs », il se penche plus particulièrement sur l’automutilation « dans la conjoncture de symptômes psychiques et physiques ». Cette nouvelle est particulière : l’auteur épouse souvent la voix narrative d’une personne marginale (jeune délinquant dans la trilogie La bête, immigrante de deuxième génération dans Ta mort à moi). Or, dans cette nouvelle, la voix narrative est celle du psychiatre qui collige les documents d’archives relatant les différents contacts de son patient troublé avec le système de santé. Le regard froid et chirurgical du médecin est opposé à la violence qui habite le corps malade du sujet : « les psychiatres ont un rapport particulier à la détresse, très clinique, empreint de recul professionnel alors qu’ils ont affaire à la détresse humaine », explique l’auteur.

La perspective du psychiatre, donnée à lire à travers les rapports médicaux, est écrite sous forme de document. David Goudreault aime ce travail de la langue, qu’il avait déjà exploré dans Ta mort à moi : « il y a quelque chose de l’impressionnisme dans cette approche; on ajoute de petites touches ici et là, des détails insignifiants pris à part, mais qui donnent la perspective de l’ensemble. » Le protagoniste, un jeune adolescent anxieux, est pris d’un mal qu’il nomme tapia, qui le pousse notamment à se couper trois doigts pour les empêcher de bouger. L’expression tapia vient d’une expérience personnelle : « je suis anxieux, et je tape souvent du pied. Mon père me répétait souvent d’arrêter mon “maudit tapia”. Le côté maudit de cette manie m’a inspiré », confie l’auteur.

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David Goudreault, en plus de créer de la poésie, de la musique, des spectacles et de nombreux romans, possède une sensibilité toute particulière pour les arts visuels. Il confie n’avoir dans sa maison « que des œuvres d’artistes québécois, et beaucoup de contemporains ». Il accorde une grande importance au travail d’édition de ses livres, plus particulièrement à leur couverture et « au choix des illustratrices pour ses albums jeunesse ». 

En attendant la parution de son recueil de poésie Vif oubli, qui paraît ce mois-ci aux éditions Mémoire d’encrier, ou de son roman Maple à paraître cet automne chez Stanké, la nouvelle « Battements de nerfs », entre la provocation, l’exploration et la compassion, saura certainement ravir le public de l’auteur… Et, peut-être, l’inciter à taper des doigts !

Extrait

« La première consultation liée au syndrome non spécifique ciblé, le 5 septembre 2015, ne donna pas lieu à une évaluation psychiatrique. Dr. Hamuri, médecin urgentologue, n’a laissé aucune note quant à l’observation de comportement automutilatoire intentionnel, il a plutôt diagnostiqué un passage à l’acte impulsif. Il est relevé que le sujet s’est infligé une perforation du muscle gastrocnémien en se plantant un compas dans le mollet droit, onze pouces au-dessus de la cheville, face extérieure. La blessure ayant été provoquée durant les heures de classe, devant de nombreux témoins, et de manière théâtrale, voire histrionique (le sujet ayant hurlé et décrit un grand arc avec son bras droit avant d’enfoncer l’objet de métal dans sa jambe), le médecin a conclu à un simple acting-out impulsif. Il est noté que le sujet ne s’est plaint de la douleur d’aucune façon, allant jusqu’à prétendre au médecin traitant qu’il éprouvait un soulagement. Aucun suivi médical n’a été recommandé, une référence au service d’aide psychosociale du CSSS-CIUSSS fut jugée adéquate et suffisante. »

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