Jean-Claude Landry, mai 2016

Confrontées au phénomène de la mondialisation de l’économie avec ses délocalisations d’entreprises vers des pays où les droits du travail sont peu ou pas existants, les organisations syndicales voient diminuer inexorablement le nombre de leurs adhérents. Baisse de 5 % dans les pays de l’OCDE et d’un peu moins de 2 % au Canada. C’est au Québec qu’on semble le mieux résister à cette tendance à la baisse, avec une diminution de moins de 1 %. Doit-on voir là un autre trait du caractère distinctif de la société québécoise?

Le Québec détient la palme du taux de syndicalisation au Canada : 39,5 % des travailleurs y sont couverts par une convention collective, comparativement à 31,3 % pour l’ensemble du Canada. Une situation qui vaut tant pour les femmes que pour les hommes présents sur le marché du travail.

Mais la distinction entre la réalité syndicale au Québec et au Canada n’est pas qu’affaire de statistiques, elle se manifeste également par une présence syndicale active au plan social et économique.

La participation constante des organisations syndicales aux débats de société et les revendications historiques de celles-ci en faveur de politiques publiques et fiscales pour une meilleure répartition de la richesse et plus de justice sociale témoignent d’une approche qui dépasse largement la stricte gestion des conventions collectives de travail. Hausse du salaire minimum, défense de la langue française, lutte pour l’équité salariale, réclamation de services de garde, bonification de l’assurance-chômage et de l’aide sociale, abolition des clubs de chasse et de pêche privés, l’histoire des causes sociales soutenues par les syndicats au bénéfice de la classe moyenne et des plus démunis est d’une grande richesse. Pour l’heure, le mouvement syndical québécois constitue incontestablement la principale force d’opposition et de résistance aux politiques d’austérité et à la privatisation des services publics.

Au début des années 1980, alors que le Québec traversait une période de récession extrêmement difficile, la FTQ faisait une entrée spectaculaire dans le monde de l’épargne et de l’investissement avec la création du Fonds de solidarité de la FTQ, une première dans les annales du monde syndical. Suivi en cela, quelques années plus tard, par la CSN avec la mise en place de Fondaction. Au fil des ans, au-delà de leur contribution significative au maintien d’emplois et à la consolidation d’entreprises québécoises menacées de fermeture, le Fonds de solidarité (11,2 milliards $ d’actif) et Fondaction (1,4 milliard $) sont devenus des acteurs d’envergure au sein du monde de l’épargne et de l’investissement au Québec.

À ces deux institutions d’importance s’ajoutent les nombreuses caisses d’économie mises en place par les syndicats pour favoriser l’épargne chez leurs membres et combattre leur endettement. La plus importante d’entre elles, La Caisse d’économie solidaire Desjardins détient un actif de plus 730 millions $ et se démarque des autres institutions financières par un modèle d’affaires original axé sur le développement et la consolidation d’entreprises à propriété collective œuvrant, souvent, dans le champ social.

Reconnue comme porteuse d’une langue et d’une culture distinctives dans le vaste ensemble nord-américain, la population québécoise, dont l’attachement historique à ses institutions est indéniable, se distingue dans bien d’autres sphères de la vie en société. La réalité syndicale québécoise est manifestement une de celles-là.

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