Photo : Fertiles, accompagnement en permaculture.

La création de jardins familiaux, l’aménagement d’un potager éducatif et des ateliers de formation au secondaire font partie d’un grand projet d’agriculture urbaine et de permaculture qui prend forme dans la communauté atikamekw de Wemotaci, en Haute- Mauricie.

Nori Cadorette Sirois et son conjoint André-Philippe Awashish sont les instigateurs du lieu de rencontre et d’éducation populaire artistique la Ruche d’Art Kokomino à Wemotaci. Il y a quatre ans, l’organisme a entrepris une démarche d’agriculture urbaine dans la communauté.

« On a commencé par installer et entretenir des petits potagers surélevés à l’école primaire, à l’épicerie et au centre de santé », explique Nori Cadorette Sirois. « Puis l’année suivante, en 2019, nous avons fourni sept grandes boites de culture à sept familles de la communauté. » Le projet visait alors deux objectifs : transmettre des connaissances sur la culture de légumes et faire découvrir de nouveaux aliments.

Depuis, le soutien de plusieurs partenaires, entre autres le Centre d’innovation sociale en agriculture (CISA), a permis au projet de prendre de l’expansion. Les objectifs sont désormais beaucoup plus ambitieux et visent notamment à réduire l’insécurité alimentaire.

L’été dernier, sept nouvelles familles ont été accompagnées dans la réalisation de potagers domestiques au sol. « Puisque les chiens sont en liberté dans la communauté, on a clôturé tous les potagers pour les empêcher d’endommager les cultures », précise Nori Cadorette Sirois.

Parallèlement, on a aménagé un « jardin éducatif permacole » de 400 pieds carrés (37 m2)dans un milieu boisé. « On a réfléchi pour couper le moins d’arbres possible tout en créant assez de lumière pour cultiver, explique madame Cadorette Sirois. Un clin d’œil à la fois à la culture atikamekw qui est plus dans le bois et à la culture occidentale du jardin bien rangé. »

Une philosophie inspirée de la nature

Le mot permacole se rapporte au concept de permaculture, formé de la contraction des termes « permanent » et « agriculture », mais aussi de l’expression « culture de la permanence ». Bien plus qu’une simple méthodologie, il s’agit d’une philosophie qui invite à travailler avec la nature plutôt que contre elle.

Pour Christelle Fournier, consultante qui assiste la Ruche d’Art Kokomino dans le projet, la permaculture touche des valeurs qui sont déjà présentes dans la communauté atikamekw. À son avis, ses membres se sont facilement réapproprié les grands principes éthiques qu’elle véhicule : prendre soin de la terre, partager équitablement, prendre soin de l’humain.

« En s’inspirant des écosystèmes naturels, la permaculture établit des interactions favorables entre les composantes des sites dont elle conçoit l’aménagement : les humains et leurs besoins, le territoire et ses caractéristiques, les plantes annuelles et pérennes qui y poussent, les animaux, les sols, les microclimats, l’eau, etc. En connectant ces éléments, elle forme des associations productives, résilientes et aussi autonomes que possible. » – Bill Mollison, cocréateur du concept de permaculture.

Un projet d’innovation sociale

La démarche dans son ensemble est considérée par le CISA comme un projet d’innovation sociale en recherche-action. « Le but, affirme Émilie Parent, chargée de projet au CISA, est que le projet soit entièrement celui de la communauté. On développe ensemble des méthodes de recherche qui se collent à la réalité autochtone. »

Selon Nori Cadorette Sirois, on cherche par exemple p« des méthodes de culture qui ne nécessitent pas trop d’entretien, puisque plusieurs membres de la communauté quittent le village pour chasser durant de longues périodes en été. »

De même, les expériences de jardinage permettent de documenter la culture sur sols sableux en climat froid, souligne Christelle Fournier : « Wemotaci est en zone de rusticité 2B. On se rend compte qu’il n’y a pas de livre qui nous explique comment faire. On prend des notes et on réajuste chaque année en fonction des observations. »

Des ateliers scolaires

Le souci de transmission s’est transposé à l’école cet automne alors que des ateliers d’agriculture urbaine et de permaculture ont été ajoutés au cursus du programme de 1re secondaire.

Christelle Fournier a encadré deux ateliers cet automne et en offrira deux autres d’ici la fin de l’année scolaire. Le matériel pédagogique créé permettra ensuite au personnel enseignant de poursuivre la démarche dans les prochaines années. « On y va doucement : cela fait partie des principes de la permaculture de pérenniser ce que l’on accomplit », fait-elle valoir.

Le conseil atikamekw de Wemotaci s’implique activement dans le projet. Dans les années à venir, il est question de construire une serre communautaire, d’ouvrir un café-causerie dans les locaux de la Ruche d’art et d’aménager des forêts nourricières près des écoles primaire et secondaire.

 

 

 

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