La récente mobilisation antiraciste organisée par le groupe Citoyen·ne·s du monde du Comité de solidarité de Trois-Rivières (CS3R) a généré un fort élan citoyen sur le terrain, mais elle a aussi mis en lumière l’ampleur des discours haineux qui circulent en ligne. En moins de 24 heures, les publications liées à la marche anti-raciste ont été vues plus de 50 000 fois, une portée qui frôle aujourd’hui les 75 000 vues, bien au-delà des quelques milliers de vues habituelles.

Réactions face aux commentaires haineux
Pour les organisateurs et organisatrices, l’expérience des commentaires haineux a été à la fois déroutante et révélatrice. Charles Fontaine, agent aux communications et à la mobilisation au CS3R, confie : « J’ai eu un mélange de dédain et de découragement. Je me suis dit “Bon, c’est rendu même sur la publication de la manifestation antiraciste”. Mais ensuite, j’ai réalisé que, par le symbole de cette marche, on avait apporté un mouvement à Trois-Rivières. C’est ce mouvement qui pousse les mentalités haineuses à sortir de leur trou et à s’afficher. »
Anne-Julie Morasse, agente d’éducation à la citoyenneté mondiale, note que plusieurs facteurs semblent expliquer ce phénomène : l’anonymat facilité des comptes, la présence apparente de faux profils activés par des algorithmes et un contexte social tendu qui alimente les amalgames contre les personnes immigrantes et racisées.
Un jeune membre du comité organisateur Citoyen·ne·s du monde ajoute : « Ce qui m’a surpris, c’est qu’il y avait plusieurs commentaires banalisant le racisme à Trois-Rivières, ou même niant son existence. Certaines personnes riaient sur des photos sérieuses de la manifestation. Ces réactions accentuent ma motivation. Elles montrent que le racisme est partout, et que la diversité des approches antiracistes nous guidera vers un monde plus paisible. » Ces réactions montrent que, même si les commentaires haineux causent du découragement, ils peuvent aussi renforcer la détermination à poursuivre le travail pour l’inclusion sociale.
La réalité de la haine en ligne
Les expériences locales s’inscrivent dans une réalité plus vaste. Selon une étude canadienne, près de 24 % des personnes interrogées déclarent voir du contenu haineux ou discriminatoire concernant les immigrant-es plusieurs fois par semaine ou quotidiennement, ce qui illustre la fréquence de ce phénomène sur les plateformes numériques.De plus, selon des données de Statistique Canada, plus de 70 % des jeunes de 15 à 24 ans ont été exposé-es à du contenu potentiellement haineux ou violent en ligne.
Une analyse de l’Institut de la statistique du Québec indique également qu’environ 30 % des internautes québécois-es de 15 ans et plus déclarent avoir vu du contenu haineux sur Internet, avec des taux plus élevés chez les groupes ciblés en raison de leur identité culturelle ou religieuse.
Les réactions des organisations locales
Pour SANA Trois-Rivières, un organisme dédié au soutien interculturel, ses usagers et usagères n’ont pas signalé de plainte : « Aucune inquiétude ou crainte ne nous a été signalée en lien avec cette situation. Nous encourageons nos usagers à exprimer toute situation préoccupante de manière respectueuse et, au besoin, à signaler les comportements inappropriés aux autorités compétentes. Nous valorisons les approches axées sur l’ouverture, le dialogue et la rencontre interculturelle, et nous mettons en lumière les contributions positives des personnes issues de la diversité », précise Corban Boanerges Vokpoma, directeur général par intérim.
Pour Voix de Pasaj, l’impact des messages haineux est plus concret. Sandra Baron, cofondatrice, explique : « Nous recevons de manière épisodique des messages racistes sur notre page Facebook, mais la première explosion vraiment haineuse a eu lieu lorsque nous avons été à la une de La Gazette de la Mauricie en septembre dernier. Nous avons reçu des messages grossiers et agressifs, certains même avec des menaces. Cela provoque de la stupeur et du découragement, mais aussi un regain de détermination et de solidarité au sein de l’équipe. L’équipe capture les messages haineux, les efface et transmet les cas pertinents aux autorités policières. Il est important de ne pas répondre directement aux messages haineux et de chercher du soutien auprès d’organismes spécialisés. Ces situations rappellent l’importance de la solidarité et de la vigilance collective, et montrent que la prévention et l’éducation restent les meilleurs outils pour contrer la haine en ligne. »
Un engagement renforcé malgré les obstacles
Ces expériences mettent en lumière les défis auxquels sont confrontés les militant-es engagé-es dans la lutte contre le racisme, notamment dans un environnement numérique où les discours haineux peuvent être amplifiés par des algorithmes et par l’anonymat. Néanmoins, les propos recueillis à ce sujet témoignent d’une résilience collective : celle de construire des espaces de rassemblement, de dialogue et d’inclusion, essentiels pour lutter contre les préjugés, renforcer les solidarités et bâtir une société plus juste, inclusive et solidaire.







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