Les dommages causés par un conflit armé sont 20 % plus élevés que dans le cas d’une catastrophe naturelle et 50 % plus élevés que dans le cas d’une crise financière.

Le nombre de conflits armés dans le monde ne cesse d’augmenter. Il atteint aujourd’hui un sommet de 130, soit plus du double par rapport à la décennie 2000-2010. Conséquemment, cette évolution pousse de nombreux pays à augmenter leurs dépenses militaires, malgré les contraintes budgétaires que cela impose. Alors que certains y voient un risque pour la paix mondiale, d’autres y voient une manière de soutenir la croissance économique.  Qu’en est-il au juste ?  

L’idée selon laquelle la guerre relance l’économie ne date pas d’hier. Elle constitue un vieux sophisme, souvent lié à la théorie keynésienne mal comprise de l’intervention de l’État, selon laquelle les dépenses publiques créent de l’emploi et relancent la production, comme cela a été le cas pour sortir de la Grande Dépression des années 1930. Suivant cette vision, les commandes militaires de l’État stimuleraient l’industrie et réduiraient le chômage à court terme. 

Or, dans le cas des dépenses d’armement, cette croissance est illusoire, parce que, d’une part, elle détourne l’usage de fonds d’infrastructures et d’équipements productifs civils à des fins militaires, et que, d’autre part, ces mêmes équipements militaires serviront à la destruction d’infrastructures et d’équipements utiles à la société. Ainsi, dépenser dans l’armement détruirait de la richesse au lieu d’en créer. 

Les pertes économiques

En général, les pays affligés par une guerre enregistrent une chute brutale de leur économie. Selon le Fonds monétaire international¹, la production (ou le PIB) des pays en guerre diminue en moyenne de 3 % au début du conflit, puis continue de baisser jusqu’à 7 % au terme de cinq années de ce conflit, de sorte que les séquelles économiques sont encore perceptibles dix ans plus tard. À titre de comparaison, les dommages causés par un conflit armé sont 20 % plus élevés que dans le cas d’une catastrophe naturelle et 50 % plus élevés que dans le cas d’une crise financière, ce qui entraîne une chute des rentrées fiscales et une hausse importante des dépenses publiques de compensation.  

De surcroît, l’incertitude causée par la guerre provoque des sorties de capitaux et une baisse des investissements étrangers, que la banque centrale d’un pays se doit de juguler en haussant les taux d’intérêt, causant par le fait même un financement plus coûteux des dépenses des ménages et de l’État.

Les coûts de la guerre

Les guerres ont aussi des coûts directs démesurés, qui se chiffrent le plus souvent en milliards de dollars pour un État. Que ce soit en dépenses de fonctionnement (salaires, loyers), en fournitures (équipements, munitions, carburant) ou en destruction de matériels, les coûts sont considérables. Le conflit actuel au Moyen-Orient a coûté plus de 10 milliards de dollars² aux États-Unis dans la première semaine seulement, montant auquel s’ajoutent 500 millions de dollars par jour depuis la deuxième semaine. Le soutien militaire de l’Occident à l’Ukraine serait de l’ordre 230 milliards de dollars à ce jour, alors que la Russie y aurait englouti plus de 2 500 milliards de dollars depuis 2022.                                                                                 

Alors, en définitive, non, la guerre n’est pas un moyen pour relancer l’économie. Elle crée plutôt un cercle vicieux de destruction d’infrastructures ainsi que de hausse des dépenses de réparation et de la dette publique.

 

Annotation :

  1.  Fond monétaire international, Les guerres entraînent des coûts économiques persistants, tandis que la hausse des dépenses de défense impose des arbitrages difficiles, 6 avril 2026.
  2. En dollars américains.

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