Par son art, Wikwasa Newashish Petiquay essaie de faire en sorte que les gens prêtent plus attention aux connaissances et aux œuvres autochtones. PHOTO : Isabelle Padula
Éva Padula-Grondines

Wikwasa Newashish Petiquay est actrice, dessinatrice, peintre, photographe et sculptrice. Elle a participé à différents projets abordant l’importance de la préservation de la culture chez les jeunes Atikamekw, dont le film Soleil Atikamekw, sorti en 2023. Je l’ai rencontrée pour La Gazette. Voici mon entrevue.

Wikiwasa, tu as participé au film Soleil Atikamekw. Peux-tu nous résumer en quelques phrases le sujet de ce film ?

Soleil Atikamekw, c’est un film qui a été librement inspiré d’une histoire vraie qui s’est passée, malheureusement, quelques années après l’apparition de la route qui relie Saint-Michel et Manawan. C’est une histoire qui a touché pas mal toute la communauté de Manawan.

 

Quel rôle joues-tu dans le film et comment t’es-tu préparée pour ce rôle ?

Moi, je jouais le personnage de Martha. La préparation pour ce rôle est un peu drôle dans mon cas, parce que j’ai embarqué dans le projet peu de temps avant le tournage. Donc, je n’avais pas tant de temps pour me préparer, mais ce que je faisais, c’est que je me pratiquais souvent avec des gens de la communauté pour être capable de lire le script.

 

Qu’est-ce qui t’a le plus marquée dans ce film ?

Ce qui m’a le plus marquée, c’est vraiment la vie sur un plateau : voir comment tout le monde fonctionnait avec les différents emplois cinématographiques et comment tout le monde travaillait ensemble pour réussir à faire en sorte que le film représente ce que la réalisatrice voulait mettre en lumière, cette histoire taboue.

 

Quel est ton lien avec la communauté de Manawan ?

Mon lien avec la communauté de Manawan, c’est que j’ai grandi là-bas. Mes parents aussi viennent de là. J’ai des grands-parents qui venaient d’une autre communauté, mais la plupart des membres de ma famille venaient de Manawan.

 

As-tu déjà vécu du racisme ?

Oui, j’ai déjà vécu du racisme, quelques fois, et j’en vis encore un peu aujourd’hui, mais c’est moins « hardcore », si on peut dire, qu’auparavant. Quand j’étais plus jeune, je suis partie étudier dans une école en ville et je m’en souviens tout le temps, parce que je trouvais ça drôle, cette situation-là, d’une certaine manière. J’étais partie manger à la cafétéria et c’était la première fois que j’allais manger là. J’étais assise, j’avais mes écouteurs et j’écoutais ma musique. Pendant le moment de silence entre deux musiques, il y a deux jeunes qui sont venus me voir et ils ont commencé à me parler en me traitant de plusieurs noms dégradants pour les Autochtones. Mais j’ai juste fait comme si de rien n’était, comme si je ne les entendais pas parce que j’avais mes écouteurs et, à un moment donné, ils ont arrêté et ils sont partis. Je me suis dépêchée de finir mon dîner, je me suis levée et je me suis dit : c’est la dernière fois que je vais manger là. Comme je le disais, ça m’arrive encore aujourd’hui d’être exposée au racisme, mais ce n’est pas aussi intense. Je me fais suivre, par exemple, dans les centres commerciaux. Donc, j’évite le plus souvent d’être seule dans un endroit public.

 

Qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir ou mieux comprendre les communautés autochtones ?

Je pense que c’est la même chose qu’avec n’importe qui : parler, être prêt à être ouvert d’esprit, poser des questions et prendre le temps d’être sensibles aux problèmes et au passé de n’importe quel individu. Peu importe d’où il vient, peu importe ses origines. Et l’accueillir, peu importe tout ça.

 

Quelles langues parles-tu ?

Je parle surtout le français, mais quand je dois le parler, je parle aussi l’anglais. Malheureusement, je ne parle pas l’atikamekw, mais je le comprends si on parle assez lentement.

 

Pourrais-tu nous parler d’un de tes coups de cœur culturels ?

Mes coups de cœur sont beaucoup d’œuvres d’artistes, comme Jacques Néwashish, que je n’ai pas pu voir personnellement, mais j’adore les histoires qu’on me raconte sur son processus de création. J’aime beaucoup aller à Onikam, c’est à Shawinigan. Je suis allée une ou deux fois et j’ai adoré à chaque fois y aller parce qu’à Onikam, les gens donnent beaucoup d’ateliers, pas obligatoirement pour les Autochtones, mais aussi pour les Autochtones qui peuvent venir créer et apprendre des choses. Ils font aussi des expositions. Par exemple, ils en ont fait avec des jeunes.

 

Quel est ton mets traditionnel préféré ?

Mon mets traditionnel préféré, c’est la bonne banique de mon père et de ma mère. Tous les deux font de la banique et il y a comme un petit goût spécial que j’essaie encore de trouver.

 

Tu es une artiste multidisciplinaire, comment décrirais-tu ce que tu crées ?

Je décrirais mon art comme un peu poétique, comme la langue atikamekw, avec la construction des phrases, la tournure des mots et l’histoire de chaque mot, parce que chaque mot a une histoire. J’aime bien décortiquer des mots pour qu’on en voie l’intérieur ou l’intérieur d’un sujet que j’ai envie d’aborder dans mon projet. Par mon art, j’essaie un peu de montrer mon intérieur et de faire en sorte que les gens prêtent plus attention aux connaissances et aux œuvres autochtones, à la présence des Autochtones ici.

 

Qui ou quelles sont tes sources d’inspiration comme artiste ?

L’une de mes sources d’inspiration, c’est surtout la transmission, parce que c’est un peu comme un appel d’urgence que je ressens envers les plus jeunes générations qui, elles, commencent à parler beaucoup plus l’anglais que le français et que l’atikamekw. Pour moi, c’est comme si je voulais présenter, mais sans le faire explicitement, des connaissances que j’ai apprises.

 

Quels sont tes projets à venir comme artiste et comme comédienne ?

Comme artiste, je pensais faire quelques expositions et continuer à développer mes compétences. En tant que comédienne, je ne suis pas trop sûre de ce que je pourrais faire de plus, j’ai plus envie de prioriser mes études avant d’aller plus loin dans tout ça. Si on m’offre quelque chose, je vais accepter, mais je ne cours pas après, on va dire !

Merci Wikwasa !

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