Ensemble pour nourrir la Mauricie: une centaine d’intervenant-es du milieu alimentaire ont imaginé ensemble l’avenir nourricier de la région.
Plus d’une centaine d’acteurs et d’actrices du système alimentaire mauricien se sont réuni-es récemment au Complexe Laviolette, à Trois-Rivières, pour la première journée Ensemble pour nourrir la Mauricie. Producteurs et productrices, organismes communautaires, institutions et personnes élues des Municipalités ont répondu à l’appel, le temps d’une rencontre consacrée à une question cruciale: comment bâtir un système alimentaire régional plus résilient, plus équitable et mieux ancré dans les réalités de la Mauricie?
La journée s’inscrit dans la continuité du projet COSAM 2022-2025 (Coalition pour le système alimentaire de la Mauricie), une démarche de recherche participative sous la direction de Laurence Guillaumie, professeure agrégée à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval. Après trois années passées à dresser le portrait des défis alimentaires du territoire, les organisateurs et organisatrices ont voulu marquer le passage de la réflexion à l’action collective.
Concrètement, la rencontre a pris la forme d’une succession de panels, de conférences et d’un atelier expérientiel, ponctués de pauses de réseautage et de visites de stands présentant diverses initiatives. Une grande toile collective, une murale d’interconnexion, a aussi illustré les liens entre les différents maillons du système alimentaire régional, des champs jusqu’à l’assiette.
Pour plusieurs des personnes présentes, la mobilisation tenait autant de l’économie que de la solidarité. «Se nourrir n’est pas un luxe, c’est un besoin essentiel», a rappelé Jean-François Aubin, maire de Trois-Rivières, en plaidant pour que l’alimentation devienne une priorité collective et un levier d’autonomie pour la région. Guy Veillette, président de la Table des élus de la Mauricie, a également souligné que nourrir la population figure parmi les responsabilités des Villes, au même titre que le logement, les infrastructures ou le développement économique. Au-delà des discours, c’est la volonté de travailler de façon concertée qui a donné le ton à la journée.
Des exemples qui inspirent
La rencontre a aussi fait une large place aux expériences venues d’ailleurs. Étienne Croteau, agent de développement des communautés de la MRC d’Arthabaska, a raconté le long travail amorcé dans sa région pour doter le système alimentaire d’une véritable gouvernance. Tout est parti, vers 2020, d’une volonté de réunir autour d’une même table les milieux politique, scolaire, municipal et de la santé. Le plan d’action qui en a découlé a été adopté en janvier 2024, une étape qu’il juge déterminante: «Lorsqu’un plan est entériné par les élu-es, a-t-il observé, il devient bien plus difficile d’y renoncer.» Parmi les outils déployés dans son coin de pays, il a mentionné l’implantation d’épiceries et de points d’accès alimentaire dans des villages mal desservis, ainsi que des marchés mobiles. À ses yeux, l’alimentation doit s’imposer comme une préoccupation collective et publique, capable d’interpeller les élu-es à l’approche des prochaines élections.
Changer de posture
Pawel Porowski, conseiller, système alimentaire de proximité, de l’organisation Vivre en Ville, a pour sa part insisté sur les conditions qui font la réussite de telles démarches. Il a donné l’exemple de Contrecœur, accompagnée par son organisme depuis 2021, où une zone agricole protégée d’environ 87 hectares a été soustraite à la spéculation immobilière pour être louée à des agriculteur-trices de la relève. Surtout, il a dégagé quelques leçons tirées de l’expérience. La première tient à un changement de posture: passer du réflexe de se demander ce qu’on vient faire dans une telle démarche à une réflexion sur ce que chacun-e peut y apporter. Bâtir prend du temps, a-t-il rappelé, en évoquant un projet de centrale alimentaire qui a mis près de 10 ans à voir le jour. Apprendre à se connaître, s’adapter aux besoins du milieu et oser, sans jamais cesser de réfléchir et d’évaluer: voilà, selon lui, ce qui permet d’avancer de façon cohérente.
Des initiatives bien d’ici
La Mauricie n’est pas en reste. Plusieurs projets régionaux ont été présentés, dont un incubateur agricole qui permet à des entrepreneur-es, jeunes ou moins jeunes, de tester un modèle d’affaires avant de se lancer pour de bon. On y trouve une belle diversité de parcours, dont celui de personnes immigrantes qui s’initient aux pratiques agricoles québécoises. Le projet s’appuie aussi sur des partenariats de recherche pour qu’on puisse mieux évaluer ses retombées. Mais au-delà des entreprises qui en émergent, c’est la collaboration entre les porteur-euses de projets qui s’avère la plus grande richesse découlant de la démarche.
Au terme de la journée, un même constat revenait: cette première journée Ensemble pour nourrir la Mauricie n’était pas une fin, mais un point de départ. Plusieurs participant-es ont d’ailleurs souhaité disposer de plus de temps pour échanger et tisser des liens, signe d’un réel appétit de collaboration. Reste maintenant à transformer cet élan en gestes concrets pour nourrir, durablement, la Mauricie.
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Djocari Lauris Théodore, journaliste pigiste
Initiative de journalisme local







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