À chaque élection, on se demande ce que fera le nouveau gouvernement pendant ses 100 premiers jours. Les médias ont rendu ce repère incontournable et les partis s’en servent pour fixer le cap. Encore faut-il que les citoyens sachent comment le lire.
Pendant la campagne, dans les débats comme en entrevue, la question finit toujours par tomber : « Que ferez-vous dans vos 100 premiers jours? » Aucun parti n’y échappe. Une fois le gouvernement élu, les médias reprennent la même question, cette fois pour dresser le bilan. Les 100 jours sont devenus une étape inévitable de la vie politique. Mais d’où vient ce rituel?
L’expression remonte à 1815. Revenu de l’île d’Elbe, Napoléon reprend le pouvoir en France avant de le perdre à Waterloo quelques mois plus tard. L’histoire retiendra cette période sous le nom de « Cent-Jours ».
En 1933, en pleine Grande Dépression, le président américain Franklin D. Roosevelt fait adopter une série de lois en un peu plus de trois mois. Ce sont les journalistes, plus que Roosevelt lui-même, qui popularisent alors cet étalon des 100 jours. Depuis, les médias l’appliquent à presque chaque nouveau gouvernement, ici comme ailleurs.
Une occasion pour les politiciens
Pour un parti qui prend le pouvoir, les 100 premiers jours ont des avantages. Au début d’un mandat, la population se montre généralement plus indulgente. C’est ce que les politologues appellent la « lune de miel ». Le moment est idéal pour fixer le cap et imposer son style de gouvernance.
Tout le monde sait aussi qu’on ne réforme pas la santé ou l’éducation en trois mois. Les gestes des 100 jours sont donc souvent modestes, mais concrets et visibles : une baisse de taxe, un gel de salaires, la parité au Conseil des ministres. Ils permettent de montrer rapidement qu’on tient parole.
Mais aussi un piège
Pour se démarquer, les partis proposent des mesures attrayantes. Ils finissent parfois par promettre plus qu’ils ne peuvent réaliser en si peu de temps. Chaque engagement pris pour séduire devient une charge de plus à porter une fois élu.
Une fois au pouvoir, le gouvernement doit rendre des comptes. Les médias, qui ont posé la question pendant la campagne, sont au rendez-vous pour le bilan. Ce sont eux qui mènent la danse, avant comme après l’élection.
Comment lire les 100 jours
Reste la question qui compte pour la population : faut-il voir dans les 100 jours une simple mise en scène ou une véritable unité de mesure de la bonne gouvernance? Cette période permet-elle de savoir si un gouvernement sera bon et jusqu’à quel point il faut leur faire confiance?
À mon avis, il ne s’agit pas d’un facteur déterminant. Trois mois sont trop courts pour réaliser quoi que ce soit de durable. Les 100 jours servent surtout à donner le ton.
Les chiffres invitent d’ailleurs à la prudence. Selon le Polimètre de l’Université Laval, qui suit les engagements des gouvernements, la Coalition avenir Québec (CAQ) avait réalisé deux de ses 251 promesses à la fin novembre 2018, près de deux mois après son élection. Au fédéral, un an après l’élection de Mark Carney, 9 % des 440 promesses libérales étaient réalisées en tout ou en partie, et 62 % restaient en suspens.
Faut-il y voir une manœuvre pour cacher des promesses? Je ne le crois pas. Mais la population doit savoir que les 100 jours sont d’abord un moment d’apaisement.
En effet, les nouveaux gouvernements bénéficient généralement d’une certaine clémence au début de leur mandat. Les citoyens doivent rester attentifs. Les 100 premiers jours donnent une première idée de la direction prise, mais le vrai bilan se mesure sur quatre ans, promesse par promesse.
Au Québec, le nouveau gouvernement vient d’entrer en fonction. C’est le moment de commencer à regarder, d’éveiller notre vigilance sans nous arrêter au centième jour.
« Les 100 jours ne sont pas un verdict. Ils indiquent une direction. »
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Djocari Lauris Théodore, journaliste pigiste
Initiative de journalisme local









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