Il est indéniable que notre économie est, aujourd’hui plus que jamais, interconnectée. Est-ce en soi une bonne nouvelle? Disons que ça dépend pour qui.
Prenons un simple t-shirt, celui-ci a probablement voyagé plus que vous cette année. Les matières dont il est fait viennent d’un pays, sa couture d’un autre, et il vous a été vendu dans un troisième. Cette « chaîne de valeur mondiale » n’est conçue que pour une seule chose: maximiser les profits des multinationales.
Peu importe le produit, le scénario reste toujours le même. On extrait les ressources dans les pays du Sud global, à faible coût. Elles sont transformées là où la main-d’œuvre est peu protégée et donc peu chère. On vend ensuite le tout dans les marchés du Nord et les bénéfices y restent. Cette division internationale de l’économie n’arrive pas de nulle part, elle perpétue des inégalités issues du colonialisme.
En un an seulement, les pays du Nord se sont approprié 220 milliards de dollars de ressources du Sud global. Une somme qui, selon Jason Hickel de London School of Economics, serait assez pour éliminer l’extrême pauvreté quinze fois. Et pourtant, ce sont plutôt les dettes qui étranglent les pays du Sud global. L’organisation CCFD-Terre Solidaire rapporte, par exemple, que 62 d’entre eux versent plus d’argent à leurs créanciers qu’ils n’en investissent dans la santé. Pour ces sociétés, les intérêts avalent ce qui devrait soigner, instruire et construire.
Ajoutez à cela les crises financières, alimentaires, environnementales et sanitaires. Chaque fois, le même constat: le système privilégie la croissance au détriment du bien-être des gens et des écosystèmes. Chaque fois, ce sont les plus vulnérables qui paient la facture. Les politiques d’austérité imposées par les institutions financières internationales depuis les années 1980 forcent les États à couper dans l’essentiel. Partout, on privatise et transforme des services publics en marchandises. Et celles et ceux qui défendent les droits économiques et sociaux? Criminalisés, réprimés.
Alors, que pouvons-nous faire? Ne surtout pas baisser les bras, parce qu’il existe d’autres façons de penser l’économie. L’économie des soins, par exemple, remet le bien-être des personnes au centre des décisions. L’économie sociale et solidaire mise sur la coopération, la démocratie, la primauté des gens sur le profit. Ce ne sont pas des rêves idéalistes, ce sont des modèles qui existent déjà.
Il faut aussi, collectivement, serrer la vis à ceux qui en abusent: imposer un devoir de diligence plus contraignant pour les multinationales, lutter contre l’évasion fiscale, mettre fin aux paradis fiscaux et annuler des dettes illégitimes aux pays du Sud global.
Les accords commerciaux, eux, doivent être renégociés pour respecter les droits humains et l’environnement. Et surtout, une économie juste garantit à toutes et tous un salaire décent, un logement, la santé, l’éducation, une alimentation suffisante, un environnement sain. Il ne tient qu’aux syndicats, mouvements sociaux, organismes de solidarité internationale et communautés locales de s’allier, par-delà les frontières, pour se faire le contrepoids aux multinationales.
Parce que si l’interdépendance actuelle de nos économies enrichit une minorité et appauvrit la majorité, ce n’est ni inévitable, ni acceptable. À nous de bâtir une économie qui sert l’humanité plutôt que de l’asservir.







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