Le 17 décembre 2022 dernier avait lieu un concert des plus étranges. Michel Kozlovsky, directeur musical et chef de l’Orchestre pop de Trois-Rivières, avait donné carte blanche au chanteur soliste de la soirée, Sylvain De Carufel. Les personnes qui connaissaient déjà l’imaginaire de l’artiste invité savaient peut-être à quoi s’attendre. Le reste du public, lui, s’apprêtait à assister à tout un dépaysement musical.

« Un concert un peu spécial »

Sylvain De Carufel porte plusieurs chapeaux — littéralement —, et tous plus extravagants les uns que les autres. Auteur-compositeur-interprète, notamment dans le trio de théâtre musical Jardin Mécanique, mais aussi conférencier, animateur et plus encore, l’artiste semble collectionner les projets créatifs, dont celui de ce concert intitulé Audacieux.

La trentaine de membres de l’Orchestre pop de Trois-Rivières sur la scène de la salle J. Antonio-Thompson a joué devant une salle comble à quelques jours de Noël. Or, si le public s’attendait à un concert festif, on lui a plutôt offert un aperçu du répertoire musical fétiche du soliste invité, qui s’approche davantage du lugubre.

Avec du crayon noir autour des yeux, pantalons retroussés au-dessus de ses Doc Martens et des gants coupés au niveau des doigts, Sylvain De Carufel détonne aux côtés du chef Michel Kozlovsky, vêtu d’un complet noir traditionnel. « Bienvenue à un concert un peu spécial », prévient De Carufel avant d’introduire le premier morceau, Being for the Benefit of Mr. Kite des Beatles.

Tout le corps raconte une histoire

De Carufel offre sur scène ce soir-là des interprétations expressives et une voix agile (qu’il s’agisse de son élocution claire, même en anglais, ou de ses prouesses vocales), particulièrement lors de ces premiers morceaux. Chez le chanteur, tout le corps participe à raconter une histoire, particulièrement ses mains, qui miment quasiment les paroles dans les premiers morceaux.

« Bienvenue dans mon cauchemar », lance De Carufel avec Welcome to my Nightmare d’Alice Cooper. S’ensuivent trois morceaux du répertoire de Jardin Mécanique, écrits par De Carufel, savamment joués par l’orchestre et dont les textes stimulent l’imaginaire. Le triomphe de la cupidité, tout spécialement, marque l’esprit avec un texte résolument anticapitaliste.

Le chanteur invité quitte la scène pour la partie instrumentale de L’enthousiasme de M. Hedwidge, comme il le fera à plusieurs occasions. Ces sorties de scène servent sans doute à laisser plus de place à l’orchestre, par contre elles attirent l’attention sur l’absence de De Carufel. Peut-être aurait-il été possible de plutôt faire s’asseoir le soliste sur un tabouret à l’écart sur la scène ? Il aurait ainsi pu réagir lui aussi à l’orchestre, qui était excellent.

Un morceau parfait

Avec No More Tears de Ozzy Osbourne, le vocaliste se gâte avec un solo de guitare ainsi que de nombreuses cabrioles vocales qui montrent l’étendue de son registre. Puis, Jack’s Lament du célèbre film L’étrange Noël de Monsieur Jack, morceau absolument parfait dans ce contexte, permet une fois de plus de faire briller le talent d’interprète de De Carufel.

L’éclairage de Martin Boisclair aura fait montre en somme d’une belle créativité, excepté pour cette chanson extravagante de Danny Elfman qui aurait mérité une mise en scène d’éclairage un brin plus expressive. Après The Trial de Pink Floyd et Proclamation de Gentle Giant, le public se lève dans une même vague en ovation debout, juste avant un entracte bien mérité.

Un chef « fier de sa musique »

Au retour de l’entracte, le directeur musical Michel Kozlovsky introduit The Unanswered Question de Charles Ives. Il s’agit d’un morceau instrumental au rythme assez particulier qui met en valeur le travail soigné de l’Orchestre pop. De retour sur scène, De Carufel remarque la joie sur le visage de Kozlovsky et lance : « Il est fier de sa musique ! » Avec raison.

No Quarter de Led Zeppelin et The Unforgiven de Metallica permettent de replonger dans un univers plus rock, la voix de De Carufel étant d’ailleurs très similaire à celle de James Hetfield, avec cette même distorsion et cette puissance rock.

Moment d’émotion : le chanteur présente Verlene, la vocaliste invitée pour la prochaine chanson, mais aussi sa conjointe qu’il désigne comme « la femme de [s] a vie ». Le morceau Empoisonnez-moi a été écrit par De Carufel pour cette dernière, et malgré un quiproquo de micro, sa prestance sur scène et son intensité impressionnent.

Après une chanson de Silverchair et de Genesis, il ne reste plus qu’à entamer le dernier morceau au programme. Morceau qui se démarque définitivement des précédents puisqu’il s’agit de Uptown Funk de Bruno Mars, qui fait bouger et sourire le public en moins de deux.

Un programme audacieux

Le concert Audacieux de l’Orchestre pop de Michel Kozlovsky avec Sylvain De Carufel mérite son titre. On assistait à l’audace du répertoire musical, celle du chanteur invité dans sa performance, sans oublier la précision de l’orchestre et le brio des adaptations musicales de Kozlovsky. Et De Carufel n’a fait que cimenter sa réputation d’artiste sachant raconter une histoire — qu’elle soit lugubre ou non.

 

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