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Le 21 janvier 2023, nous célébrons les 75 ans de l’adoption du drapeau du Québec, le fleurdelisé. Pour mieux comprendre sa signification, revenons sur les moments importants qui jalonnent son histoire.

La fleur de lys est l’un des plus vieux emblèmes du monde. Son émergence remonte à l’Égypte ancienne où la croix ansée est le symbole du pouvoir souverain. C’est en l’an 507 qu’apparaît pour la première fois la fleur de lys, sur le drapeau de Clovis, Roi des Francs depuis au moins dix ans. Vers 840, sous Charles II le Chauve (petits-fils de Charlemagne), la fleur de lys parait sur un sceptre royal. Elle devient dès lors le symbole de la monarchie Capétienne. En 1179, on la retrouve sur les armoiries du roi de France, Philippe Auguste. Finalement, on la retrouve aussi sur les armoiries des ducs de la Normandie, province viking de l’an 911 jusqu’en 1204 et région colonisatrice du Canada dès le 17e siècle. Son origine la plus probable est l’inspiration de l’iris, une fleur jaune qui croît à l’époque des Francs sur les bords de la Lys, une rivière de Belgique. C’est pourquoi, sur les vieilles armoiries françaises, la fleur de lys est représentée de couleur or.

En juillet 1534, Jacques Cartier accoste à Gaspé et prend possession d’un territoire qu’il nomme « Canada » au nom de François 1er, qui l’a envoyé explorer les « Terres neuves ». Il y plante une croix ornée du blason du roi de France, ainsi qu’une seconde croix sur l’Île Saint-Quentin, près de Trois-Rivières, lors de son deuxième voyage en Nouvelle-France, le 7 octobre 1535, après avoir jeté l’ancre de l’Émerillon à l’embouchure du St-Maurice. Vers 1660, la marine marchande française adopte un nouveau pavillon avec les armoiries de France (trois fleurs de lys or sur fond bleu) sur un drapeau portant une croix blanche sur fond bleu.

Le 8 juillet 1758, a lieu la bataille de Carillon pendant laquelle 3 500 soldats français mettent en déroute tout près de 15 000 britanniques venus envahir la Nouvelle-France. Le général Montcalm porte fièrement l’étendard qui sera témoin d’une des plus grandes victoires des armées françaises au Québec, la dernière grande victoire avant la Conquête britannique de 1760. « Un drapeau azur à croix blanches avec, dans chaque canton, une fleur de lys blanche pointant vers le centre ». La relique de ce drapeau réémerge publiquement lors des célébrations de la Saint-Jean-Baptiste, en juin 1848, la fête nationale des Canadiens français, fondée en 1834 par Ludger Duvernay.

Le 26 septembre 1902, l’abbé Elphège Filiatrault de St-Jude, près de Saint-Hyacinthe, hisse sur son presbytère un drapeau semblable à celui de la bannière de Carillon, voulant réunir les différents traits identitaires des Québécois. Ce drapeau Sacré-Cœur devint rapidement le plus puissant emblème des nationalistes au Québec.

En 1935, l’Assemblée législative du Québec décide d’enlever le Sacré-Cœur sur le drapeau, car la présence d’un emblème religieux pose problème. Un symbole religieux n’a pas sa place sur un drapeau national qui doit être inclusif et ouvert. On souhaite un drapeau plus représentatif. Par l’entremise de la Société Saint-Jean-Baptiste, tout le monde en discute à l’extérieur du parlement : les associations, les conseils municipaux, les paroisses, tout le monde demande un drapeau officiel et national pour le Québec selon Omer Côté, ex-secrétaire de la province. Le drapeau prend le nom de fleurdelisé au moment où l’Union nationale est fondée par le député trifluvien Maurice Duplessis.

Les trois principaux hommes à qui le Québec doit son drapeau sont le chanoine Lionel Groulx (prêtre-historien), André Laurendeau (chef du Bloc populaire) et René Chaloult (député indépendant). Le 2 décembre 1947, le député de l’opposition René Chaloult dépose une motion à l’Assemblée qui doit être débattue le 21 janvier 1948 afin de doter le Québec d’un signe distinctif. Cette situation est aussitôt récupérée par le chef de l’Union nationale, alors premier ministre du Québec, qui voit en l’Église un puissant allié contre les syndicats et les communistes. Duplessis n’était pas opposé au fleurdelisé, mais il avait quelques réserves. Au centre, il souhaite y placer les armoiries du Québec, qu’il fait adopter le 9 décembre 1939, sans l’accord d’Ottawa, ou encore une couronne rouge, qui symbolise celle de France ou de l’Angleterre.

Toujours à l’affût d’une occasion pour s’attribuer du mérite, on raconte que n’acceptant pas qu’un membre de l’opposition puisse lui ravir la paternité d’un tel symbole, Maurice Duplessis prend tout le monde par surprise : le 21 janvier 1948, peu avant trois heures de l’après-midi, Duplessis consacre le fleurdelisé emblème officiel du Québec par un arrêté unanime du Conseil des ministres, pour remplacer le Union Jack. Au moment où il annonce la nouvelle en Chambre, le drapeau flotte déjà à la tour centrale de l’hôtel du Parlement. C’est le drapeau de Carillon qui flotte cette journée-là, car le fleurdelisé n’est pas disponible avant le lendemain. Selon d’autres sources, Duplessis aurait été obligé d’accepter le fleurdelisé, déjà mis en place par l’Ordre de Jacques-Cartier, aussi connu sous le nom de La Patente… 

« Nous avons reçu de toutes les parties de la province un grand nombre de résolutions, de requêtes nous recommandant l’adoption du drapeau fleurdelisé. […] Nous nous rendons avec une grande joie au désir de la population, et c’est le drapeau fleurdelisé que nous avons hissé sur la tour du parlement. » – Maurice Duplessis, 21 janvier 1948

Grâce à l’appui et au travail de la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec (FSSJBQ), fondée en mai 1947, la fête de la Saint-Jean-Baptiste est célébrée partout cette année-là avec le fleurdelisé, qui devient bientôt un puissant symbole de l’appartenance au Québec. Le Journal de famille qui renseigne sur tout titre : « La plus solennelle affirmation du fait français depuis 1867 »! Le 9 mars 1950, le fleurdelisé est officiellement adopté en tant que drapeau national en vertu d’un décret, puis sanctionné par une loi. En héraldique, l’azur correspond au bleu (qui rappelle la couleur du blason des souverains de France qui règnent durant la domination française en Amérique) et l’argent au blanc (composé de la croix de Saint Jean-Baptiste, patron des Canadiens français depuis 1908, représentant la foi chrétienne et, de nos jours, la nordicité de la nation). Ce n’est qu’en 1965 que le Canada se dote à son tour d’un drapeau national, l’unifolié.

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En 1977, la Saint-Jean (24 juin) devient officiellement la fête nationale légale (fériée et chômée) sous le gouvernement de René Lévesque qui, en 1984, adopte une résolution proclamant le 24 mai Fête nationale du drapeau! En 2001, un sondage mené par la North American Vexillological Association vote le fleurdelisé comme étant le plus beau drapeau provincial/territorial et le troisième plus beau drapeau des 72 États, provinces et territoires du Canada et des États-Unis d’Amérique, derrière le Nouveau-Mexique (1) et le Texas (2).

Le 21 janvier de chaque année, depuis 1948, le Québec célèbre l’adoption de son drapeau national, symbole identitaire d’une nation francophone présente en sol d’Amérique depuis près de 500 ans. Au-delà des faits historiques et des anecdotes concernant ce drapeau et l’emblème qu’il porte, soit la délicate et poétique fleur de lys, ce drapeau est désormais celui de tous les Québécois et de toutes les Québécoises. Outre notre héritage catholique, représenté par la croix blanche au centre, il exprime, selon moi, l’intersection entre le blanc de notre neige et le bleu de notre eau douce. Symbole authentique de son origine française, de sa langue et de ses traditions, la fleur de lys est devenue pour le peuple un signe d’espoir et d’affirmation. Vive le Québec, vive son drapeau!

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