Réunies autour des enjeux sociaux et environnementaux actuels, des personnes représentant des organismes communautaires de la Mauricie ont assisté à une conférence de Denis Bourque, spécialiste du développement communautaire, dans le cadre du Forum mauricien sur la transition socioécologique à Shawinigan le 13 novembre dernier. Cette conférence a mis en lumière les défis qui lient crise écologique, inégalités sociales et transformation collective, tout en rappelant le rôle stratégique que peut jouer l’action communautaire autonome (ACA) dans ce contexte.
Auparavant organisateur communautaire, Denis Bourque est auteur et professeur au Département de travail social de l’Université du Québec en Outaouais. Il est spécialiste du développement communautaire et de l’action et de l’intervention collectives. Il a également été titulaire de la Chaire de recherche du Canada en organisation communautaire de 2007 à 2017.
Plus récemment, il s’est intéressé au lien entre la transition écologique et la justice sociale, notamment dans le développement des communautés territoriales. Il est venu présenter un aperçu d’une recherche récente, publiée dans l’ouvrage collectif Développement des communautés territoriales et transition socioécologique – Nouvelles pratiques au service d’une société en transformation, qui a paru le 19 novembre dernier aux Presses de l’Université du Québec.
Dès les débuts de sa communication, Denis Bourque a déclaré que le Québec est l’État le moins inégalitaire en Amérique du Nord, et que c’est pour une bonne part grâce à l’ACA. Toutefois, il souligne l’importance de continuer à se demander comment devenir des vecteurs de transformations de la société pour se diriger vers une transition socioécologique.
Pourquoi s’adresser au mouvement ACA ?
Cette conférence s’adressait à une foule d’acteurs et d’actrices du milieu communautaire en Mauricie. Elle visait à présenter l’ACA, et non à indiquer des actions spécifiques à prendre. « Aujourd’hui, c’est une question de citoyen, pas de chercheur ou d’universitaire. […] Je partage des constats avec vous. Je ne suis pas là pour vous dire quoi faire, c’est à l’ACA de le déterminer », mentionne Denis Bourque.
Il ajoute que les ententes internationales ne fonctionnent pas présentement, et donne comme exemple les pays signataires de l’accord de Paris en 2015. En effet, depuis 10 ans, moins de 10 % d’entre eux ont respecté leur engagement.
La crise écologique
La crise écologique, dit-il, ne concerne pas uniquement les changements climatiques. Elle comprend un ensemble de problèmes beaucoup plus vastes, notamment la perte de biodiversité, l’épuisement des ressources naturelles, l’érosion des sols ou encore les inondations. « On parle d’une réalité qui nous confronte tous comme habitants de la Terre », rappelle Denis Bourque. Ainsi, la crise climatique désigne principalement les dérèglements du climat causés par les activités humaines, tandis que la crise écologique renvoie à l’ensemble des dégradations des écosystèmes et de la biodiversité.
Le réchauffement global de cette année 2025 a déjà dépassé 1,5 degré Celsius. Trois fois plus de régions seront touchées par des chaleurs extrêmes et dangereuses pour les êtres humains si l’augmentation du réchauffement de la planète dépasse les 2 degrés Celsius. Dans les villes, ce seront les quartiers les plus défavorisés qui seront touchés en premier, car ils possèdent généralement moins d’îlots de fraîcheur.
Cette crise a des conséquences importantes sur la santé physique et mentale des individus. Elle menace parfois la sécurité des personnes, lors de canicules ou d’inondations, par exemple. Conséquemment, elle engendre des inégalités sociales et économiques. De fait, les populations les plus vulnérables disposent de moins de ressources pour s’adapter, se protéger ou se relever après une catastrophe.
Un modèle économique fondé sur l’infini
Le modèle économique actuel est fondé sur l’exploitation infinie des ressources naturelles. Il repose aussi, comme le souligne Denis Bourque, sur l’exploitation des êtres humains, notamment par des mécanismes qui encouragent la surconsommation et créent finalement des formes de dépendance. « On consomme en six mois ce que la Terre peut produire en un an », précise le chercheur, en mentionnant que ce modèle épuise à la fois les écosystèmes et les individus qui y participent.
Redéfinir nos modèles et nos rapports sociaux
Cette transition illustre un passage du système actuel à un système socialement plus juste, inclusif et écologiquement viable. Cette transformation sera possible grâce à un changement des modèles de production et de consommation. Cela implique également de redéfinir les rapports sociaux et les modes du vivre-ensemble. « La transition socioécologique, ce n’est pas que la réduction des gaz à effet de serre ou une question de transition énergétique. C’est un abandon de l’économie de croissance pour une économie de partage. Il faut passer à une préoccupation de la reproductivité, à la régénérescence de la vie », conclut Denis Bourque.
En définitive, le chercheur affirme que l’action communautaire autonome demeure l’un des leviers les plus solides pour impulser une transition socioécologique ancrée dans les réalités locales et les besoins des populations.






