Magali Boisvert – Le Sabord – Culture – décembre 2021 

En octobre, la maison d’édition Alire a publié un recueil de nouvelles noires et policières de deux autrices de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Déjà, le court titre attise la curiosité; Criminelles est une collection sombre de treize nouvelles signées par Ariane Gélinas et Maureen Martineau — le monde littéraire mauricien est trop petit, semble-t-il, pour pouvoir éviter plus longtemps de couvrir les mots de notre directrice littéraire du Sabord, qu’il est inéluctable de croiser en Mauricie.

Un mariage heureux de plumes

Le projet du recueil a été initié par Maureen Martineau, autrice de polar qui compte sept romans à son actif, deux prix littéraires et trois nouvelles publiées dans divers collectifs et revues. Elle est également vice-présidente et secrétaire de la Société des écrivain.e.s de la Mauricie, où elle côtoie sa collaboratrice, Ariane Gélinas, qui siège à la présidence.

Maureen Martineau raconte : « À force de travailler en solitaire, j’avais vraiment le gout de partager un projet littéraire avec une autre personne. Je connaissais Ariane et nos univers communiquaient bien. » Celle-ci a invité Ariane avec des gants blancs : « Je lui ai fait presque une proposition de mariage ! Je lui ai fait la proposition en plein cœur du Parc national de la Mauricie, sur le bord du lac Bouchard où nous sommes allées étayer notre projet. »

Criminelles est une collection sombre de treize nouvelles signées par Ariane Gélinas et Maureen Martineau. Photos : Ericka Sezille

Treize nouvelles tissées du même fil

Ce recueil de treize nouvelles, dont les douze premières ont été écrites individuellement, est sans surprise orienté vers les femmes impliquées dans des crimes de toutes sortes. Outre la complémentarité de l’écriture des autrices, plusieurs fils conducteurs créent une cohérence entre chaque texte.

D’abord, les lieux des intrigues sont résolument ruraux ou forestiers, des endroits que les autrices affectionnent et aiment explorer. Un autre thème est celui du calendrier lunaire, relié aux treize nouvelles, puisqu’à chaque quatre ou cinq ans, on peut voir treize pleines lunes dans l’année.

La genèse du crime

Si la plupart des nouvelles présentent des femmes criminelles, on a aussi affaire à des femmes qui symbolisent la justice, par l’entremise d’enquêtrices. Maureen étant connue pour son enquêtrice Judith Allison, il s’agissait d’un choix tout naturel.

Ce qui l’intéresse, c’est d’ailleurs ce qui amène une personne à commettre un crime : « C’est toujours la question la plus [pertinente] : elles viennent d’où ? Comment se sont-elles rendues là et pourquoi elles font ça ? Parce que oui, le modus operandi du crime est le crime lui-même, mais tout le reste, avant, est tellement intéressant. »

Des éloges mutuels

L’admiration est perceptible entre les deux autrices, qui connaissent bien la plume de l’autre. Maureen Martineau souligne le talent d’Ariane de camper ses intrigues dans des espaces qui respirent : « Je trouve qu’elle a un imaginaire tellement riche, qui vient peut-être de son exploration des mondes dans les univers du fantastique. Alors quand elle écrit dans le côté plus réaliste de la nouvelle policière, ce que je trouve vraiment magique, c’est comment elle conserve le côté insolite, coloré, étrange… Elle arrive à créer de l’étrange dans le réel », partage Maureen Martineau.

On comprend que les forces des écrivaines se complètent, puisque, si Ariane excelle dans l’ambiance et la description, Maureen sait manier les péripéties : « Maureen a un très bon sens de l’action, des dialogues punchés et vivants. Maureen a fait du théâtre; ça se sent beaucoup dans ses dialogues, qui sont habités, colorés.  Elle a un talent inné pour donner une voix spécifique et précise à chacun de ses personnages. Ses protagonistes ont des zones d’ombre, ils sont complexes, profonds, parfois tourmentés, kaléidoscopiques. Maureen a bien choisi son genre de prédilection avec le polar, parce que son écriture est toute en suspense et en souplesse. Elle coule et elle va naturellement vers sa propre résolution de l’intrigue. »

Avec ce recueil qui porte sur des femmes troublées et troublantes, Maureen Martineau et Ariane Gélinas contribueront sans doute à ajouter nuances et complexités aux personnages féminins dans les genres policier et noir, dans lesquels les femmes jouent souvent le rôle de victimes.

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