sables bitumineux
La présence de représentants du secteur pétrolier à des activités de la COP 27 en a fait sourciller plus d’un. En 2022, ne serait-il pas plutôt temps de songer à l’arrêt du développement des sables bitumineux?

La 27e rencontre de la convention sur le climat (COP 27), qui s’est tenue en novembre dernier en Égypte, s’est terminée sur deux notes décevantes : la faiblesse des engagements des États et la présence importante du lobby pétrolier. 

Même si les pays signataires ont réitéré la cible du réchauffement planétaire à +1,5°C d’ici la fin du siècle (on est déjà rendu à +1,2°C), il s’avère que les engagements concrets de ces mêmes pays seront insuffisants pour atteindre cette cible. On évalue qu’ils conduiraient à un réchauffement planétaire de +2,4°C en 2100. D’autre part, cette conférence a été teintée par la présence de 636 lobbyistes de grandes entreprises pétrolières (BP, Chevron, Shell, Esso, Suncor, etc.), dont six grandes compagnies canadiennes d’exploitation des sables bitumineux qui étaient venues vanter les mérites d’une technologie de captage et de stockage de GES (gaz à effet de serre) qui n’existe pas. 

À l’heure actuelle, l’exploitation des sables bitumineux constitue la forme la plus insalubre d’extraction de pétrole; elle représente 27 % des émissions totales de GES au Canada, devant le secteur des transports qui représente 24 % des émissions, selon Environnement Canada (1).  

Or, pour respecter la cible de +1,5°C, les scientifiques du climat, ainsi que l’Agence internationale de l’énergie (AIE), évaluent que les pays producteurs d’énergie fossile devraient mettre fin au développement de tout nouveaux sites pétroliers. Dans le cas du Canada, qui possède la troisième réserve prouvée de pétrole au monde, cela impliquerait de geler la majorité des réserves de pétrole des sables bitumineux, puisque celles-ci représentent 97 % des réserves pétrolières canadiennes.

L’impact économique du gel pétrolier 

Considérant que l’industrie pétrolière et gazière canadienne représente 5 % du PIB, le gel des réserves pétrolières aurait un impact sur l’économie canadienne, mais sur le long terme, étant donné que l’épuisement des sites exploités serait graduel. 

Fonder l’activité économique d’un pays sur l’exploitation de ressources non renouvelables constitue un danger en soi. Cela est d’autant plus vrai que la rentabilité de la production dépend des prix mondiaux du pétrole, que nul ne peut prévoir, ni contrôler, cependant que l’exploitation d’une ressource a toujours un coût croissant. Il s’agit là d’un principe économique de base qui consiste à utiliser en premier lieu les ressources les plus accessibles et les plus faciles à exploiter, car les nouveaux sites coûtent de plus en plus chers.

Lire aussi : Peut-on sortir du modèle économique basé sur la croissance?

Finalement, ne rien faire aurait un coût considérable. L’Institut Parkland (2) a évalué les coûts sociaux de l’exploitation des sables bitumineux à 320 milliards de dollars, une somme plus élevée que le PIB de l’Alberta (319 milliards de dollars). Ces coûts sont ceux payés par les citoyens à travers les dommages côtiers, les phénomènes météorologiques extrêmes, la diminution de la production alimentaire et les effets négatifs sur la santé.     

D’où l’importance de mettre en branle un véritable plan de transition énergétique au cours de cette période. Et la première chose logique à faire serait de mettre fin aux subventions aux énergies fossiles. Le Canada est le pays qui subventionne le plus l’exploitation des hydrocarbures au monde, à hauteur de 11 milliards de dollars entre 2018 et 2020 seulement. Ces montants devraient donc être investis dans le développement des énergies propres, domaine dans lequel le Canada est le pays qui accorde le moins de subventions au monde. 

 

Sources

(1)  Environnement et changement climatique Canada, Émissions de gaz à effet de serre. Indicateurs canadiens de durabilité de l’environnement, 2022.

(2) David Janzen et Ian Hussey, Ce que l’Accord de Paris signifie pour les majors des sables bitumineux de l’Alberta, Parkland Institute, University of Alberta, 2018.  

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