Mariannick Mercure a été conseillère municipale de la ville de Trois-Rivières entre 2017 et 2021. Photo : Étienne Boisvert

Mariannick Mercure – Opinion – décembre 2021

Pour certains c’est quand les Canadiens remportent un match. Pour moi, les frissons télévisuels viennent quand des élus se tiennent debout comme ça s’est produit aujourd’hui. Chacun son truc j’imagine.

Amendement in extremis

C’est qu’un amendement a été ajouté in extremis lors de l’adoption du budget à Trois-Rivières aujourd’hui par les conseillers Fortin et Dober. Il va permettre le transfert d’une partie du financement du Grand Prix (GP3R) vers la société de transport (STTR). 100 000$ d’argent public qui, plutôt que d’être investis dans des courses automobiles, le seront dans un programme de tarification sociale pour aider les citoyens moins bien nantis à se déplacer. Comment ne pas frissonner de solidarité? Il s’agit-là d’un geste noble, symbolique et historique.

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Symbolique, parce qu’une majorité de huit élus donne à nouveau le ton lors de l’adoption de leur premier budget… comme en 2017. Si l’argent transféré fera certainement une différence pour la vie de gens dans le besoin, c’est la force du geste politique qu’on retiendra, parce qu’elle vient positionner le nouveau conseil sur l’échiquier des valeurs profondes, et la justice sociale semble être de la partie.

Historique aussi, parce que les discussions sur le financement des courses automobiles par des fonds publics durent depuis des années à la Ville, sans grands résultats. J’étais présente lorsque des élus, dont je faisais partie, avaient demandé au Grand Prix d’augmenter le coût des billets de 2$ pour réduire la charge financière sur l’ensemble des contribuables. Plutôt, on nous menaçait de couper les attractions publiques. Et on pliait, année après année, les millions pleuvaient.

Sauf qu’aujourd’hui, ces huit élus se tiennent debout. On perdra peut-être la grande roue du centre-ville en guise de représailles, mais à l’ère où l’on vit la catastrophe climatique prédite depuis si longtemps, c’est franchement excitant. Chapeau!

Finalement, le fait que le plan d’action en environnement ait été balayé sous le tapis me semble un peu secondaire face à ce vent de changement inspirant. Mais je vous en parle tout de même, parce qu’il s’agit là d’engagements brisés que la majorité des candidats avaient pris lors de l’élection de novembre.

Recul sur le plan d’action en environnement

Le financement de la STTR a bel et bien été augmenté conformément au plan d’action, mais c’est le seul des engagements d’importance qui a été tenu. Celui pour les pistes cyclables est tombé totalement à plat et le famélique 500 000$ – qui devait se transformer en 2,5 millions $ dès 2023 – reste inchangé (notez ici que ce ne sont pas les chiffres qui ont été annoncés publiquement et qu’on a plutôt usé de la même stratégie que l’an dernier pour mêler les cartes en ajoutant par exemple les subventions potentielles du provincial ou encore des montants déjà annoncés et transférés de 2021). Quand même, on pourra se consoler en se disant qu’il n’a pas été coupé de 50% comme l’an dernier…

Une autre inquiétude majeure au budget d’immobilisation est le maintien de la destruction planifiée des milieux humides du carrefour 40/55 avec une dépense de plus de 7 millions $ dès 2023, malgré le vote défavorable de l’ancien conseil. Ça ne veut pas dire que le combat est perdu, mais assurément qu’il y a énormément de pression à l’interne pour faire avancer ce développement industriel là.

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Finalement, c’est aussi confirmé : le budget de plantation d’arbres aura bel et bien été coupé de 30% pour une première année à partir de 2022, passant de 390 000$ à 250 000$. Dommage, avec la problématique d’îlots de chaleur qui, elle, n’ira pas en diminuant. Et iI ne faudra pas se laisser endormir avec des arguments comme « disponibilité budgétaire » pour défendre ce recul en environnement. De l’argent, on en a. On en a 7 millions $ pour financer la piscine du CÉGEP; 1,3 million $ pour un se payer un terrain de baseball synthétique; 400 000$ pour retaper un escalier décoratif … situé à 20 mètres d’un autre escalier. C’est une question de priorité, qu’on se le tienne pour dit.

Ça n’enlève rien à ce qui s’est produit aujourd’hui ceci dit, des élus ont challengé la grosse machine… et puis il reste 3 budgets au nouveau conseil pour déployer le plan d’action et faire de l’environnement une réelle priorité.

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