Diane Vermette et ses collègues de la table éditoriale
Est-ce que le phénomène de rénoviction est un symptôme (un autre) de la déshumanisation de notre société, comme l’itinérance, le recours aux banques alimentaires, l’écart vertigineux entre les riches et les autres?
Le logement est pourtant reconnu comme un besoin essentiel. Comment comprendre alors qu’une compagnie à numéro achète bloc après bloc, incite fortement – comprendre ici avec force dollars – les locataires à renoncer à leur bail pour entreprendre des travaux, majeurs ou pas, afin de fixer des loyers inabordables, mais qui, vu leur rareté seront sûrement loués pour rapporter beaucoup de fric. S’ils sont prêts à offrir 30 000 $ à une petite famille pour qu’elle libère son 4 et demi, ça doit être rentable.
La pandémie a amené beaucoup de nouveaux résidents et le taux d’inoccupation pour la RMR (région métropolitaine de recensement) de Trois-Rivières se situait à 0,4 % en 2023, alors que l’équilibre locateur/locataire devrait être de 3 %. Les constructions neuves ont aussi fait grimper le loyer médian*; par exemple, un 3 et demi est passé de 705 $ en 2022 à 905 $ en 2025, ce qui influence également la définition de ce qu’on appelle « logement abordable ».
Quand un proprio, le même depuis plus de 20 ans, annonce à ses locataires que le bloc sera vendu à des Montréalais qui vont, parait-il, réparer la toiture, l’électricité, les escaliers et les galeries, on pense tout de suite que ce n’est pas pour venir élever leurs enfants à Trois-Rivières; le nouveau mot « rénoviction » frappe alors. Combien de locataires se retrouvent ainsi en état de choc, dans le trouble et l’incertitude. Incertitude, angoisse, par le grand dérangement que cause cette intrusion dans une vie paisible. Grand dérangement donc, car on annonce des mois de travaux, suivis de hausses de loyer, mais surtout la peur, l’angoisse de comment ça va se passer; une épée de Damoclès au-dessus de ta tête, chaque fois qu’on rentre chez-soi.
Et, bizarrement ou pas, il semble bien que la très grande majorité des locataires ainsi visés par ces rénovictions soient des femmes seules d’un âge respectable. Les femmes plus souvent locataires que les hommes? Sans doute parce que moins fortunées, des jobs moins payantes, mais c’est la réalité et surtout, elles n’ont pas les moyens d’acheter une maison ou un condo. Locataire donc, avec un loyer bas car occupant le même logement depuis longtemps et dans un milieu humble parfaitement convenable. On s’y est fait des racines, comme une plante. On peut refuser d’être déraciné car c’est un droit inhérent au bail, mais comment les acheteurs vont gérer ce refus, ce droit reconnu par nos lois. Le loyer n’est qu’un des postes budgétaires en sévère augmentation, parmi les autres comme l’alimentation, l’énergie pour le chauffage ou les déplacements.
Mais comment contrer ces rénovictions, qui touchent plus souvent des personnes âgées qui, on le sait, sont plus fragiles à ces changements lorsque non choisis. Leur état de santé se dégrade rapidement. Bien sûr, la vente est légale, mais utiliser la peur ou l’argent pour déloger des locataires souvent à faible ou moyen revenu, est clairement inhumain. Oui, inhumain car il faut faire un choix entre un montant d’argent dont on a souvent grand besoin ou une tranquillité qui sera perturbée, selon les menaces de travaux majeurs et prolongés. La loi demande la relocalisation des locataires pendant les travaux, mais, c’est un dérangement de plus. Sans doute qu’il y aura amélioration de l’habitation, mais à quel prix, et ces améliorations ne seront peut-être pas celles que la ou le locataire aurait souhaitées.
Avec un peu d’optimisme, on espère que ça va bien se passer et que tous ceux et celles qui ont quitté leur logement se sont bien relogé-es dans des conditions acceptables qui ne détruiront pas leur qualité de vie, ou carrément leur vie.
* médian étant celui au milieu, soit qu’il y en a autant de moins chers qu’il y en a de plus chers.







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