L’été s’installe. De l’extérieur vers l’intérieur, les transits se multiplient. Et ça laisse des traces : herbe, sable, insectes, saletés indésirables (y en a-t-il des désirables, me direz-vous ?).
Citoyens et citoyennes, enlevez vos chaussures : les attentes sont grandes envers les personnes entrantes. Et si elles sont non délacées quand on les enlève à l’entrée, il faudra, hélas, les délacer et relacer au rechaussage, sans se lasser.
Vint la gougoune
Pratique, ce string d’orteil qu’on enfile sans se pencher. Les Égyptien-nes de l’Antiquité étaient extraordinaires en matière d’inventivité… Brûlures aux pieds sur le sable chaud en contemplant le soleil se coucher derrière les pyramides : l’enfer ! Peu étonnant que l’origine de ce type de sandales leur soit possiblement attribuable.
Côté appellation – quasi contrôlée –, le Québec aime les mots en « oune » : c’est la gougoune. Mais pas en cuir; rendu là c’est une banale sandale. En plastique ou en mousse dense, c’est elle, notre gougoune qui a pris d’assaut plages, patios et surfaces gazonnées dans les années 1960.
À savoir (ou pas)
- Le Petit Robert recense le mot « gougoune » en 2018. Quel précurseur ce Robert ! L’année suivante, Le Petit Larousse se le permet aussi, en même temps qu’il ajoute le « pet-de-sœur ».
- Gougounes et podiatres ne marchent pas main dans la main, surtout si la promenade s’allonge. Selon ces professionnel-les des extrémités du bas du corps, les gougounes offrent peu de support podal : le tong, ça tangue à la longue. Mais elles offrent de la visibilité aux orteils, alors souciez-vous de ce que vous exposez au regard des autres ! Et le combo bas-gougounes ? Ça se voit à l’occasion !
- En 2012, l’Américain Keith Levasseur a mis 2 h 46, en gougounes, pour terminer le marathon de Baltimore. À quand un 110 mètres haies ?
- L’actrice Jennifer Lawrence a combiné robe de soirée et gougounes au Festival de Cannes de 2023. Vous auriez dû voir sa canne au Festival de Gougoune !
- La gougoune étant un marché saisonnier important, son bas prix n’est certainement pas un frein à l’achat : quelques dollars pour les moins coûteuses, de 30 $ à 60 $ pour le moyen de gamme.
- Et le haut de gamme ? Prada ou The Row se feront un plaisir de vous en vendre à 1 000 $, voire plus ; The Row offre en effet un modèle à 2 255 $.
Les inconvénients gougounaux
Écologiquement, il n’y a pas photo. Les matériaux de fabrication sont à base de pétrole et à dégradation très lente. Voilà, c’est dit.
Déconseillée pour les longues distances, la randonnée en forêt ou l’escalade, la gougoune constitue aussi un facteur de risque pour la conduite automobile, le cyclisme et la planche à roulettes. Sage comme Yoda soyez. L’hiver, pour la gougoune à crampons optez. Et évitez toute substance altérant votre jugement au point de vous laisser croire que la gougoune est idéale pour passer la tondeuse à l’heure du souper.
Côté santé des pieds, des chercheurs de l’Université de Warterloo ont collaboré (2021) avec la firme 30 Forensic Engineering¹ pour identifier les principales causes de glissade et de chute. Pour les gougounes, ils s’attendaient à ce que l’eau soit le problème principal, mais finalement, « trempe » ou non, la gougoune est un moyen de transport actif, mais risqué. Perdre une gougoune en marchant survient dans des conditions tant humides que sèches. Perdre une gougoune en courant survient… en courant.
Par ailleurs, la gougoune présente un risque de blessure aux pieds. Selon un sondage de Consumer Report 90², la majorité des personnes interrogées ressentent un inconfort après un port prolongé. Selon un podiatre, la gougoune offrant peu de support, est instable et peut solliciter exagérément certains tendons et ligaments. Une chirurgienne du pied mentionne aussi que les problèmes peuvent s’aggraver : douleurs aux talons, tendinites, douleurs et enflures de l’arche du pied. Un usage excessif peut même engendrer des douleurs aux genoux, aux hanches et au dos.
Aussi vue à l’extérieur en été : la pantoufle
La pandémie a remis la pantoufle aux pieds des travailleurs et travailleuses. Charentaises, mules, mocassins, chaussons, pantoufles tricotées, fermées ou ouvertes à l’arrière, pantoufles de verre ou de vair ? Les portez-vous à l’extérieur de la maison ? Moi, parfois. Je suis du type charentaises, alors ça dit tout ! Et vous ?
Mais que ramenez-vous dans votre intérieur avec vos chaussures ? C’est la question que posent deux chroniqueurs scientifiques dans un texte paru dans The Conversation³ en mars 2022. Avec vos chaussures d’extérieur, aussi mignonnes ou gougounesques soient-elles, vous invitez dans votre domicile poussière, végétaux, insectes et, potentiellement, des agents pathogènes résistants aux médicaments, des toxines cancérigènes provenant de résidus d’asphalte, des excréments porteurs de bactéries, des agents infectieux résistants ou encore des perturbateurs endocriniens provenant d’herbicides et de pesticides. Ouf !
Au Québec, les us et coutumes veulent qu’on retire ses chaussures en entrant dans son logis ou celui d’autrui. Précaution superflue ou non ? À vous de voir, mais quoi qu’il en soit, bon été, tout le monde, et prenez soin de vos pieds, car, comme l’amour, ils sont si fragiles !






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