Alain DumasAlain Dumas – Économie – novembre 2021 

L’immigration a fait couler beaucoup d’encre au cours de la dernière décennie. Si pour certains, elle est trop élevée et menace la cohésion sociale, pour d’autres, elle est une source d’enrichissement collectif. Dans cette chronique, je vais tracer un bref portrait de l’immigration ainsi que de son impact économique dans la société d’accueil.

Portrait des migrations

Bon an mal an, les migrants internationaux représentent 3 % de la population mondiale. Au Québec, ce taux est de 0,5 %, alors qu’il est de 2,6 % dans l’ensemble canadien. On est donc très loin d’un déferlement de migrants dans le monde et au Québec. Un point de vue partagé par 75 % des Québécois et 70 % des Canadiens qui estiment, selon la firme de sondage Environics, que le nombre d’immigrants n’est pas trop élevé[1].

Notons que ces chiffres ne comprennent pas les 41,3 millions de personnes qui se sont déplacées à l’intérieur de leur pays à cause d’un conflit ou de la violence et des 1,6 million de déplacés en raison de catastrophes naturelles, ni des 28 millions de personnes nouvellement déplacées, à cause de catastrophes climatiques (17,2 millions) et d’un conflit ou de violences (10,8 millions)[2].

Immigrer dans un autre pays est sans doute le choix le plus difficile pour une personne ou une famille. C’est pourquoi la vaste majorité des gens qui auraient de bonnes raisons (économiques et humanitaires) de migrer refusent de le faire pour d’autres motifs, dont l’importance accordée aux relations familiales et sociales dans leur territoire d’origine[3].

C’est entre autres pour cette raison que la majorité des migrants nés dans les pays d’Europe, d’Afrique et d’Asie changent de pays à l’intérieur de leur continent. Car, s’il est beaucoup plus aisé de migrer dans un pays proche, il sera aussi plus facile de revenir dans son pays d’origine. Cela explique aussi pourquoi la moitié des immigrants, qui proviennent majoritairement de pays pauvres, sont accueillis dans d’autres pays pauvres.

L’impact économique de l’immigration

L’arrivée de nouveaux immigrants suscite parfois la crainte, chez les travailleurs du pays d’accueil, de voir diminuer leurs emplois et leurs salaires. Même si la vaste majorité des études concluent que l’immigration produit des avantages économiques nets[4], sur quoi donc se base cette inquiétude ?

La vaste majorité des études concluent que l’immigration produit des avantages économiques nets. photo : Unsplash

Elle s’appuie sur un raisonnement économique, selon lequel l’arrivée de nouveaux immigrants fait baisser les salaires parce qu’elle met en concurrence un plus grand nombre de travailleurs. Or, ce raisonnement a été invalidé maintes fois parce qu’il ne tient pas compte des dépenses de consommation des nouveaux arrivants, lesquelles ont pour effet de maintenir le niveau des emplois et des salaires. Un chercheur a aussi montré que les répercussions de l’immigration sur l’emploi sont souvent dérisoires étant donné que les compétences des migrants sont amplement complémentaires à celles des travailleurs autochtones[5].

Les migrants constituent une source importante d’enrichissement de la société parce qu’ils sont en général plus jeunes que la population locale, de même que scolarisés et très qualifiés. Le Québec bénéficie de ces atouts, étant donné la proportion élevée de personnes qualifiées (77 %), scolarisées (62 %) et jeunes (84 % ont moins de 45 ans).

Sur le plan de leur contribution économique plus large, les migrants sont plus enclins à entreprendre et à innover que les personnes nées dans le pays[6]. En ce sens, ils sont une source importante d’externalité positive, car ils assument les coûts (investissements) de la prise de risque entrepreneurial tout en n’étant pas les seuls à en retirer les bénéfices (innovation et emplois). Cette plus grande propension à entreprendre pourrait s’expliquer par le fait que les migrants sont mieux préparés à prendre des risques étant donné qu’ils ont déjà pris le risque de quitter leur pays d’origine.

Bien que l’immigration pose des défis, autant pour les personnes immigrantes que pour la société d’accueil, il est généralement admis qu’elle procure des gains pour tous et toutes. Après tout, ne sommes-nous pas tous et toutes issu(e)s de l’immigration, comme en témoigne l’histoire de l’humanité.

[1] Tiré de : L’immigration est mieux perçue au Québec qu’ailleurs au Canada, selon de récents sondages sur la question, L’Actualité, Pierre Fortin, 5 février 2020.

[2] ONU, État des migrations dans le monde 2020, Organisation internationale pour les migrations, Genève, 2020, 529 pages.

[3] Abhijit V. Banerjee et Cécile Duflo, Économie utile pour des temps difficiles, Éditions du Seuil, 2020, 544 pages.

[4] Ian Golden, Exceptional People: How Migration Shaped Our World and Will Define Our Future, Princeton University Press, 2012, 392 pages.

[5] Martin Ruhs, The Price of Rights: Regulating International Labor Migration, Princeton University Press, 2013, 272 pages.

[6] Global Entrepreneurship Monitor, Global report 2012, date de parution 2013, 86 pages.

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