santé mentale
Selon les auteurs, l’exode des travailleurs et travailleuses communautaires en santé mentale vers le réseau public mériterait de faire l’objet d’une préoccupation médiatique et politique plus importante.

Lettre d’opinion

Regroupement des organismes de base en santé mentale de la Mauricie Centre-du-Québec (ROBSM 04-17)

Si l’exode des psychologues du réseau public fait couler beaucoup d’encre ces dernières années, l’exode des travailleurs et travailleuses communautaires en santé mentale vers le réseau public mériterait tout autant de faire l’objet d’une préoccupation médiatique et politique. Ce jeu de chaises des professionnels et professionnelles de la santé mentale se joue en parallèle d’un jeu d’autant plus inquiétant : quand on laisse se dégrader la santé mentale des intervenants et intervenantes sociaux, on joue à la patate chaude avec la santé mentale de toute la population Québécoise ! 

Étouffé par la crise sanitaire et le manque de personnel spécialisé en santé mentale, le réseau public est contraint de faire du délestage. Ces « ruptures de services » dans le réseau ont pour effet direct de créer une hausse de la demande auprès des organismes communautaires en santé mentale. Or, ces organismes déjà largement débordés voient depuis deux ans leurs travailleurs et travailleuses partir vers le réseau public. Le délestage du réseau public engendre inévitablement un délestage dans le réseau communautaire. Ce jeu de la patate chaude entraîne des conséquences majeures et potentiellement irréversibles pour les personnes vivant avec des enjeux de santé mentale et leurs proches.  

Ultimement, c’est la qualité de vie de tout un chacun qui écope. Hausse de la détresse psychologique, hausse des appels à l’aide dans les centres de prévention suicide, hausse de l’itinérance, crise des opioïdes, isolement et dépression, etc. Tout cela a un coût psychosocial et économique réel, avec au premier rang  la fuite de l’argent public vers le réseau privé, beaucoup plus dispendieux que le réseau public, lui-même déjà beaucoup plus coûteux que le réseau communautaire.  

Pour colmater, il faut réinvestir non seulement dans le réseau public, mais sur l’ensemble du continuum de services en santé mentale, à commencer par le secteur communautaire en santé mentale, surutilisé et sous-financé depuis trop longtemps. Il faut surtout arrêter de jouer à la patate chaude avec la santé mentale de notre personnel intervenant social et nos travailleurs et travailleuses ! 

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Les 30 organismes communautaires en santé mentale de la Mauricie et du Centre-du-Québec (ROBSM 04-17) lançaient le 29 juin le mouvement Le choix impossible. Le choix impossible, c’est la situation dans laquelle se trouvent notre personnel lorsqu’il a à choisir entre briser les relations d’aide qu’il a bâtie avec sa clientèle, ou renoncer au salaire et aux avantages sociaux du réseau public lui permettant de sortir lui-même de la précarité socioéconomique.  

Coup sur coup, la crise sanitaire et la pénurie de main-d’œuvre ont eu pour effet que 40 % de nos employés et employées ont quitté leur emploi dans les deux dernières années, créant un trou béant dans le filet social de la santé mentale de nos régions. Ces mêmes personnes qui affirment pourtant adorer leur emploi dans le communautaire sont souvent tentées de joindre les rangs du réseau public. 

Face à ce dilemme cornélien, les 30 membres du regroupement des organismes de base en santé mentale (ROBSM 04-17) se sont engagé(e)s de façon solidaire à augmenter considérablement les salaires et améliorer les conditions de leur personnel. Ce mouvement ira de l’avant contre vents et marées, c’est-à-dire, malgré les déficits et délestages de services que ces hausses entraîneront dans nos organismes et auprès de nos clientèles.

Point fort : on parle de plus en plus de santé mentale dans les médias. Angle mort : on ne parle presque jamais du travail des organismes communautaires en santé mentale.  

Le gouvernement de la CAQ annonçait récemment un investissement de 1,1 milliard dans le communautaire. Un investissement majeur, mais dont la portion dédiée à la santé mentale demeure largement insuffisante. Pour que les organismes des régions 04-17 puissent survivre et accomplir leur mission, il faudra une réponse spécifique à la hauteur de la situation critique dans laquelle nous sommes plongés. Nous demandons un doublement de notre financement à la mission et nous demandons la mise en place d’une cellule de crise en santé mentale pour la région 04-17. Et surtout, il faudra que cette réponse ne se fasse pas attendre. Au risque de sonner une alarme déjà allumée par nos collègues de l’association des psychologues du Québec, il y a urgence d’agir !  

Quand les organismes communautaires lâchent la patate chaude de la santé mentale, il n’y a plus personne pour la rattraper. Elle tombe alors entre les mains de l’entourage ou du voisinage, et de plus en plus souvent, elle tombe dans la rue. 

Nous sommes les maillons forts du filet social et nous sautons aujourd’hui sans parachute. Mesdames et messieurs les élu(e)s, messieurs et mesdames tout le monde : serez-vous là pour rattraper la patate chaude de notre santé mentale collective ?

Signez notre pétition via lechoiximpossible.org  

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