Luc Massicotte, août 2021

Les nouvelles règles de reconnaissance des partis politiques municipaux pourraient légitimer l’Action civique de Trois-Rivières et enraciner à long terme les partis dans le paysage politique de Trois-Rivières. 

Après avoir fait durer l’attente, le nouveau, et seul parti politique de la scène municipale à Trois-Rivières, confirmera la nomination de son chef à l’occasion de son assemblée de ce soir. Jean-Claude Ayotte, cofondateur du parti, deviendra le premier chef de la formation politique. Bien que désigné comme chef et alors qu’il confirme vouloir faire son entrée à l’hôtel de ville, il faudra attendre pour savoir s’il sera candidat à la mairie de Trois-Rivières lors du scrutin du 7 novembre prochain ou s’il voudra occuper un siège de conseiller. Une nomination tardive à quelques semaines du déclenchement de la campagne électorale.

l'Action civique de Trois-Rivières

Jean-Claude Ayotte, deviendra chef de l’Action civique de Trois-Rivières ce soir. Il prendra part à la première campagne électorale depuis la fondation du parti. Trois-Rivières a vu naître et mourir des partis politiques. Quelle sera la différence cette fois-ci? Crédits: Facebook de Jean-Claude Ayotte

Les avantages d’un parti

Bien qu’il soit singulier que la vie politique municipale d’une des dix plus grandes villes du Québec se déroule encore en dehors de toute dynamique de partis politiques, la tentative de l’Action civique de convaincre les électeurs de placer leur confiance dans une bannière de parti n’est pas la première. L’expérience passée de Force 3R, lors de l’élection de 2013 n’a pas permis de faire élire de candidats.

Or, depuis l’aventure infructueuse de Force 3R, les règles de reconnaissance des partis politiques municipaux ont changé et les cofondateurs du parti n’ont pas manqué de bien saisir l’opportunité. Si l’Action civique devait faire élire un.e seul.e élu.e et/ou atteindre 1% des votes, son équipe pourrait jouir de certains avantages qui lui conféreraient une position enviable sur l’échiquier politique.

Un financement solide

Il faut d’abord s’intéresser aux règles de financement.  Bien que ses coffres soient actuellement modestement garnis, l’Action civique aura le loisir de procéder à du financement populaire durant la campagne, mais également au cours des quatre prochaines années.

Plus enviable encore, la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités induit que les partis politiques municipaux obtenant 1% du suffrage reçoivent une enveloppe de financement public qu’ils partagent entre eux au sein d’une même municipalité. L’Action civique étant le seul parti en lice, il pourrait recevoir l’ensemble de la cagnotte sans partage, équivalent à un financement annuel calculé à plusieurs dizaines de milliers de dollars. Un trésor suffisant pour assumer du personnel et les moyens de se faire connaître et promouvoir leurs intérêts. Une somme importante que bien des élus indépendants lorgneraient.

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Une vitrine d’opposition 

Les villes peuvent également consentir, pour les partis politiques, à un système de colistier. Le chef de l’Action civique et chef du parti pourrait, en vertu de ce système, associer son nom également à une candidature de district au côté d’un.e candidat.e de son parti. Par exemple, dans des Carrefours, les électeurs pourraient avoir un « ticket Stéphane Guay/Jean-Claude Ayotte ». Advenant que le chef du parti ne soit pas élu maire, mais que les électeurs du district choisissent d’élire le « ticket », le candidat du district peut céder son siège au candidat défait à la mairie pour permettre au chef d’exercer sa présence à l’hôtel de ville.

Or, il relève du conseil municipal d’adopter le principe du colistier. Dans un conseil trifluvien qui ne connaît pas d’élu de parti, le conseil municipal acceptera-t-il d’opter pour un système de colistier avant la prochaine élection? Refuser ce privilège au seul parti qui affronte des indépendants serait un pied de nez très peu subtil au candidat Ayotte. Mais refuser d’adhérer à un principe, reconnu notamment par Montréal et Québec, pourrait donner l’image d’une élite politique renfrognée qui défend ses privilèges. Il y a de plus beaux habits à vêtir pour partir en campagne.

Le chef de l’Action civique ne manifeste que peu d’appétit pour mener la bataille de la reconnaissance du colistier, un débat d’initiés et de chroniqueurs politiques. Le parti envisage plutôt une stratégie audacieuse : atteindre une majorité de conseillers élus (8), ce qui donnerait au parti le « contrôle » du conseil, une force mathématique plus tangible encore que les pouvoirs de la mairie; parlez-en à Yves Lévesque.  Mais dans un paysage politique pluriel, le conseil municipal devrait peut-être s’engager à régler la question.

« Le parti envisage plutôt une stratégie audacieuse : atteindre une majorité de conseillers élus (8), ce qui donnerait au parti le « contrôle » du conseil, une force mathématique plus tangible encore que les pouvoirs de la mairie; parlez-en à Yves Lévesque.»

Mais tout ceci s’arrêtera si l’Action civique ne fait élire aucune personne. D’autant qu’aucune annonce de candidature de district n’est faite au moment d’écrire ces lignes. Cette campagne sera un test permettant de voir si le parti a suffisamment de maturité pour concentrer ses maigres ressources dans les districts les plus susceptibles d’être favorables au parti. Un.e seul.e élu.e ou 1% du vote est la clé de la pérennité.

La nomination de J.C. Ayotte à titre de candidat à la mairie est un plan B, voir C de l’aveu même de ce dernier. L’équipe n’a pas su attirer de candidat vedette pour les représenter à la mairie. Nul doute que J.C. Ayotte possède les compétences pour faire campagne habilement. Mais la recette magique électorale répond à d’autres impératifs que l’expérience de conseiller politique.

S’il s’avérait que l’Action civique fasse une percée, même modeste, elle pourrait bien marquer le début d’une ère politique nouvelle pour Trois-Rivières, où indépendants et partis se côtoient. Et tout cela survient, pendant que certains acteurs de la scène politique s’époumonent encore à dire que l’électorat ne veut pas des partis.

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