Marc Langlois – Société – septembre 2021

Les débats et les luttes menés dans les institutions d’enseignement post-secondaires ont abondamment nourri l’actualité ces derniers mois. La notion sociologique de champ offre une clé de compréhension quant à l’utilité de mener ces débats et ces luttes.

Getty Images, Fat Camera

Bourdieu et la notion de champ

Selon le sociologue Pierre Bourdieu, la notion de champ renvoie à des espaces où il y a « des enjeux, des intérêts, des rapports de force et des relations de pouvoir » entre les individus et les institutions. Le paysage social serait ainsi composé de plusieurs champs, ces espaces où des phénomènes macro-sociologiques s’articulent de manières spécifiques à chacun des champs. Ce sont des espaces à la fois relativement autonomes et interdépendants, en ce sens qu’ils peuvent s’influencer mutuellement. Par exemple, comme dans la société en général, le champ de l’éducation post-secondaire peut faire face à des enjeux environnementaux, de racisme systémique et de privatisation des institutions mais qui s’articuleront selon des logiques propres au milieu de l’éducation post-secondaire.

Le champ des luttes

Le 27 septembre 2019 avait lieu une importante mobilisation revendiquant davantage d’actions de la classe politique pour lutter contre les changements climatiques. Cette mobilisation, portée de manière importante par les associations étudiantes, a été freinée par le confinement prolongé imposé par la COVID-19. Or, avec les conclusions alarmantes du dernier rapport du GIEC et les prochaines élections fédérales, ces revendications demeurent pertinentes et tomberaient à point pour « inviter la planète au parlement » et remettre la lutte et l’adaptation aux changements climatiques à l’ordre du jour politique.

À l’automne 2020, les médias ont abondamment traité du fait que les universités semblent désormais être des espaces où le racisme et la discrimination systémiques sont dénoncés par des groupes  ethnoculturels qui les fréquentent. Les universités ont eu à faire face à des revendications visant un milieu éducatif davantage diversifié, équitable et inclusif tout en remettant en cause des contenus de cours délicats qui perpétuent des mécanismes de domination et d’oppression. De plus, certains établissements ont aussi entamé des démarches de décolonisation, afin de favoriser l’inclusion, la réussite et la réconciliation avec les Premiers Peuples.

Parallèlement, un débat sur la liberté académique des professeur.es s’est déroulé dans l’espace public. Encore importe-t-il de souligner que la plus grande menace à la liberté académique n’est pas les revendications des wokes mais plutôt la marchandisation du savoir, remettant ainsi en cause le financement privé des universités et de la recherche. Les établissements universitaires sont désormais soumis à des logiques de gestion conformes aux intérêts des bailleurs de fonds, des entreprises privées et des besoins du marché de travail. L’exemple de la restructuration de l’offre des programmes à l’Université Laurentienne est en ce sens très éloquent.

Bref, avec ce devoir de mémoire, souhaitons aux personnes concernées une bonne rentrée scolaire en « présentiel » (si les conditions sanitaires avec le variant delta le permettent) et surtout, espérons que les différent.es acteurs et actrices du milieu de l’éducation continueront à mener ces débats et ces luttes. En cherchant à améliorer leur position dans le champ de l’éducation post-secondaire, ils et elles peuvent être des vecteurs de transformations institutionnelles et sociétales importants et ce, même si certaines personnes les remettent en cause en affirmant qu’elles ne « croient » pas aux changements climatiques ou au racisme systémique. D’ailleurs, la crédibilité de la recherche scientifique réalisée au sein du champ de l’éducation post-secondaire ainsi attaquée est aussi une lutte à mener contre les acteurs et actrices des autres champs que sont, par exemple, les entreprises privées, les médias et l’État. C’est en débordant dans les autres champs de la société que ces enjeux ont un potentiel de changement social pour davantage de justice sociale et de justice climatique.

Lire notre dossier L’Université de demain 

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