Émilie Gamelin est la première fondatrice canadienne-française d’une communauté religieuse au Bas-Canada (peinture anonyme vers 1890).

La Journée nationale des Patriotes est l’occasion de revenir sur l’une des figures historiques féminines qui ont fortement marqué l’époque de la révolution du Bas-Canada en 1837-1838.

Au Cap-de-la-Madeleine, dans le district de Châteaudun, on retrouve la rue de « Mère-Gamelin ». Cette voie relie le boulevard Thibeau et la rue du Parc, croisant les rues Boisvert, Corbin, Forget, Gérin-Lajoie, Vincent-Massey et du Général-Vanier. Dans la section toponymique du site web de la Ville de Trois-Rivières, on explique brièvement la vie d’Émilie Gamelin (1800-1851) qui a voué sa vie aux pauvres, mais on passe sous silence son rôle dans les événements révolutionnaires.

Cadette d’une famille de 15 enfants, Émilie Tavernier naît à Montréal, le 19 février 1800. Après une enfance passée comme élève des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, elle épouse Jean-Baptiste Gamelin, à l’âge de 23 ans. Malheureusement, leurs trois enfants décèdent en bas âge et son époux décède également en 1827. Elle fonde aussitôt une œuvre de bienfaisance.

Au cours des années 1837 et 1838, en réaction au mouvement insurrectionnel du Parti patriote, principalement autour de Montréal, plus de 1 300 patriotes ont été emprisonnés par les autorités, la plupart pour « haute trahison ». Les visites leur sont généralement interdites, mais la correspondance pourra reprendre à partir de janvier 1838. L’administration carcérale tolère entre ses murs quelques missions humanitaires. Parmi les premières femmes à porter secours aux prisonniers, il faut citer madame Papin et sa fille, de Lachine. Ces dames se rendent à la prison de Pointe-à-Callières, une sorte de hangar érigé en prison ; elles y apportent des provisions préparées de leurs mains charitables ; elles encouragent les prisonniers et sympathisent avec eux.

Dans ses mémoires, Denis-Benjamin Viger (1774-1861), cousin de Louis-Joseph Papineau (1786-1871), parle du rôle joué par Émilie auprès des prisonniers : « Ceux qui se trouvaient dans la pénurie ne devaient les moyens d’adoucir l’amertume de leurs privations qu’à des secours obtenus des citoyens, surtout par les soins de Dames de Montréal dont la conduite est au dessus de tout éloge, en particulier Mmes veuves Gamelin et Gauvin, qui recueillaient ces produits de la charité, qu’elles venaient distribuer plusieurs fois par semaine, aux habitants de ce séjour de douleur. »

Dans son Journal, le patriote Jean-Philippe Boucher-Belleville (1800-1874) décrit bien les conditions sanitaires de la prison montréalaise des patriotes : « L’eau nous vient d’une pompe, mais on en a manqué souvent, parce que cette pompe était en mauvais ordre. Un quartier a été 26 heures sans avoir une seule goutte. Ce qui n’est pas extrêmement propre, c’est que cette pompe, je ne sais pour quelle raison mystique ou morale, étant dans les latrines on est obligé d’aller y chercher de l’eau pour boire et s’y laver. Une société de dames de cette ville dont le patriotisme mérite les plus grands éloges, fournit tous les jours, depuis environ deux mois de la soupe à ceux des prisonniers qui n’ont que la livre et demie de pain pour subsister. »

Le prisonnier parle en fait de la mère du médecin-patriote Henri-Alphonse Gauvin, l’un des huit exilés aux Bermudes, Marguerite Barsalou, et de la veuve Tavernier, Émilie Gamelin. Celle-ci est célèbre pour avoir réussi à obtenir l’autorisation de visiter les révolutionnaires en prison, ce qui était absolument interdit par les autorités. Surnommée « l’Ange des prisonniers politiques », elle leur apporte de la soupe, du courrier, du soutien spirituel et d’autres soulagements comme du tabac. Parfois, elle transportait clandestinement dans son panier des lettres pour les patriotes emprisonnés. Elle fait également ce qu’elle peut pour consoler les veuves des condamnés à mort. On rapporte que sa chanson préférée était Un Canadien errant, composée en 1842 par Antoine Gérin-Lajoie (1824-1882), un écrivain natif de Yamachiche.

On raconte aussi qu’elle faisait passer les enfants des patriotes comme ses assistants pour qu’ils puissent aller voir leur père en prison. Elle avait donc un rôle-clé très important en tant que « travailleuse sociale doublée d’une infirmière ». Plusieurs autres dames l’accompagnent, chacune à tour de rôle : Agathe Perreault-Nowlan, Euphrosine Lamontagne-Perreault, Éléonore Gauvin-Ostell, Sophie Gauvin-Perreault, Émilie Hérigault-Pelletier et Adèle Berthelot, la femme du politicien Louis-Hyppolite LaFontaine.

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Dès 1842, elle prononce un vœu privé, ce qui engageait toute sa personne au service des pauvres. En 1843, après des années de services aux démunis, dame Gamelin fonde la Congrégation des Sœurs de la Providence, la première communauté du genre dans le Bas-Canada (le Québec d’alors). Fondée par des Montréalais d’origine, elle sera érigée canoniquement, le 29 mars 1844, par Mgr Ignace Bourget, alors qu’Émilie Gamelin prononçait ses vœux de religion. Elle s’occupait de soigner les moins nantis, les vieillards, les femmes âgées, les sourdes-muettes et les orphelines. Longtemps auprès des malades du typhus puis du choléra, elle en mourra, le 23 septembre 1851, après sept années passées en communauté. Émilie Gamelin est donc la première fondatrice canadienne-française d’une communauté religieuse au Bas-Canada depuis la Conquête de 1760.

Depuis toujours, Montréal appelait cette femme d’action et de compassion, « la Providence des pauvres ». Plusieurs dizaines de femmes ont poursuivi son œuvre, inspirées par son humilité, sa simplicité et sa charité. Déclarée bienheureuse par le pape Jean-Paul II, le 7 octobre 2001, elle attend encore sa canonisation. D’ailleurs, c’est en son honneur que le square Berri a été rebaptisé, le 10 avril 1995, là où était situé son Asile de la Providence (construit en 1842, détruit en 1963) et qu’une statue en bronze la représente avec un panier à la main, sculptée par l’artiste Raoul Hunter et inaugurée en l’an 2000 à la sortie du métro Berri-UQÀM, du côté de la rue Sainte-Catherine.

À Montréal, il y a une autre statue d’Émilie Gamelin devant le Carrefour Providence. De plus, il existe le Centre d’hébergement Émilie-Gamelin, à Montréal, et le Centre d’action bénévole Émilie-Gamelin, à Saint-Charles-Borromée. Des rues au Québec portent aussi son nom, notamment à Rivière-du-Loup, à Joliette et à La Prairie, où une école et un parc rappellent encore sa mémoire.

Sources principales :

Alain MESSIER. Dictionnaire encyclopédique et historique des Patriotes 1837-1838 (Guérin, 2002, 597 p.)

Michèle GÉLINAS. Adèle Berthelot-LaFontaine — 1812-1859 (Éditions GID, 2015, 242 p.)

Julie VINCENT. « À la défense des descendantes d’Émilie Gamelin », 14 mai 2020, Le Devoir. www.ledevoir.com/opinion/idees/578891/a-la-defense-des-descendantes-d-emilie-gamelin 

https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=https%3A%2F%2Fwww.fondationlionelgroulx.org%2FEmilie-Gamelin-1800-1851.html#federation=archive.wikiwix.com 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Émilie_Gamelin 

www.fondationlionelgroulx.org/Emilie-Gamelin-1800-1851.html 

www.emiliegamelin.qc.ca/fr/a-propos/histoire-du-centre-emilie-gamelin

https://chronomontreal.uqam.ca/chronologie/849-place-emilie-gamelin

www.v3r.net/culture/histoire-et-patrimoine/toponymie/toponyme/mere-gamelin/

www.biographi.ca/fr/bio/tavernier_emilie_8F.html 

http://providenceintl.org/centre-emilie-gamelin-et-musee/

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