Luc Massicotte – Octobre 2021 

Le 5 octobre dernier, le rideau est tombé sur le conseil municipal de Trois-Rivières, composé des conseillers et conseillères élu.es en 2017. Cette cohorte fut certainement importante et aura modernisé la politique trifluvienne.

Lors de l’élection municipale générale de 2017, plusieurs nouveaux visages firent leur entrée au conseil de ville, venant rejoindre certains qui se voyaient réélus pour un second mandat. Le renouvellement de la composition du conseil était franc. Et comme un jeu d’équilibre et de contrepoids à cette cohorte nouvelle, les électeurs avaient préféré reconduire Yves Lévesque à titre de maire, plutôt que la nouveauté que représentait Jean-François Aubin, une sécurité pour plusieurs électeurs.

Des changements profonds

Ce conseil municipal s’est dessiné comme une addition d’élus indépendants qui se sont découvert des affinités pour certains, sinon une volonté commune de jouer un véritable rôle d’élus, engagés et désireux de passer à l’action. Le conseil 2013-2017 avait pavé la voie à une valorisation du rôle de conseiller. La cohorte sortante a définitivement fait un pas de géant vers la culture politique trifluvienne qui reconnaît le rôle prépondérant des conseillers, de tous les conseillers et conseillères élus.es, assumant leurs intérêts et leurs valeurs.

Le conseil municipal qui a siégé entre 2017 et 2021 a apporté un changement de culture et concrétisé plusieurs réalisations à Trois-Rivières. Crédit photo : Dominic Bérubé

Un conseil plus fort que le maire

En 2017, Yves Lévesque, n’a pas saisi assez nettement le sentiment de plusieurs conseillers : la volonté de jouer un rôle important autour de la table. Les citoyens ont constaté que la toute-puissance du bureau du maire avait ses limites. Les conseillers pouvaient agir comme contrepoids pour bloquer ou faire avancer certaines visions avec une majorité solidaire. Yves Lévesque a ainsi quitté son poste à mi-mandat, touché par la maladie, mais fort à parier que sans même les ennuis de santé, le maire batailleur aurait laissé son siège plutôt que de devoir céder du terrain.

Chose peu commune, le conseil municipal a fonctionné sans maire élu, la conseillère Ginette Bellemare assumant le rôle de mairesse suppléante. Les observateurs de la scène municipale ont généralement salué le travail de madame Bellemare à ce titre.  Une période singulière — quoique courte — a donné aux citoyens une image d’un conseil collégial, tout à fait fonctionnel sans maire, et harmonieux. Une véritable lune de miel. Notons que cette période fut l’occasion de plusieurs changements et de plusieurs votes importants.

L’arrivée de Jean Lamarche en 2019 a changé la dynamique. Il a fallu pour tout le monde, s’ajuster. Il était insensé pour les conseillers en place de ne pas reconnaitre la légitimité de Jean Lamarche, surtout devant le « mandat fort » qu’il avait reçu lors du scrutin.

Plusieurs réalisations significatives

Parmi les réalisations importantes du conseil 2017-2021 à Trois-Rivières, notons la réorganisation salariale des élus afin de répartir l’enveloppe plus équitablement entre les fonctions, limitant ainsi la perception de « récompenser » les élus qui joignent l’exécutif. D’autres décisions et réalisations trouvent leur paternité chez les conseillers et conseillères et pas seulement au bureau du maire : diffusion des séances du conseil à la télé et sur le web; création d’une direction des communications qui inclut dorénavant la participation citoyenne; clarification du rôle de porte-parole de l’administration auprès des médias qui n’est plus politique; modernisation de l’axe de transport en commun et nomination de la présidence du conseil d’administration de la STTR parmi les « civils », par appel de candidature ouverte, plutôt que de confier le mandat à un élu. Et la liste pourrait aisément s’allonger.

Changement de culture

Le legs le plus important de cette cohorte de conseillers demeure probablement le rapport politique que joue le conseiller municipal. Une majorité des élus sortants actuels ont souhaité défendre des positions et des valeurs, mener des batailles et imposer leur présence. Cela a parfois choqué. Souvent, ce désir de participer activement a soulevé des passions. Lorsque certains élus ont défendu leurs convictions environnementales par exemple ou leur impatience face à l’appétit modeste que certains avaient pour les enjeux du Bas-du-Cap.

Les conseillers et les conseillères sortants.es. ont vraisemblablement politisé les débats, aussi simple que cela puisse paraître. En cela, ils étaient en phase avec la diversité des voix et des points de vue qui s’expriment chez les citoyens. Ce mandat « énergique » a pu laisser chez certains citoyens une impression de chicane, mais personne ne peut douter du travail intense accompli par ce groupe et de l’engagement entier de la majorité des conseillers. Cette cohorte a certainement pris son rôle au sérieux, amenant du même souffle à remettre en question la fonction « à temps partiel » de conseiller municipal. Le bureau du maire ne peut plus ignorer que le conseil est partie prenante des travaux et des décisions.

Mais il y a un prix à payer de ne pas fuir les débats. Des conseillers et conseillères ont décidé, après un seul mandat, de ne pas se représenter et plusieurs autres ont avoué trouver parfois l’exercice de la démocratie difficile, notamment dans un contexte de polarisation politique.

Une interrogation importante demeure pour les prochain.es élu.es : assisterons-nous à un retour du balancier ? Le prochain conseil voudra-t-il agir davantage comme des administrateurs d’un conseil d’administration que comme un conseil politique. Et quelles sont les attentes des électeurs face au rôle de leurs conseillers ? Nous aurons bientôt des réponses.

 

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