Critique littéraire Alexis Lambert

Le mur, de Christian Guay-Poliquin, est publié chez La Peuplade. 168 pages.

 

Le mur, de Christian Guay-Poliquin: une fuite en avant

Fort de sa trilogie publiée entre 2013 et 2021, Christian Guay-Poliquin revient chez La Peuplade avec un roman qui introduit un décor semblable mais avec une autre protagoniste. Dans Le mur, on nous présente un futur pas si lointain enrobé d’un rêve d’espoir.

 

 

 

 

 

 

 

 

La solitude et les secrets

C’est à travers le regard d’Héléna, une femme à tout faire qui arpente la ville à vélo, que se révèle ce monde du futur aux allures soviétiques. Dans une ville où il pleut tout le temps, la trace d’un effondrement progressif se révèle peu à peu. La société existe encore malgré les longues files alimentaires, la pénurie de café et la connexion internet disponible seulement sur le parvis de l’église. Pour réussir à tenir le filet social, des agences – agences de santé, de voyage, de matières résiduelles – ont vu le jour pour contrôler une multitude de faits et gestes des habitant-es. Le travail et le voyage dépendent d’une classe de fonctionnaires prêt-es ou non à donner un permis. 

Héléna affronte seule ce monde. Elle a quitté son mari, et ses deux fils adultes vivent leurs vies. À la suite de ses pérégrinations et de ses travaux de rénovation, Héléna repense à qui elle est, à ses amours et à ses secrets qui la rongent. Au détour d’un contrat important avec un ancien collègue, elle devra décider de quel côté du mur elle restera. 

L’espoir, mais pourquoi? 

Dès les premières pages, la figure du mur est omniprésente. La ville, complètement anonyme, est enclavée entre d’un côté le mur et de l’autre la rivière. Même si le tout se déroule dans une atmosphère brutaliste et mélancolique, les pluies torrentielles et les infestations d’iguanes font leur temps. Les principaux problèmes concernent la trame et les personnages. 

Guay-Poliquin a l’habitude des personnages anonymes, mais ici, le personnage d’Héléna manque vite de substance. Elle a un secret, à peine préfiguré, sur les origines d’un de ses fils dont la révélation aurait pu apporter à l’histoire un revirement intéressant. Toutefois, bien que le secret soit annoncé et ruminé par la protagoniste, il n’est pas vraiment utilisé dans le récit. C’est un curieux fusil de Tchekhov, que Guay-Poliquin, malheureusement, n’utilise  pas.

Les motivations d’Héléna sont aussi peu convaincantes. Ne serait-ce que par souci d’espoir et d’autoconservation, ce qui est bien noble en soi, Héléna décide d’affronter le mur. L’enjeu ici n’est pas la destination mais bien le parcours. Mais le parcours est en lui-même rempli de confusion. Bien que le roman soit court, la trame narrative s’allonge dans la solitude et les jours sans fin, sans pour autant nous faire croire en la possibilité d’une vie meilleure pour la protagoniste, ni nous en montrer l’intérêt. 

Ce quatrième roman de Christian Guay-Poliquin se solde sans vraiment d’enjeux. Un roman d’atmosphère, très bien écrit, mais qui laisse de côté le développement de ses personnages et la résolution d’une intrigue assez mince, comme un moment de transition dans l’œuvre de l’auteur. On sent qu’il reste dans la zone de confort qui l’a porté parmi les écrivains révérés comme des classiques. Cependant pour garder sa place, il devra passer de l’autre côté de son mur.

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