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Captures d'écran du débat des chefs à Radio-Canada, le 22 septembre 2022.

Lors du deuxième débat des chefs durant la dernière campagne électorale, alors que Gabriel Nadeau-Dubois partageait le plan en environnement de Québec solidaire (QS), François Legault lui a lancé : « Arrêtez de jouer au pays des merveilles » et a ajouté qu’il craint les « impacts sur le citoyen » de telles mesures environnementales.

Le lendemain, pendant un point de presse chaotique en marge d’une marche pour le climat, le ministre de l’Environnement sortant Benoit Charrette, et d’autres candidat(e)s de la Coalition avenir Québec (CAQ), se sont fait huer et ont dû quitter la manifestation de manière prématurée. La CAQ a par la suite dénoncé l’accueil que leur ont réservé les manifestants et manifestantes. De toute évidence, la CAQ ne semble pas avoir compris pourquoi ces individus ont décidé de marcher pour le climat en septembre pour une quatrième année consécutive.

Une incompréhension de l’action collective

Dans les sociétés démocratiques, la société civile peut se mobiliser et utiliser des moyens d’action collective tels que les grèves, les manifestations, les boycotts ou les pétitions afin de faire pression sur le pouvoir politique tout en dénonçant son attitude et sa réceptivité à l’égard de revendications collectives. Dans le cas des marches pour le climat au Québec, depuis 2019, des centaines de milliers de personnes ont revendiqué aux différents niveaux de gouvernement des engagements concrets et significatifs afin de lutter contre la crise climatique. 

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Capture d’écran du débat des chefs de Radio-Canada.

Élue en 2018, la CAQ, qui incarne le pouvoir politique sur lequel cette action collective cherche à mettre de la pression, doit défendre son bilan et son plan jugés insatisfaisants par le groupe manifestant. C’était un manque de lucidité de la part de ces candidat(e)s de la CAQ de tenter de se faire du capital politique en période électorale dans un tel événement alors que ces personnes incarnent précisément ce qui y est dénoncé. Les manifestants et manifestantes n’ont pas été dupes face à cet opportunisme électoraliste.

Une chambre d’écho

Alors que la CAQ s’est fait élire en 2018 avec seulement 37,4 % des voix, le système politique actuel fait en sorte qu’elle a pu gouverner toutes ces années avec une confortable majorité. En ayant le contrôle sur tous les leviers du pouvoir, elle a pu adopter ses mesures sans trop se soucier de l’opposition. Or, les idées divergentes et les débats sont très sains dans une démocratie puisqu’ils permettent de faire des compromis et d’adopter des positions mitoyennes et nuancées davantage représentatives de l’ensemble du groupe. Faute d’opposition, ce gouvernement majoritaire s’est peut-être retrouvé dans une chambre d’écho, c’est-à-dire que les idées et les visions du monde étaient renforcées par des personnes qui partagent les mêmes convictions. Cette homogénéité a peut-être, avec le temps, biaisé les perceptions de ce gouvernement qui, à force d’être conforté dans ses convictions, a perdu contact avec les revendications et les inquiétudes exprimées dans la société civile. À force d’être confirmé par des personnes qui pensent comme nous, l’on vient à penser que celles et ceux qui ne pensent pas comme nous ne défendent que des positions marginales. 

Le pays des merveilles

Si François Legault s’inquiète des impacts économiques que des mesures environnementales auront sur la population, peut-être devrait-il lire l’étude intitulée « Limiter les dégâts : réduire les coûts des impacts climatiques pour le Canada » publiée par l’Institut climatique du Canada. En plus d’impacts sur l’environnement, sur la biodiversité, sur la santé des communautés et sur la cohésion sociale, les changements climatiques auront également des impacts astronomiques sur l’économie. 

En effet, l’étude stipule que « les gouvernements subiront des pressions budgétaires liées au climat en raison du ralentissement de la croissance économique combiné à la nécessité grandissante de faire face aux catastrophes météorologiques, de réparer les infrastructures et de répondre aux besoins croissants en matière de santé ». 

En somme, ce qui n’est pas prévenu aujourd’hui finira par coûter beaucoup plus cher plus tard. L’absence de mesures concrètes et audacieuses aura des impacts économiques plus importants que l’adoption de telles mesures. De toute évidence, la CAQ continue à ne pas en prendre acte rapidement, tel que revendiqué dans les nombreuses marches pour le climat. C’est à se demander qui continue de jouer au pays des merveilles.

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