Jean-Claude Landry, mai 2015

Les organisations syndicales comptent des milliers de membres, parfois des centaines de milliers. Cette situation en fait des acteurs sociaux, politiques et économiques d’importance au Québec. Elles se sont d’ailleurs historiquement démarquées par leurs revendications pour l’accès au travail, pour des salaires justes, pour de meilleures conditions de travail et pour la mise en place de services publics et de programmes sociaux au profit de tous les citoyens.

Au Québec, les syndicats regroupent près de 40 % de la main d’œuvre. Un sommet en Amérique du Nord. Par ailleurs, le mouvement syndical québécois se distingue par sa participation active aux grands débats de société. Ce syndicalisme de type « social » n’est bien sûr pas sans déranger des forces de droite hautement organisées ayant leur relais au sein des hautes sphères du pouvoir au Québec comme au Canada. Et c’est encore plus vrai dans un contexte d’atteinte à la qualité de nos services publics et de remise en question généralisée des protections sociales, notamment les régimes de retraite et les mesures de protection du revenu.

Faut-il alors s’étonner que, dans un tel contexte, on assiste au déploiement, dans les médias et sur différentes tribunes, d’un certain discours qui, sur la base de motifs de toutes sortes, soutient que les syndicats « en mènent trop large » au Québec? Leur présence, plus importante qu’ailleurs en Amérique du Nord, nuirait à notre économie, notamment en matière d’investissements privés et de productivité des entreprises québécoises.

Ces prétentions ont amené deux instituts de recherche à réaliser des études sur la relation entre la présence syndicale au Québec et au Canada et nos performances économiques. La première a été publié avril 2013 par l’Institut Broadbent sous le titre «  Des communautés syndiquées, des communautés en santé ». La seconde, publiée en novembre 2014 sous l’égide de  l’Institut de recherches et d’informations socio-économiques (IRIS), pose la question sans détour dans son titre « Les syndicats nuisent-ils au Québec?». Les résultats de ces deux recherches remettent pour ainsi dire « les pendules à l’heure. »

Au chapitre des investissements privés, l’étude de l’IRIS conclut qu’effectivement il y a eu recul de l’investissement privé au Québec entre 1981 et 2012. Toutefois ce recul, qui n’est pas spécifique au Québec, est davantage dû à la mondialisation et à la financiarisation de l’économie. D’ailleurs, il s’est avéré moins élevé au Québec qu’en Ontario et au Canada, où les taux de syndicalisation sont nettement moindres qu’au Québec. Pour les auteurs de l’étude, on ne peut pas prétendre qu’il existe un lien entre les taux de syndicalisation élevé et la faiblesse des investissements.

À propos de la productivité, même constat : le niveau de PIB attribué à chaque heure travaillée au Québec est aujourd’hui identique à celui de l’Ontario. Les chercheurs en tirent la conclusion «  qu’à structure industrielle équivalente les travailleuses et travailleurs du Québec sont aussi productifs que ceux de la province voisine, et ce, même si le Québec compte un taux de syndicalisation plus élevé ».

Les deux études citées ne se limitent pas à rectifier un certain nombre de mythes et idées fausses répandus sur les syndicats. Elles s’intéressent également à l’impact de la présence syndicale sur la diminution des inégalités de revenus. L’étude de l’Institut Broadbent révèle entre autres que «  la distribution des salaires est significativement plus égale dans les juridictions où le taux de syndicalisation est élevé et [que] la diminution du taux de syndicalisation est une cause importante de l’augmentation de l’inégalité salariale depuis les années 80 ». On explique ce phénomène par la capacité accrue des plus fortunés d’accaparer une plus grande part de la richesse sociale à mesure que diminue la part de la population protégée par un contrat de travail collectif.

Ces deux études démontrent de façon convaincante que la présence syndicale contribue de façon importante à accroître la justice économique. Comme l’indique dans sa conclusion l’Institut Broadbent, l’amélioration de l’égalité sociale, de la justice sociale et de la démocratie passe par le renforcement de nos syndicats, et non l’inverse.

Source : IRIS

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