Par Jean-Michel Landry, avril 2018

 Les récits, analyses et témoignages qui composent ce dossier montrent que les parcours d’immigration sont truffés d’embûches et d’épreuves. Les opportunités professionnelles, économiques et sociales qu’offrent nos pays d’accueil sont bien réelles, mais elles n’ont rien d’une aubaine. Ceux et celles qui en jouissent aujourd’hui ont surmonté une quantité d’obstacles politiques et administratifs qui dépassent parfois l’entendement. À ces obstacles s’ajoute le défi intellectuel que représente l’apprentissage du français. Et comme si cela n’était pas assez, plusieurs se heurtent également à des milieux en perte de repères, incommodés par des manières de faire inhabituelles, voire carrément hostiles à la venue de nouveaux arrivants—immigrants ou réfugiés.

En recueillant la parole de ceux et celles qui vivent les défis de l’inclusion au quotidien, de même que les propos des personnes qui les accompagnent, ce dossier montre une fois de plus que l’immigration n’a rien d’une sinécure; c’est un travail à temps plein, un travail exigeant et parfois angoissant. L’expérience des immigrants de la Mauricie contredit par la même occasion l’idée voulant que les nouveaux arrivants entravent l’émancipation politique de nos sociétés d’accueil. Les tranches de vie réunies ici montrent que la venue d’immigrants chez nous contribue à enrichir nos sociétés.

Cet enrichissement soulève toutefois quelques questions. Quoiqu’en disent nos élus, les politiques d’immigration québécoises et canadiennes ne reposent pas aujourd’hui sur des principes humanistes ou moraux. Elles servent des impératifs d’ordre essentiellement économiques : il ne s’agit pas, en matière d’immigration, d’accueillir la misère du monde, mais bien d’accueillir les mieux éduqués, les plus qualifiés, les très compétents. Or ces qualifications et compétences qui alimentent notre puissance économique affaiblissent du même coup celles des pays du tiers-monde. Les flux migratoires accentuent ainsi les rapports d’inégalités qui parcourent la planète. Si l’économie québécoise est forte aujourd’hui, c’est en partie parce que l’immigration nous permet d’attirer, de sélectionner et de recruter de brillants esprits qui ont grandi hors de nos frontières. Or en ce monde, on le sait, rien ne se perd et rien ne se crée : si les immigrants enrichissent leur société d’accueil, leur départ contribue aussi à appauvrir les pays qu’ils quittent. Les immigrants en sont bien conscients; plusieurs retournent vers leur pays d’origine une partie des salaires qu’ils touchent ici.

Il y a donc deux facettes à la question de l’immigration. La première concerne l’intérieur de nos sociétés. Il importe de faciliter l’accueil des immigrants, encourager leur participation à la société québécoise et combattre les préjugés qui persistent à leur égard; nous avons beaucoup à gagner. Or cet impératif d’accueil ne doit pas nous faire perdre de vue l’autre facette de la question, la facette extérieure. Il importe également de constater que l’immigration sélective pratiquée par nos États contribue souvent à écrémer l’Afrique, l’Asie, l’Europe et les Amériques de leurs espoirs futurs. Il faut à la fois accueillir les nouveaux arrivants et dénoncer les inégalités qu’entraînent les procédés de sélections dont ils font l’objet.

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