inflation
Photo : Krzysztof Hepner

En 2021, la plupart des observations relevaient une poussée inflationniste temporaire. La raison invoquée était la forte reprise de la demande refoulée lors des confinements de 2020, que les entreprises arrivaient difficilement à combler, en raison des problèmes d’approvisionnement et de transport au niveau international. Les banques centrales ont beau multiplier les hausses de taux d’intérêt pour juguler l’inflation, celle-ci reste élevée par rapport à 2020.

S’il en est ainsi, c’est parce que l’économie mondiale est confrontée à des chocs plus profonds qu’un problème temporaire de demande excessive, à commencer par la guerre en Ukraine qui chamboule les marchés mondiaux de l’énergie et des matières premières. On pourrait croire que la fin éventuelle de la guerre devrait atténuer l’inflation. Mais voir les choses ainsi reviendrait à faire abstraction des effets de la crise climatique et de la transition écologique sur l’inflation.

Les conséquences de la crise climatique sur l’inflation

Il ne fait plus de doute que les changements climatiques ont des incidences importantes sur la stabilité des prix. On distingue trois conséquences inflationnistes du dérèglement climatique.

Il y a d’abord l’inflation due au dérèglement climatique en soi. Depuis une trentaine d’années, les catastrophes naturelles extrêmes sont plus fréquentes et plus violentes, comme en témoignent les nombreuses vagues de chaleur excessive, les sécheresses, les feux de forêt et les inondations. Ces phénomènes contribuent et contribueront aux flambées des prix agricoles et des primes d’assurance. Selon l’ONU, ce sont les catastrophes naturelles qui ont entraîné les plus fortes hausses des prix alimentaires depuis trente ans.

Il n’y a pas que le prix de la nourriture qui est tributaire du dérèglement climatique. Pour la seule année 2019, 40 catastrophes écologiques ont causé des dommages dépassant les 40 milliards de dollars (1), en plus de perturber les chaînes d’approvisionnement et donc de hausser les prix des produits concernés. 

La deuxième conséquence inflationniste concerne le coût élevé de notre dépendance aux énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz), qui représentent 80 % de la consommation totale d’énergie dans le monde, et dont les hausses de prix représentent le tiers de l’inflation totale. Considérant que le marché du pétrole est contrôlé par quelques producteurs qui ont le pouvoir de fixer les prix, tout indique que les prix du pétrole n’ont pas fini de s’envoler vers le haut. C’est pourquoi les programmes de tarification du carbone (taxe et quota de pollution), qui visent à réduire notre dépendance aux énergies fossiles, se multiplient (de 23 à 71) depuis dix ans. Comme quoi notre dépendance au pétrole et la lenteur de notre transition énergétique ont un prix à payer.  

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Le troisième impact concerne les mesures d’atténuation du dérèglement climatique. En l’absence de mesures plus vigoureuses, l’inflation climatique risque de perdurer encore plus longtemps. C’est pourquoi les États doivent investir massivement pour augmenter l’efficacité énergétique, en améliorant par exemple l’isolation des habitations, ou en favorisant l’utilisation des transports en commun plutôt que la voiture solo. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE, 2021), il faudrait investir 20 000 milliards de dollars au niveau mondial d’ici dix ans pour atteindre la neutralité carbone en 2050, soit le double des engagements actuels. 

Il en va de même pour les investissements dans les produits visant à réduire les émissions de carbone. Qu’on pense aux métaux et minéraux, comme le cuivre, le lithium, le graphite et le cobalt, dont les quantités nécessaires sont six fois plus élevées dans les autos électriques que dans les voitures thermiques. Notons que la demande pour ces ressources sera largement excédentaire à l’offre, d’autant plus que 16 ans sont nécessaires entre la découverte d’un gisement et son exploitation. Ainsi, le prix des voitures risque de s’envoler lors du passage de l’auto thermique à l’auto électrique, ce qui attisera l’inflation.

Les banques centrales et les gouvernements doivent agir 

Si les banques centrales décidaient de s’attaquer à l’inflation climatique comme elles le font avec l’inflation « normale », en augmentant les taux d’intérêt, cela aurait pour effet de renchérir le coût de la transition énergétique, et donc de la retarder. Les banques centrales doivent donc « verdir » leur politique monétaire. 

Pour ce faire, elles devraient financer les programmes d’investissement publics visant la transition écologique, en achetant des obligations « zéro émission ». Elles pourraient aussi augmenter temporairement leurs cibles d’inflation, afin de ne pas alourdir les frais de la dette des familles, ou du moins ne pas intervenir trop promptement face à des poussées d’inflation climatique.

De leur côté, les gouvernements devraient taxer les profits des pétrolières, qui sont de cinq à dix fois supérieurs à ceux de 2021, pour les redistribuer aux ménages les plus touchés par l’inflation et pour financer les énergies renouvelables dans le cadre de la transition énergétique.  

(1)  McKinsey Global Institute, Risk, resilience, and rebalancing in global value chains, 6 août 2020.

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