Photo : David Leblanc VINCENT BUSSIÈRE

L’intervention en contexte de nature et d’aventure (INA) est un type d’intervention encore peu connu du grand public. L’idée est simple, mais puissante : utiliser le plein air comme levier d’intervention pour accompagner des adolescent-es aux prises avec des problématiques de dépendance. Sortir du quotidien, vivre des expériences nouvelles, se confronter à des défis et parfois provoquer cette étincelle qui peut amorcer un changement. 

Pour mieux comprendre cette approche, j’ai rencontré Vincent Bussière, spécialiste en activité clinique en INA au Grand Chemin, un organisme à but non lucratif et un centre de thérapie en dépendance pour adolescent-es. Il y a trois centres de thérapie interne : un à Québec, un à Saint-Célestin près de Trois-Rivières et un à Montréal. Les jeunes y séjournent généralement entre 8 et 10 semaines pour suivre leur thérapie. En parallèle, il existe aussi un volet d’intervention par la nature et l’aventure.

 

Quel est ton rôle dans l’organisation ?

Principalement, mes tâches consistent à accompagner les chargé-es de projet dans le développement clinique des programmes d’INA et dans le développement professionnel des employé-es. J’ai donc un rôle de soutien auprès de l’équipe qui travaille en intervention par la nature et l’aventure.

Qu’est-ce qui t’a amené à travailler au Grand Chemin ?

Pour moi, c’est vraiment la rencontre de deux domaines qui me passionnent : l’intervention psychosociale et le plein air. Ce sont deux domaines dans lesquels j’ai étudié, et travailler au Grand Chemin me permet de réunir ces deux passions dans mon quotidien.

Qu’est-ce qui distingue le Grand Chemin dans ce type d’intervention ?

Un des gros avantages, c’est que ce sont des emplois à temps plein. Dans le monde du plein air et de l’INA, beaucoup de postes sont souvent contractuels. Au Grand Chemin, les programmes se sont développés au point où il est possible d’avoir des postes permanents. Il y a aussi l’équipe. On est près d’une dizaine de personnes qui travaillons en intervention par la nature et l’aventure. Au Québec, il y a très peu d’endroits où une équipe aussi grande et spécialisée existe.

Pourquoi l’INA est-elle efficace ?

Il y a plusieurs éléments. D’abord, il y a la nature. Beaucoup d’études démontrent que la nature a des effets bénéfiques et apaisants sur les êtres humains. Ensuite, il y a l’aspect aventure. L’aventure implique souvent un niveau de risque. Ce n’est pas nécessairement dangereux, mais pour la personne, il y un risque perçu et ce risque représente un défi. Quand on amène quelqu’un à vivre ce type d’expérience, on le sort de sa zone de confort. On le déstabilise et on lui permet de découvrir de nouvelles choses dans un environnement contrôlé et sécuritaire. Il y a également l’aspect de groupe. Dans nos activités, les participants et participantes se retrouvent dans des contextes où tout le monde est sur un pied d’égalité. Il n’y a donc plus de rôle social à occuper et les jeunes peuvent se redéfinir selon leurs compétences réelles. Notre rôle est de les amener à découvrir ces compétences et à apprendre à travailler ensemble et à s’entraider. 

As-tu un exemple concret d’un moment marquant ?

Récemment, j’étais en expédition avec un groupe. Deux jeunes filles étaient arrivées avec beaucoup d’artifices : faux cils, maquillage, etc. On a choisi nos combats et on les a laissées partir avec ça. Mais au fil de l’expédition, ces artifices ont disparu. Les faux cils sont tombés, le maquillage est parti. Et c’était beau de voir une jeune fille se sentir bien et se sentir belle au naturel. D’autres moments marquants, c’est lorsque des jeunes s’arrêtent pendant une randonnée et disent qu’ils se sentent exactement à la bonne place au bon moment, que ça leur fait du bien et que c’est ce dont ils avaient besoin. Sortir de son quotidien et prendre du temps pour soi prend alors tout son sens. Ce sont des choses qu’on entend parfois, et ce sont des moments très forts.

Aujourd’hui, les programmes semblent beaucoup plus structurés qu’avant. Comment cela a-t-il évolué ?

Dans les dernières années, plusieurs programmes se sont développés au Grand Chemin. Pour les jeunes en thérapie interne, on offre un programme d’une fin de semaine sur deux, en camp fixe avec des activités de plein air. Pendant la phase de réinsertion sociale, après la thérapie interne, les jeunes peuvent aussi participer à une expédition de cinq jours. Il y a également un programme scolaire, au centre de Québec, où les jeunes font des activités expérientielles et de plein air chaque semaine. D’autres programmes sont offerts en collaboration avec des partenaires externes, notamment pour des jeunes qui reçoivent des suivis en dépendance avec les CISSS et CIUSSS de différentes régions. Enfin, il existe aussi un programme lié à la persévérance scolaire dans la communauté d’Obedjiwan.

Avec les années, ces programmes se sont beaucoup structurés. Aujourd’hui, il existe aussi davantage de formations et de recherches sur l’intervention par la nature et l’aventure, ce qui permet de développer des programmes plus précis, mieux encadrés et plus structurés avec des objectifs spécifiques à atteindre.

Comment imaginerais-tu l’avenir de ce type d’intervention ?

Ce qui serait vraiment incroyable, ce serait un centre de thérapie complètement en nature. Un centre situé en forêt, où l’ensemble des activités serait structuré autour de la nature et de l’aventure. Ça pourrait inclure différentes activités : plein air, jardinage, projets concrets, tout ce qui amène les jeunes à être en action. Parce qu’en fin de compte, on permet aux jeunes de vivre des expériences qu’ils n’auraient peut-être jamais eu la chance d’essayer autrement. Parfois ça colle, parfois non. Mais, dans tous les cas, ça devient une expérience significative parce que c’est différent de ce que les jeunes vivent habituellement.

 

Photo : David Leblanc
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Un moment marquant

Au cours de la discussion, David Laplante, directeur général des centres du Grand Chemin, nous raconte aussi une anecdote qui l’a marqué. Une intervenante avait remarqué qu’un jeune semblait avoir reçu un diagnostic en santé mentale qui ne correspondait pas à ce qu’elle observait sur le terrain. Après plusieurs jours d’expédition avec lui, elle avait pu observer son comportement de façon continue. Ces observations ont contribué à une réévaluation du diagnostic et à un ajustement de la médication.

Pour David Laplante, l’un des grands avantages de l’INA est justement le temps passé avec les jeunes. Pendant plusieurs jours, les intervenant-es vivent avec les jeunes, les observent dans différentes situations et peuvent voir leurs réactions face aux défis.

Selon lui, l’adolescence est une période où le changement est encore très possible. Les jeunes sont en développement, leur personnalité se construit. Les expériences vécues à ce moment-là peuvent donc avoir un impact durable. Et les interventions en nature créent souvent des moments d’apprentissage intenses qui peuvent marquer leur parcours.

Ce qui ressort de cette rencontre, c’est que l’INA s’est beaucoup développée au fil des années. Ce qui était autrefois une approche plus intuitive est devenu aujourd’hui un domaine structuré, appuyé par la recherche et l’expérience qui permettent de concevoir des programmes aux objectifs bien définis. Et pour des jeunes, ces moments passés en forêt, loin du quotidien, peuvent parfois devenir le début d’un nouveau chemin.

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