Selon l’analyse de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), les personnes atteintes de maladies chroniques comme l’hypertension ou le diabète sont plus à risque de complications ou même de décès lorsqu’elles contractent la COVID-19. À cet égard, le coronavirus ressemble à d’autres virus l’ayant précédé. Sachant cela, la prévention des maladies chroniques devrait-elle être priorisée à la sortie de la crise pour prévenir des hospitalisations dans l’éventualité d’une nouvelle pandémie?

« L’épidémie de COVID-19 révèle que la prévention de ces maladies chroniques semble être primordiale pour réduire le risque de complications graves découlant des infections virales », concluait récemment le docteur Richard Béliveau, directeur scientifique de la Chaire en prévention et traitement du cancer de l’UQÀM, dans un de ses billets au Journal de Montréal.

Réseau axé sur le curatif

Les vertus de la prévention en santé sont connues depuis longtemps. Déjà en 1974, le rapport Lalonde, Nouvelle perspective de la santé des Canadiens, démontrait la nécessité d’intervenir en amont du système de soins pour améliorer la santé globale de la population. Jusqu’alors, on considérait généralement « le niveau de santé et la qualité de la médecine comme synonymes ».

En 2010, les ministres canadiens de la Santé déclaraient devoir faire de la prévention une priorité. Dans cette déclaration conjointe, les ministres allaient même jusqu’à reconnaître une fois de plus le caractère principalement curatif du réseau de la santé. « Nous avons les moyens de prévenir ou de retarder de nombreux problèmes de santé, mais le réseau de la santé du Canada est principalement axé sur le diagnostic, le traitement et la prestation de soins. Pour avoir des populations en meilleure santé et pour assurer la viabilité de notre réseau public de la santé, nous devons atteindre un meilleur équilibre entre la prévention et le traitement », écrivaient-ils à l’époque.

Compressions et réorganisations

Depuis 2010, des actions en prévention ont bel et bien eu lieu. Par contre, en raison de récentes réorganisations et compressions dans les services de santé publique au pays, l’Association canadienne de santé publique émettait en mai dernier un énoncé de position dans lequel elle disait craindre que ces réingénieries puissent limiter ou éliminer des programmes de prévention dont les effets positifs sur la société sont démontrés.

Selon un rapport d’évaluation publié par l’INSPQ en 2019, les services de santé publique au Québec ont souffert de « l’exercice d’optimisation » imposée en 2015 par les réformes de l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette, aujourd’hui député de l’opposition officielle. Ces réformes, rappelons-le, ont aboli les agences de la santé et des services sociaux, qui constituaient le palier régional en santé publique, ainsi que réduit d’environ 30 % le budget régional de santé publique. Les compressions budgétaires ont provoqué à leur tour une perte d’effectifs du même ordre.

Malgré cet affaiblissement global des directions régionales de santé publique, le rapport de l’INSPQ révèle que le fonctionnement des Tables intersectorielles régionales en saines habitudes de vie (TIR-SHV) ne semblent pas avoir été affectées par la création des grands centres intégrés (universitaires) de santé et de services sociaux (CISSS-CIUSSS) découlant des réformes Barrette.

Concertation régionale

La majorité des TIR-SHV sont présidées par les directions régionales de santé publique, mais elles rassemblent une diversité d’acteurs afin que ceux-ci puissent se concerter dans le but de créer un environnement favorable à l’adoption de saines habitudes de vie par la population. Cette concertation permet concrètement de mieux harmoniser les actions sur le territoire régional en matière de saine alimentation et de mode de vie physiquement actif.

Depuis quelques années, on voit la multiplication de projets issus de la mobilisation régionale et locale pour les saines habitudes de vie en Mauricie. Parmi ces projets, mentionnons Maski récolte, une initiative visant à récupérer les surplus agroalimentaires dans les champs, les potagers privés et les arbres fruitiers de la MRC de Maskinongé. En 2019, 284 bénévoles ont réussi à récupérer 8 263 kg de fruits et légumes qui ont été distribués aux familles des bénévoles et à des organismes de la communauté. Cette initiative en sera à sa troisième saison à l’été 2020.

Dans un précédent reportage, La Gazette de la Mauricie mettait en lumière les vélos-smoothies de la Municipalité de Saint-Alexis-des-Monts, un projet visant à faire bouger petits et grands tout en favorisant une saine alimentation. La TIR-SHV de la Mauricie a aussi collaboré étroitement avec l’Unité régionale de loisir et de sport, les commissions scolaires, les municipalités et les organismes sportifs ou communautaires afin de mettre en place le programme Jouer pour jouer. Celui-ci permet d’offrir des activités sportives récréatives et non compétitives aux enfants de 6 à 12 ans simplement dans le but de bouger et d’avoir du plaisir.

Malgré les succès de la concertation, les TIR-SHV ne sont pas à l’abri des réorganisations et compressions. « Globalement, pour la concertation au Québec, l’enjeu des ressources financières demeure majeur. Fort peu de programmes y sont dédiés et la récurrence est rarement assurée. Cette instabilité génère une fragilité et nuit à la mobilisation », souligne Alexandra Rivard, coordonnatrice du plan d’action de la TIR-SHV de la Mauricie qui observe toutefois une opportunité dans la situation vécue actuellement. « On le voit. On vit une crise sanitaire et la santé publique est importante. Ça a sa place la promotion et la prévention. » Selon elle, dans le contexte de la COVID-19, les gens constatent à quel point une bonne santé globale peut aider à combattre les virus.

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