Magali Boisvert, 15 juin 2016

« Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre. » – Marie Curie

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Crédits inconnus

Omar Mateen. C’est son nom. Le monde entier l’a sur le bout des lèvres. Omar Mateen. L’assassin d’Orlando. Celui qui a perpétré la fusillade la plus meurtrière de l’histoire des États-Unis. 49 morts jonchant le plancher du Pulse, discothèque gaie d’Orlando. Omar Mateen. Si vous connaissez son nom, c’est qu’il a eu ce qu’il voulait. La célébrité, la notoriété qui vient avec une telle couverture médiatique. Son nom, comme ceux des terroristes de Columbine ou de Sandy Hook, restera gravé dans la pierre qui a aspiré le sang de ses victimes.

Qu’ont ces hommes en commun ? Ils étaient isolés, ignorés, vivaient dans des milieux violents et avaient grandi avec l’idée que lorsqu’on a une arme, on a du pouvoir, on est craint, on est remarqué. Cette idée vous semble peut-être complètement étrangère ; or, on vous la vend chaque fois que vous regardez un film d’action américain. Pensez à Die Hard, pensez à Rambo avec sa mitraillette, pensez aux classiques du Western et aux duels au revolver. Les grands héros de la culture américaine (mais pas seulement américaine, ce genre de comportement est valorisé à bien d’autres endroits, y compris ici) sont idolâtrés, admirés pour leur force et leur pouvoir. Plus un héros tue, plus il se couvre de gloire. Serait-il absurde de penser que ce complexe de violence puisse se répercuter dans la vie réelle ?

Aux États-Unis, il est extrêmement facile de se procurer une arme. Vous pouvez en acheter une, en moins de 10 minutes, au Wal-Mart du coin. Le droit de posséder une arme y est enchâssé dans la constitution. Pourtant, à l’instar de l’actuel président, M. Barack Obama, des militants anti-armes militent depuis de nombreuses années afin de soumettre la possession d’armes à feu à une règlementation destinée à éviter qu’elles ne tombent entre les mains d’individus mal intentionnés. Et ils ont des arguments implacables : une récente étude de l’American Journal of Medicine met de l’avant l’inquiétante statistique selon laquelle un Américain a 10 fois plus de chances d’être tué par arme à feu que les citoyens de 22 autres pays développés.

Le cercle vicieux de l’insécurité

La raison principale pour laquelle les armes sont aussi courantes dans les foyers américains est la volonté des parents de protéger leur famille de potentiels assaillants. Selon cette logique, des mères en viennent, « au cas où », à transporter dans leur sacoche de petits pistolets que leurs jeunes enfants trouvent pour en actionner le mécanisme et causer des accidents parfois mortels. Selon l’étude de l’American Journal of Medicine, les États-Unis seraient deuxièmes parmi 22 autres pays pour le nombre d’homicides non intentionnels causés par des armes à feu.

Par ailleurs, en consacrant une énergie disproportionnée à propager la peur et la colère à l’égard d’individus musulmans, les médias associent faussement religion islamique et terroristes isolés. Ils suscitent de cette manière à la fois une intolérance par rapport aux cultures immigrantes et une terreur injustifiée qui pousse la population à s’armer davantage. Après des attentats comme celui d’Orlando, happés par cette spirale infernale les gens se précipitent s’acheter une arme afin de se protéger d’événements qui seraient beaucoup plus rares si la réglementation était plus stricte et si la culture n’encourageait pas à ce point les actes de violence.

Et la politique, là-dedans ?

Depuis le début de la présente course à l’investiture républicaine, un candidat se démarque par son intolérance, son appel à la colère et son penchant pour le lobby des armes à feu. Or, depuis qu’il est assuré de la nomination républicaine à la présidence, Donald Trump, qui inspire d’ailleurs une méfiance certaine au sein de son propre parti, entretient un discours franchement raciste. Au lendemain d’un drame tel que celui d’Orlando, ce discours risque d’être repris par davantage de personnes dans la mesure où un peuple effrayé et en colère aura tendance à voter pour un représentant qui reflète ses propres préoccupations. Qu’adviendrait-il des velléités de règlementation des armes à feu avec un gouvernement républicain aussi extrémiste ?

Beaucoup de questions demeurent sans réponse, mais il est crucial de ne pas céder aux discours de peur et de haine. En tant que membres d’une société civilisée, nous nous devons de réfléchir aux événements de manière lucide et de faire les constats qui s’imposent. C’est en nous serrant les coudes que nous pouvons arriver à sortir grandis de cette période de crise. Comme l’a dit Hank Green après la fusillade de Sandy Hook, « J’essaie juste de me rappeler que le monde est un bel endroit, et que le nombre de câlins par coup de feu est très, très élevé. »

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