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Réal Boisvert, mai 2015

Il y a des moments dans la vie qui agissent comme des révélateurs. Pour mémoire, rappelons qu’avant l’arrivée de l’ère numérique, l’obtention d’une photo passait par un certain nombre d’étapes. L’une d’elles consistait à plonger le papier dans un bassin contenant une solution chimique permettant de rendre visible l’image préalablement exposée à l’éclairage du négatif. Cette solution était désignée par le vocable « révélateur ». L’instant précis où apparaissait la photo argentique dans la lumière inactinique de la chambre noire était proprement magique. La photo se montrait dans son ultime évidence. Pas de faux-semblant : ratée ou réussie; quelconque ou géniale !

Il en va de même avec la pyrrhotite. Cette problématique à elle seule est parfaitement révélatrice de l’esprit qui anime le parti conservateur fédéral. Voilà un parti sans compassion, insensible et résolument tourné vers le contentement de sa frange extrême, un groupuscule ayant pour tout credo la débrouillardise personnelle côté pile et, côté face, totalement réfractaire aux mesures d’entraide et de solidarité sociale.

Il faut entendre sur toutes les tribunes les émissaires francophones du parti répétant à tout venant que le dossier de la pyrrhotite est de compétence provinciale. Comme si la détresse humaine relevait d’un palier de gouvernement en particulier. La détresse humaine n’est pas une affaire de domaine de compétence. Elle concerne toute la société. Elle interpelle chacun d’entre nous. Elle nous interdit d’ignorer que les propriétaires de maison attaquées par la pyrrhotite sont au désespoir. La cause est entendue : les individus prisonniers d’une maison dont les fondations ne tiennent plus le coup passent par toute la gamme des épreuves. Cela va de la stupeur aux problèmes de santé les plus graves en passant par la fatigue, l’épuisement, les relations humaines tendues, l’humeur dépressive, les séparations et les idéations suicidaires. Que faut-il de plus ?

La ville de Trois-Rivières, le gouvernement du Québec, la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite, des familles entières, des centaines de bénévoles, des milliers de gens font ce qu’ils peuvent. Tout ce monde met la main à la pâte comme ce fut le cas lors de la crise du verglas ou à l’occasion de la tragédie du Lac Mégantic. Le parti conservateur ? Néant. Compétence provinciale oblige… Et pourtant, ce gouvernement ne se gêne pas pour bousculer le champ de compétence des provinces quand ça fait son affaire. Les cas ne manquent pas en matière de justice (nomination des juges des cours supérieures), d’économie (volonté de contourner l’expertise de l’Autorité des marchés financiers), de santé (accès aux services de santé en anglais), d’éducation (chaires de recherche du Canada ici et là) et d’affaires municipales (réfections des infrastructures), etc.

Le comble de l’ironie c’est que le gouvernement fédéral perçoit des milliers de dollars en taxes et en impôts liés aux travaux de réfection des maisons aux prises avec la pyrrhotite. Pendant que le béton s’effrite, il s’emplit les poches et son cœur se durcit de jour en jour. Voilà un cliché dont il faudra expressément se souvenir le 19 octobre prochain…

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