Jean-Claude Landry, collaborateur

L’agence de sécurité GardaWorld, cette grande entreprise québécoise dans laquelle Investissement Québec a injecté quelque 300 millions de nos impôts, se retrouve en eaux troubles et, conséquemment, sous les feux croisés des médias, dont Radio-Canada, CBC, le Journal de Montréal et Pivot.
Croiser un gardien ou une gardienne de GardaWorld à l’accueil d’un centre hospitalier, d’un centre commercial, d’un magasin grande surface ou lors d’un événement à grand déploiement est chose commune.
On imagine mal cependant les voir « arpenter » les couloirs d’un centre de détention pour y « maintenir la sécurité et l’ordre », « collaborer étroitement pour créer un environnement sûr et ordonné » et contribuer à de possibles « interventions physiques », comme l’annonce la description de tâches d’emplois à pourvoir en prison aux États-Unis. Et pas n’importe quelle prison.
Il s’agit de la South Florida Detention Facility, mieux connue sous le nom évocateur d’Alligator Alcatraz, où les conditions de détention sont qualifiées « d’inhumaines, de dégradantes et d’insalubres » par Amnistie internationale. Une prison, au surplus, qui est sous la responsabilité de ICE (Immigration and Customs Enforcement), cette contestée police des frontières dont les comportements violents des agents masqués et les exactions à l’égard des citoyens et citoyennes font régulièrement la manchette. Une police que le gouverneur de l’État du Minnesota, Tim Walz, n’a pas hésité à qualifier de « Gestapo moderne au service de Donald Trump ».
Sorte de tente géante, Alligator Alcatraz a été implantée au cœur de la région marécageuse des Everglades, en Floride, afin d’y accueillir jusqu’à 3 000 détenu-es dont la grande majorité n’auraient ni dossier criminel ni antécédent judiciaire, 3 000 détenu-es confiné-es dans des cages grillagées de 28 mètres carrés pour 31 personnes n’ayant accès qu’à une seule toilette. Les conditions de détention y sont telles qu’on qualifie ce centre de « prison de l’enfer » en raison des conditions d’incarcération : des toilettes qui débordent, des matières fécales qui s’infiltrent dans les dortoirs, un accès limité aux douches et un éclairage permanent, entre autres.
Forte de contrats totalisant plus de 100 millions de dollars, GardaWorld assure la fourniture de gardien-nes de sécurité armé-es, de superviseur-euses, de transporteur-euses médicaux-cales, de camions sécurisés, d’équipements de transport, d’interprètes, de coiffeur-euses. Ces tâches font partie des très nombreuses missions de GardaWorld, devenue au fil de temps, dit-on, l’un des rouages essentiels de ce tristement célèbre centre de détention.
Qui plus est, la filiale états-unienne de l’entreprise québécoise, GardaWorld Federal Services, située en Virginie, vient de conclure avec le département de la Sécurité intérieure un contrat visant à mettre à la disposition de ICE des agent-es de sécurité pour la détention d’urgence et des services connexes pour les migrant-es placé-es en détention. Quels types de services connexes ? Impossible de le savoir, l’entreprise invoquant « des obligations contractuelles » pour ne pas en dire plus à l’équipe d’enquête de Radio-Canada qui l’a interrogée à ce sujet. Même silence radio lors des tentatives de la directrice d’Amnistie internationale Canada pour rejoindre la direction de l’entreprise afin d’en savoir davantage sur son implication aux côtés de ICE.
Ces agissements controversés de GardaWorld ont amené Amnistie internationale à lancer une pétition demandant notamment à l’entreprise de mettre fin immédiatement à tous ses contrats, ententes ou partenariats aux États-Unis avec l’agence fédérale américaine ICE. Et le 3 février dernier, en raison des entraves au respect des droits humains, le deuxième parti d’opposition à l’Assemblée nationale, Québec solidaire, a déposé une motion demandant de cesser d’octroyer des fonds à des entreprises liées à ICE, comme GardaWorld, mais la motion a été bloquée par le gouvernement de la CAQ.
Que sont devenus le sens de l’éthique d’entreprise et le souci du respect des droits humains ? Pour l’actuel gouvernement comme pour Gardaworld, il semble bien qu’on n’en soit plus là. « Money talks! »






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