Un adulte et un jeune qui rigolent en regardant une partie de hockey. Ils n’ont aucun lien de parenté. Aucun lien d’autorité. Seulement un lien d’amitié. C’est ce qu’Olivier et Tom vivent depuis cinq ans grâce à l’organisme Grands Frères Grandes Sœurs (GFGS) de Trois-Rivières. Leur relation, bien que merveilleuse, n’est pas une exception.
Tout a débuté lorsque Olivier a découvert GFGS de Trois-Rivières: un coup de foudre.
Leur mission? «Offrir une relation saine, fiable et durable pour un-e jeune [en situation de vulnérabilité] à travers un jumelage avec un-e adulte bénévole, qu’on appelle un-e mentor-e, qui devient un grand frère ou une grande sœur [pour le ou la jeune]», explique Mélody Lefebvre, nouvellement directrice générale de l’organisme.
Olivier a rencontré Tom en 2020. Le sourire dans la voix, il décrit ce petit bonhomme de sept ans: «C’était une merveille. Enjoué, allumé, il était très respectueux: il faisait attention à sa mère et à ses amis.»
Aujourd’hui, Tom a 13 ans et Olivier fait toujours partie de son entourage. «C’est l’une de mes priorités», affirme Olivier sans aucune hésitation. À preuve, ces deux «frères» passent en moyenne 20 heures par semaine ensemble.
Une histoire merveilleuse, et pas si unique
Fondé en 1912, GFGS Canada est venu en aide à plus de 32 000 jeunes de 6 à 21 ans issus de familles monoparentales, de familles d’accueil ou qui vivent dans des centres de réhabilitation.
Bien que la plupart des jeunes soient accompagné-es par des spécialistes, peu d’adultes récurrent-es font partie de leur vie. Comme le précise Mme Lefebvre, «ce sont des jeunes en pleine construction, avec des questions sur les orientations, sur leur futur et qui n’ont pas nécessairement d’adultes proches pour les écouter et les conseiller».
La formule classique de mentorat de GFGS est la tenue d’activités, de trois à quatre heures aux deux semaines, entre l’adulte et le ou la jeune. Le but est d’amener le ou la jeune à être «dans un cadre de vie plus normalisé», affirme Lynn Aubertin, directrice générale de GFGS de la Porte du Nord, dans Lanaudière.
Comment devenir un grand frère ou une grande sœur?
Le profil des bénévoles est ancré dans la bienveillance et la stabilité, pas dans les connaissances en santé mentale ou la perfection. Ce sont des personnes motivées à réellement changer des choses dans la vie des jeunes.
Devenir bénévole est un long processus. Une fois les bénévoles qualifiés, l’organisme leur présente les dossiers de jeunes afin qu’ils ou elles puissent choisir son petit frère ou sa petite sœur. Toutefois, «c’est crève-cœur de choisir», se rappelle Olivier.
Crève-cœur, mais essentiel: les intervenant-es de GFGS s’assurent de réduire les possibilités qu’un jumelage ne fonctionne pas. Ils et elles accompagnent également les bénévoles, mais aussi les jeune et leur entourage pour bien enraciner la relation.
L’engagement bénévole est de un an minimum: «Ce ne sont pas des jeunes qui sont habitué-es à [la stabilité des liens personnels]: ça peut leur prendre du temps à comprendre que l’adulte est là pour eux et qu’il va revenir. On veut créer des relations stables», souligne Mme Lefebvre.
La plupart des relations se prolongent après cette période initiale. Des petits frères, devenus adultes et parents, continuent à voir leur grand frère. La situation inverse est aussi observée: dès mentor-es, devenu-les parents, poursuivent leur engagement auprès de leur jeune.
«Le monde serait meilleur»
À l’heure actuelle, 30 jumelages sont actifs à Trois-Rivières. C’est avec un soupir dans la voix que Mme Lefebvre révèle que 80 jeunes sont en attente d’un-e mentor-e. Du côté de GFGS de la Porte du Nord, près de 30 noms figurent sur la liste d’attente.
Les deux directrices générales sont unanimes: il y a trop de jeunes en détresse et pas assez de bénévoles.
Les organismes GFGS de la région bouillonnent d’idées novatrices pour trouver des bénévoles. Le principal défi? Le temps: «On sait que ce qu’on demande aux bénévoles, c’est exigeant. Il y a des bénévoles qui ont vraiment le désir de s’impliquer, mais, dans leur réalité quotidienne, ce n’est pas toujours possible », explique Mme Lefebvre.
Pour Olivier, qui est un jeune entrepreneur, le manque de temps n’est qu’une excuse: «Nous avons tous le temps [de nous impliquer], il suffit de le mettre à la bonne place.»
Il choisit de donner de son temps au GFGS de Trois-Rivières pour Tom, mais aussi pour améliorer le monde: «Le monde serait meilleur si tout le monde pouvait avoir un ou une mentor-e qui te suit toute ta vie. Il y aurait moins de besoins sociaux, moins de violence, on irait mieux. Tom me fait prendre conscience de ça.»

Olivier et Tom sont frères de cœur. Les deux inséparables se sont rencontrés en 2020 via l’organisme GFGS de Trois-Rivières.
Photo: Olivier Perreault
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Mélodie Charest, journaliste pigiste
Initiative de journalisme local








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