Les médias sociaux sont dorénavant la principale source d’information d’actualité au monde. C’est ce que conclut l’enquête Digital News Report (DNR) du Reuters Institute for The Study of Journalism de l’Université d’Oxford. Et le Canada n’échappe pas à cette tendance.
Depuis 2012, le Reuters Institute for The Study of Journalism de l’Université d’Oxford mène annuellement l’enquête DNR qui fait la lumière sur les pratiques et les perceptions des consommateurs et consommatrices d’information dans 48 pays.
Pour la première fois en 14 ans, l’enquête révèle que les réseaux sociaux sont la première source d’information au monde. Le Canada n’échappe pas à cette tendance: 53% des personnes interrogées au cours de l’enquête révèlent qu’elles ont utilisé les médias sociaux pour s’informer.
Facebook est plus populaire que jamais pour s’informer
Bien que X et YouTube gagnent du terrain dans les habitudes de consommation de l’information des Canadien-nes, Facebook reste à la première place. La plateforme gagne même en popularité. Son utilisation passe de 25%, en 2025, à 33%, en 2026.
Pourtant, les plateformes de Meta bloquent les actualités depuis 2023. Comment expliquer alors la croissance en popularité de Facebook? Colette Brin, directrice du Centre d’études sur les médias (CEM), qui est responsable du volet canadien du DNR, confirme qu’il n’y a pas eu «d’effets dramatiques et immédiats du blocage».
Des études canadiennes ont également démontré qu’il y a beaucoup de Canadien-nes qui ne sont pas au courant du blocage ni de la Loi sur les nouvelles en ligne, également désignée par Loi C-18.
Bien que les enquêtes antérieures aient démontré que Meta n’inspire pas confiance au public canadien, ce dernier se tourne tout de même vers la multinationale états-unienne pour se divertir et s’informer. Ce «paradoxe», pour reprendre les termes de madame Brin, s’explique en partie par le fait que Meta est bien ancrée dans les habitudes de consommation de l’information, en raison de sa gratuité entre autres.
S’informer, c’est du sport
L’une de ces tendances qui inquiètent la directrice du CEM est la baisse d’intérêt et la baisse de confiance que porte la population canadienne envers les nouvelles.
En 2016, 55% des répondant-es au sondage affirmaient faire confiance la plupart du temps aux nouvelles. Dix ans plus tard, en 2026, c’est 37%. Bien que le CEM n’ait pas la raison exacte de cette baisse de confiance, le centre de recherche pointe la diminution de la visibilité des contenus fiables ainsi que la capacité du public à distinguer les contenus fiables des contenus malveillants ou de mauvaise qualité: «Je le dis depuis des années: [s’informer] est de plus en plus compliqué», affirme madame Brin, qui est dans le domaine du journalisme depuis près de 40 ans.
Les Canadien-nes s’informent par pur accident!
Au-delà de la baisse de confiance et d’intérêt envers les nouvelles, ce qui inquiète madame Brin, c’est les comportements d’évitement et d’indifférence des Canadien-nes par rapport aux nouvelles. De plus en plus, le public canadien grappille involontairement les actualités en glanant sur les réseaux sociaux.
Dans le rapport DNR on peut lire que «c’est particulièrement le cas de Facebook, pour lequel 60% des répondant-es mentionnent voir les nouvelles de manière accidentelle, comparativement à 29% qui considèrent ce média social comme étant utile pour obtenir les nouvelles».
Du point de vue de la directrice du CEM, ce n’est pas incohérent: «les plateformes [comme Facebook] ne sont pas conçues pour s’informer, c’est pour se divertir».

ILLUSTRATION: KATHERINE GIROUX ET ISABELLE PADULA
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Mélodie Charest, journaliste pigiste
Initiative de journalisme local








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