En décembre 2025, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) diffusait les résultats¹ de l’Enquête québécoise auprès des organismes d’action communautaire, réalisée pour le compte du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale en septembre 2024 et en janvier 2025. Les informations recueillies portaient sur l’année 2023-2024.
Les organismes communautaires au Québec
Ce sont 4 860 organismes, aux domaines de mission sociale variés (voir Figure 1), qui ont participé à cette enquête. Les questions posées portaient, notamment, sur les activités/services, la clientèle, les bénévoles, la situation financière et le personnel salarié. L’échantillon provient d’une liste d’OBNL extraite du Registre des entreprises du Québec.
Figure 1 : Domaines de mission sociale

Source Institut de la statistique du Québec, Enquête québécoise auprès des organismes d’action communautaire, 2024.
Les services spécifiques sont nombreux et un même organisme peut en offrir plusieurs. Les cinq plus fréquents sont les services d’accompagnement et de référence (51,6 %), de promotion et de sensibilisation (48,3 %), d’accueil et d’écoute (42,7 %), de formation (40,8 %) et d’aide et d’entraide (40,1%).
L’enquête de l’ISQ montre que les familles/enfants et les femmes sont les clientèles plus fréquemment visées, avec 14,3 % et 13,3 % respectivement des organismes interrogés qui s’y consacrent. Viennent ensuite les adolescents et adolescentes et les jeunes adultes (13,0 %), les personnes aînées (9,0 %) et les hommes (8,9 %).
Une présence forte
Le nombre total d’organismes communautaires est estimé à 10 300, répartis dans toutes les régions du Québec. Le plus grand nombre se trouve dans la région de Montréal (26,3 % ), suivie de la Capitale-Nationale et de la Montérégie (9,9 % chacune). La Mauricie en compte 3,7 %, Lanaudière 4,0 % et le Centre-du-Québec 3,1 %.
Selon l’ISQ, l’action communautaire au Québec, c’est :
- 9,8 milliards de dollars en revenus ;
- 77 000 administrateurs et administratrices ;
- 8,5 millions de membres (personnes et organisations), une même personne ou organisation pouvant être membre de plusieurs organismes.
Les organismes d’action communautaire sont aussi des employeurs : 86 % ont des personnes salariées, pour un total d’emplois estimé à 137 000. La masse salariale globale est évaluée à 4,6 milliards de dollars, soit une moyenne annuelle de 33 600 $ par personne. Les femmes sont très présentes, constituant 67 % des personnes salariées.
Les données montrent que 80 % des organismes offrent un volet d’économie sociale et que 92 % interviennent directement auprès de la population. Plus de la moitié sont des organismes de bienfaisance qui sont enregistrés, et plus de la moitié également sont dans des secteurs matériellement et socialement défavorisés.
Figure 2 : Âge des organismes communautaires

Malgré ce que l’on pourrait croire, les organismes communautaires ont une présence forte qui dure dans le temps. La Figure 2 montre que seulement 13,9 % ont moins de 10 ans, que la très grande majorité (73,5 %) existent depuis plus de 20 ans et que plus du quart (incluant La Gazette !) ont été créés il y a plus de 40 ans.
Une présence fragile
Pour plusieurs raisons, les organismes communautaires demeurent, individuellement, des organisations fragiles :
- financement souvent incertain ;
- démarches de financement difficiles et chronophages ;
- salaires souvent peu attrayants ;
- conseils d’administration parfois difficiles à recruter ;
- participation et mobilisation des membres et des bénévoles qui sont un défi constant.
Notons aussi que la notoriété des organismes et leur reconnaissance publique n’est pas toujours au rendez-vous.
Les organismes communautaires s’appuient aussi fortement (pour 84 % d’entre eux) sur le bénévolat, donc un travail non rémunéré. Or il est très difficile de démontrer à ces bénévoles une reconnaissance formelle à la hauteur de leur inestimable contribution. Leur rôle, pourtant vital, cache cependant une partie de la réalité financière des organismes. Leur contribution est tangible et indispensable, et les organismes communautaires ne pourraient pas survivre si le travail que font les bénévoles devait être fait par du personnel salarié.
Les organismes communautaires existeront toujours. En ce sens, ils démontrent une force de survie à la hauteur de leur nécessité. Mais, individuellement, leur existence est un défi de tous les instants. Ils peinent à recruter du personnel pour le long terme – les salaires offerts étant souvent moins attractifs – et ils sont à la merci des politiques budgétaires et des idéologies sociales des gouvernements en place.
Côté finances, c‘est avec un maigre excédent des revenus sur les dépenses que les organismes communautaires doivent, année après année, continuer d’avancer et tenter de faire un peu de réserves pour espérer se développer de façon structurante. Voici quelques données :
- 9,8 milliards de dollars de revenus au total ;
- 9,6 milliards de dollars de dépenses, donc un excédent moyen des revenus sur les dépenses de 0,2 milliard (à peine 2 %) ;
-
32,4% en aide gouvernementale provinciale distribuée à 73 % des organismes ;
- 22 % des organismes ont des revenus annuels de moins de 100 000 $ et près de 45 % de moins de 250 000 $ ;
- 55,1% des dépenses sont consacrées aux salaires et aux loyers.
La Gazette de la Mauricie fait partie du monde des organismes communautaires depuis plus de 40 ans. En plus d’être un acteur de l’action communautaire, elle est aussi témoin de l’indéniable valeur sociale de cette action. Le monde communautaire est fortement implanté au Québec, et c’est tant mieux. Mais ce monde est aussi un monde fragile.
Le sous-financement place les organismes dans des situations qui compromettent souvent leur mission à moyen et à long terme et créent de l’incertitude chez les personnes qui y travaillent. Ils sont loin d’être financés à la hauteur de leur apport à la société.
Pour ce qui est du bénévolat, s’il s’agit d’une immense et essentielle contribution, la mobilisation n’est pas simple. Consacrer du temps à une activité non rémunérée, aussi louable cela soit-il, devient de plus en plus demandant étant donné la situation économique actuelle.
Pourtant, les problèmes sont criants et ils le demeureront : accessibilité à des logements abordables, aide aux personnes itinérantes (visibles et invisibles), soutien apporté aux gens souffrant de problèmes de santé mentale, aide alimentaire parce que les revenus sont insuffisants pour assurer une subsistance adéquate et digne… Tous ces problèmes sont de plus en plus monnaie courante.
La société a besoin des organismes communautaires. Les services publics offerts par les gouvernements sont loin d’être parfaits et ne peuvent répondre à tous les besoins, ce qui inclut, malheureusement, la justice sociale, l’équité et la compassion. C’est pourtant ce qui constitue l’essence de l’offre des organismes communautaires.
Source : Source Institut de la statistique du Québec, Enquête québécoise auprès des organismes d’action communautaire, 2024.
¹ https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/action-communautaire-2023.pdf







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