Cathy Bélanger prépare une exposition à Saint-Mathieu-du-Parc, un lieu qui nous fait redécouvrir l’art autrement dans un bâtiment qui trône fièrement au centre d’un tout petit village. Puis à l’intérieur, les expositions sont de qualité, mais surtout très différentes les unes des autres. Il y a toujours quelque chose de pertinent, de nouveau, de surprenant pour faire voyager dans toutes les directions. Alors, quand j’ai vu le nom de Cathy Bélanger, qui est également directrice de l’Atelier Presse Papier, associée à l’exposition Mémoires chromatiques, j’ai voulu comprendre sa proposition.
Cathy, si on commence simplement, parle-moi un peu de Mémoires chromatiques. Qu’est-ce que tu prépares pour cette exposition?
Je suis très heureuse de vous présenter Mémoires chromatiques. Cette exposition rassemble un travail que je poursuis depuis un certain temps autour de la forme, de la répétition et surtout de la couleur.
Pour cette exposition, tu as choisi de partir d’un seul élément visuel. Comment cette forme devient-elle le point de départ de tout le reste?
Pour cette exposition, j’ai travaillé à partir d’une seule et même forme. Je la répète, la déplace, la superpose, la transforme. Au départ, elle est assez simple, mais à force de passages, elle devient autre chose. Elle peut faire penser à un paysage, à une montagne, à une silhouette, à un horizon… mais elle ne représente jamais un lieu précis.
Ce qui m’intéresse, c’est de voir jusqu’où une même forme peut aller. Comment, en changeant la couleur, la transparence, la position ou le geste, en jonglant avec l’imprévu, une image peut complètement changer d’atmosphère. Une forme peut sembler proche dans une œuvre et devenir presque étrangère ou fantomatique dans la suivante.
Tu parles beaucoup de répétition, mais aussi d’imprévu. Comment les deux peuvent-ils cohabiter dans ton travail?
Je travaille beaucoup dans cette idée de répétition et de variation. La répétition pourrait sembler très contrôlée, mais pour moi, elle ouvre justement la porte à l’imprévu. Je recommence, et quelque chose se décale. Une couleur se mélange différemment, une transparence devient plus forte que prévu, un geste laisse une trace que je n’avais pas anticipée. Et plutôt que de corriger ces accidents, j’aime souvent les suivre. Ils deviennent une nouvelle possibilité pour l’image. C’est entre autres pour cette raison que j’ai autant de plaisir à travailler en sérigraphie.
Qu’est-ce que la sérigraphie te permet de faire que tu ne retrouverais peut-être pas de la même façon avec un autre médium?
La sérigraphie me donne énormément de liberté. On pourrait penser que c’est une technique très précise, très contrôlée, mais dans mon travail, j’aime justement jouer avec cette précision. Je peux préparer quelque chose très minutieusement et être surprise au moment où je soulève l’écran.
La couleur semble vraiment être au cœur de cette recherche. Qu’est-ce qui continue de t’attirer autant là-dedans?
La couleur est probablement ce qui me donne le plus envie de continuer. J’aime voir ce qui se passe lorsqu’une couleur en rencontre une autre, lorsqu’une couche transparente laisse apparaître celle qui est dessous. Une couleur n’est jamais complètement seule : elle est transformée par celles qui l’entourent et par celles qui l’ont précédée.
Le titre Mémoires chromatiques vient justement de cette idée que les impressions gardent des traces de ce qui s’est passé avant?
Il y a d’ailleurs une vraie mémoire dans le procédé. Lorsque je travaille en sérigraphie, l’écran peut conserver des traces d’une impression précédente. Une petite quantité de couleur reste parfois dans la trame et vient se mélanger à la suivante. Ces traces peuvent créer des nuances que je n’avais pas prévues. J’aime beaucoup cette idée que le travail conserve quelque chose de ses propres étapes, de ses propres gestes.
C’est aussi ce qui m’a amenée au titre Mémoires chromatiques. Les œuvres sont comme des états successifs. Elles gardent des traces de ce qui s’est passé avant, tout en ouvrant sur quelque chose de nouveau.
Cette recherche ne s’arrête pas aux œuvres accrochées. Tu as aussi voulu créer une installation au centre de la salle. Qu’est-ce qu’on va y retrouver?
Au centre de la salle, j’ai voulu poursuivre cette recherche avec les quarante petits livres d’artiste.
Ils sont tous construits sur le même principe et ont le même format, mais chacun est consacré à une couleur. À l’intérieur, on retrouve des variations, des nuances, des transparences et des superpositions.
J’aimais l’idée de créer une sorte d’atlas, mais un atlas qui ne répertorie pas des lieux. Un atlas de couleurs, d’états et de variations.
Tu veux aussi que le public puisse intervenir directement dans cette installation. Pourquoi c’était important pour toi qu’elle ne reste pas figée?
Je ne voulais pas que l’installation soit complètement figée. Et surtout, ces livres peuvent être pris, feuilletés et déplacés. Les rapprochements entre les couleurs peuvent changer selon les choix des personnes qui les manipulent. L’installation devient donc elle-même une œuvre qui peut se transformer.
Quand on prend un peu de recul sur l’ensemble de l’exposition, qu’est-ce qui relie toutes ces œuvres entre elles?
Ce qui relie tout le travail présenté ici, c’est cette envie de partir de quelque chose de très simple et de voir ce qu’il peut devenir. Il y a aussi dans cette recherche quelque chose de contemplatif, une invitation à prendre le temps d’observer les formes, les couleurs et leurs transformations. Je ne cherche pas à obtenir une image parfaite dès le départ. Je préfère laisser une place au geste, à l’intuition et à ce qui arrive en cours de route. Pour moi, créer, c’est beaucoup observer, essayer, recommencer et parfois me laisser surprendre.
Et je pense que c’est ce qui me plaît autant dans la sérigraphie : chaque impression est à la fois une répétition et une nouvelle expérience.
Et finalement, comment aimerais-tu que les gens abordent Mémoires chromatiques lorsqu’ils vont découvrir l’exposition?
Je les invite à regarder les œuvres comme des paysages possibles, mais surtout comme des constructions de formes et de couleurs qui peuvent continuer à changer dans leur regard.
Mémoires chromatiques est une exposition entièrement réalisée en sérigraphie, où Cathy Bélanger explore la couleur, la répétition et la transformation d’une même forme. Au centre de la salle, une installation d’une quarantaine de petits livres d’artiste pourra aussi être manipulée.

Avec Mémoires chromatiques, l’artiste explore les jeux de couleurs, la répétition et les multiples transformations d’une même forme. (Photo: Gracieuseté Cathy Bélanger)
Exposition : Mémoires chromatiques
Artiste : Cathy Bélanger
Lieu : La petite Place des Arts
Adresse : 1781, chemin Principal, Saint-Mathieu-du-Parc (Québec) G0X 1N0
Dates : du 20 novembre au 20 décembre 2026
Vernissage : samedi 21 novembre 2026, à 14 h
Information : 819 532-2000







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