Transportons-nous de l’autre côté de l’océan pour aborder le dernier roman de l’écrivain français Abel Quentin. Cabane est un curieux ouvrage polyphonique qui traite des combats inhérents à la politique environnementale des années 1970 à aujourd’hui.
Un rapport sur notre modèle de consommation
Ayant toujours un intérêt pour les sujets polarisants, Quentin s’attaque ici aux avancements scientifiques en matière d’effondrement social et de changements climatiques. Inspiré par des faits réels, il nous plonge dans les aléas de quatre universitaires de la Californie de la décennie 1970.
Sous la direction d’un éminent professeur de dynamique des systèmes, quatre étudiant-es des cycles supérieurs produiront un rapport sur la croissance qui fera l’effet d’une bombe sur la scène internationale, car il se vendra à plusieurs millions d’exemplaires.
Parmi les auteur-es du rapport, intitulé Rapport 21, on retrouve Eugene et Mildred Dundee, un couple américain, et les Européens Paul Quérillot et Johannes Gudson. Ayant à défendre leurs hypothèses, ces universitaires feront les frais de leur succès. En effet, se fondant sur de sombres prophéties écologistes, le rapport démontre que la croissance infinie de la société de consommation mènera inévitablement à un effondrement de la qualité de vie et des ressources naturelles sur Terre.
Cependant, leurs interventions n’ont pas l’effet espéré à travers le monde. Décrié-es comme alarmistes, communistes ou adversaires du progrès, les quatre chercheur-euses voient progressivement tous leurs appuis, y compris le groupe ayant commandé le rapport, se désolidariser. S’ensuit une grande histoire croisée sur plus de 50 ans, où les choix et les réflexions de chacun-e mettront en lumière leur fidélité à leurs propres positions.
Thématiques et dilemmes incisifs
Abel Quentin est fidèle à son style puisqu’il se sert ici de ses personnages pour reprendre des grands débats touchant le mouvement écologiste. Il pose les questions de l’usage légitime de la violence politique et celui de la croissance verte.
D’une part, avec le personnage énigmatique du mathématicien norvégien Johannes Gurdsonn, il nous transporte dans une interprétation radicale et sacrée de l’écologie. Posant la question de la nécessité de la violence politique pour défendre l’environnement, Quentin nous dépeint sa version des grand-es pacifistes de l’écologie, comme Arne Naess, mais aussi notamment de l’écoterroriste Ted Kaczynski.
À travers les personnages des Dundee et de Quérillot, la question du rôle de chacun-e dans la lutte aux changements climatiques est lancée. A-t-on un devoir envers les générations futures ? Est-ce que résister en vaut la peine ou bien profiter du système tant qu’il fonctionne pour en récolter les fruits est ce qu’il convient de faire ?
L’auteur de Cabane nous prouve encore une fois qu’il est un chef d’orchestre sublime. Ayant toujours la volonté d’écorcher les sensibilités pour parler des torts et des travers de notre époque, il brosse les grands thèmes qui inspireront les politiques environnementales de demain. Bien entendu, sans nous ennuyer, il transmet sa pensée dans une recherche approfondie aux quatre coins de l’Europe et des États-Unis. À lire absolument.
Cabane, d’Abel Quentin, a été publié aux éditions J’ai lu en 2024.







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