chronique environnement sous-sol

Crédit photo : Dominic Bérubé

Le projet de l’agrandissement du parc industriel situé au carrefour des autoroutes 40 et 55, à Trois-Rivières, prévoit la destruction d’une dizaine d’hectares de milieux humides. Le dossier a été sorti des limbes il y a environ un an, suscitant la division au sein du conseil municipal et mobilisant de nombreux militant-es opposé-es au projet.

Il faut dire que la destruction des milieux humides est un véritable fléau. Le bureau d’enquête du Journal de Montréal révélait récemment que d’août 2017 à décembre dernier, le gouvernement du Québec a autorisé 98 % des projets détruisant des milieux humides (seulement 29 projets refusés sur 1331). Et ce, malgré la volonté inscrite dans la loi de réduire à zéro la perte nette de ces importants écosystèmes. Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a même admis le mois dernier que des correctifs importants à la réglementation et à la législation doivent être apportés pour pallier ce problème.

Quand on sait que près de 80 % des milieux humides présents avant la colonisation ont disparu à cause de l’activité humaine, il y a de quoi s’inquiéter à voir des élus municipaux vouloir liquider les derniers « représentants de l’espèce ». D’autant plus que les milieux humides constituent des tampons qui permettent de limiter les inondations. Doit-on rappeler les dégâts des inondations de juillet à Trois-Rivières ou de celles des années antérieures ?

Déni de démocratie

L’autre aspect inquiétant que soulève ce dossier concerne les failles du système démocratique de la Ville de Trois-Rivières. Non seulement la municipalité a envoyé une mise en demeure à la militante Joan Hamel pour des commentaires publiés sur les réseaux sociaux, mais le conseil municipal a également refusé de tenir un référendum consultatif malgré 7350 signatures contre le projet du Carrefour 40-55 et les avertissements de nombreux experts du milieu universitaire.

La dernière décision dans ce dossier a été tranchée pendant les vacances estivales par le maire Jean Lamarche, qui soutient que ce projet est nécessaire pour l’économie de la ville et que les revenus serviront même à lutter contre l’itinérance (sérieusement ?). Le projet avait pourtant été rejeté par l’ancien conseil en 2021.

Rappelons que le conseil actuel est particulièrement divisé et que les dernières séances municipales ont été extrêmement houleuses. La police a même été appelée lors de la séance du 20 juin et le conseil s’est ensuite déroulé à huis clos. La Ligue des droits et libertés a d’ailleurs critiqué les réactions de la Ville face aux manifestants, et l’avocat renommé Julius Grey va défendre la citoyenne Joan Hamel face aux démarches judiciaires entreprises par Trois-Rivières.

Plusieurs voyants antidémocratie sont passés au rouge dans ce dossier.

Changement de paradigme

Il faut reconnaître que les municipalités sont dépendantes des taxes foncières pour augmenter leurs revenus, donc de la destruction de milieux naturels pour susciter ou favoriser la construction d’immeubles résidentiels et d’établissements commerciaux ou industriels. Pourtant, des solutions à cette situation existent.

Les opposants au projet ont souligné l’importance de favoriser la densification industrielle, c’est-à-dire de concentrer les nouvelles infrastructures dans les parcs industriels existants et d’optimiser l’usage de l’espace, notamment en remplaçant des stationnements inutilement grands.

De plus, la possibilité de construire les infrastructures nécessaires pour la transition énergétique ailleurs qu’à Trois-Rivières a également été évoquée et pourrait s’avérer une option raisonnable.

Le projet du Carrefour 40-55, c’est l’arbre qui cache la forêt. Prise au cas par cas, la destruction des milieux humides peut sembler anodine, mais cette hécatombe doit cesser quand on constate l’ampleur du problème à l’échelle provinciale.

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