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Les blessures des peuples autochtones sont encore vives. Quel est le rôle des allochtones dans ce parcours vers la guérison? Crédit : Dominic Bérubé

Le 30 septembre prochain aura lieu la deuxième Journée nationale pour la vérité et la réconciliation. Initié suite au dépôt des rapports de plusieurs commissions d’enquête, ce jour férié décrété par le gouvernement fédéral de Justin Trudeau en 2021 est un geste significatif vers la reconnaissance d’une histoire douloureuse ainsi que des torts causés.   

Pour les familles brisées par le système de pensionnats dont des milliers d’enfants autochtones ne sont pas revenu(e)s vivant(e)s (et dont les personnes survivantes composent encore avec les séquelles), cette journée est à la fois une marque de reconnaissance mais aussi une douleur ravivée. Pour plusieurs personnes allochtones, affronter cette réalité est si difficile que cela provoque une réaction défensive : cette réalité ne cadre pas avec notre représentation de nous-mêmes. C’est donc un devoir de mémoire collectif que nous devons mettre en œuvre, mais cela est d’autant plus difficile que nos souvenirs diffèrent (pour dire le moins). 

Plusieurs intellectuels et intellectuelles se complaisent actuellement dans une chasse aux coupables : dire qu’au Québec, c’est pire qu’au Canada, s’arracher les cheveux sur la bonne façon de faire un énoncé de reconnaissance territoriale, etc. Mais ce genre de débat ne ramène pas les enfants perdus et n’aide en rien à rétablir des rapports plus sains. 

« C’est du passé, allons de l’avant » est une phrase que l’on entend souvent. C’est une façon de ne pas affronter une réalité certes difficile à accepter, de maintenir les choses dans l’état actuel. Aux gens qui vous sortiront ce genre de phrase, je suggère de répondre : « Tu réagirais bien, toi, si on t’arrachait tes enfants? Tu serais capable d’aller de l’avant et d’en “revenir”? ».

Une histoire de 400 ans, c’est long à réparer. Mais commencer maintenant est la chose la plus efficace. 

« Chaque enfant compte » : porterez-vous votre chandail orange?

Il n’est pas nécessaire d’avoir des enfants pour comprendre à quel point un rapt d’enfants organisé à échelle nationale est immonde, impardonnable et ne pourra jamais être réparé complètement. Mais de cette partie horrible de notre histoire, nous n’avons d’autre choix que de tirer des leçons. 

Lorsqu’on dit « chaque enfant compte », cela veut aussi dire que tout le monde doit être traité avec soin et dignité et que les torts commis à leur endroit doivent être réparés, même si les torts sont passés. Les enfants autochtones, les enfants allochtones, les enfants de 90 ans, les enfants qui ne sont pas nés et aussi celui ou celle que vous êtes encore un peu, au fond de vous. Autrement dit, il faut que nous prenions soin des êtres vulnérables, point à la ligne et développions notre sens collectif et du soin de l’environnement.

Qui parle au nom de qui?

Il n’est pas nécessaire d’occuper un poste important pour poser une action concrète et significative. D’ailleurs, parfois, à vouloir bien faire, on peut faire preuve de maladresse (par exemple, en mettant sur le dos des militants et militantes autochtones le fardeau de représenter toute leur communauté dans des moments qui sont difficiles émotionnellement). Il faut donc faire attention aux mots, se rappeler que ce n’est pas la « fête » du chandail orange et que les activités de commémoration peuvent réactiver des traumas. Il n’est toutefois pas nécessaire que vos actions soient à très grande échelle pour être significatives. Voici quelques exemples : 

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1- Acceptez que tout le monde ne peut pas aller à la même vitesse : la commémoration est difficile pour tout le monde mais à des degrés divers. Certaines personnes ne sont pas encore capables de s’imaginer elles-mêmes comme faisant partie d’un système d’injustices (elles ne se sentent pas responsables parce qu’elles n’ont pas « choisi » d’être dans ce système). 

2- Si vous n’êtes pas en mesure de participer à une activité collective, consacrez un moment à explorer sur une base individuelle l’œuvre d’artistes ou d’intellectuels et intellectuelles autochtones (une autrice, un musicien, un site utile, un film). Partagez ensuite vos coups de cœur avec vos proches.

3- Privilégiez l’échange direct avec votre entourage : convaincre ou sensibiliser une personne ou deux, c’est plus concret que de relayer un article sur les réseaux sociaux. 

4- Portez votre chandail orange en tâchant de voir ce qui pourrait être fait dans les 364 prochaines journées. 

5- Prenez soin de vous, de vos proches et de qui vous tendra la main. Parce que la reconstruction des rapports exige certes des changements à l’échelle nationale, mais aussi un engagement individuel de chacun et chacune d’entre nous.

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