Agathe Gentili, mars 2019

Au quotidien, la contrainte de la contraception pèse plus souvent sur les femmes que sur les hommes. Dans bien des cas, le couple choisit lequel des partenaires se protégera de façon plutôt inconsciente et la contraception devient au final une charge importante pour les femmes.

Un symbole d’indépendance des femmes

La conquête du droit fondamental de disposer librement de son corps a été le combat du 20e siècle pour les femmes des pays occidentaux. Au Québec, cette émancipation a pris son essor pendant la Révolution tranquille, une période d’importants changements sociaux et culturels. Le 10 juin 1960, la première pilule contraceptive est homologuée par le gouvernement fédéral. En avance sur les autres provinces, le Québec met en place le premier centre de planification des naissances au Canada en 1967 qui aide peu à peu les familles et les femmes à maîtriser leurs grossesses.

L’accès libre à la contraception est le symbole d’une reprise de contrôle des femmes sur leur corps et donc sur leur vie. Cette victoire s’étant faite dans le conflit, les hommes ont souvent été exclus de l’équation. Les formations sont presque exclusivement adressées aux femmes, par le biais des gynécologues et des travailleurs sociaux. Les grossesses sont le monopole des femmes et la responsabilité du contrôle de celles-ci leur a donc été attribué.

Charge inéquitable mais responsabilité partagée

Selon un sondage en ligne commandité par Bayer en 2014, 56 % des 1 500 répondants canadiens ont indiqué parler moins d’une fois par année, voire quasiment jamais, de méthodes contraceptives avec leur conjoint, et ce, même si 43 % d’entre eux doutaient de l’efficacité du moyen de contraception utilisé dans leur couple. Les méthodes contraceptives sont donc devenues pour beaucoup des éléments de l’intimité.

La pilule, contraceptif hormonal oral, est le moyen le plus utilisé au Canada. Cette méthode, exclusivement féminine, comporte des risques pour la santé, faibles mais bien présents. En effet, les femmes qui prennent la pilule ont un risque légèrement plus élevé que la moyenne de faire des accidents vasculaires cérébraux (AVC) et des infarctus du myocarde (crise cardiaque). Le risque augmente fortement si la personne fume. Certains contraceptifs oraux dit « de quatrième génération » avaient d’ailleurs créé la polémique il y a une dizaine d’années quand on avait constaté qu’ils provoquaient un taux de caillots sanguins de 1,5 à 3 fois plus élevé que les autres pilules.

Les conséquences physiques, psychologiques et économiques sont également importantes pour la personne qui utilise la contraception. Tous les contraceptifs hormonaux ne sont pas remboursés par les programmes de santé et cela peut peser lourd dans un budget. En outre, la prise d’une pilule à heure fixe chaque jour ne convient pas à tous les emplois du temps et les oublis peuvent rendre le moyen de contraception inefficace. C’est donc une contrainte de temps, d’argent et de santé dont certaines femmes aimeraient se décharger.

Les contraceptifs masculins, insuffisants

Les moyens de contraception féminins sont variés (pilule, stérilet hormonal ou au cuivre, implant, anneau vaginal, timbre dermique, diaphragme, cape cervicale, piqûre contraceptive, préservatif féminin, ligature des trompes), alors que l’homme n’a à sa disposition que le préservatif et la vasectomie. La culotte chauffante qui augmente la température des testicules et les injections de testostérone existent, mais ce sont des méthodes beaucoup plus invasives et contraignantes : l’injection de testostérone doit être hebdomadaire et le port de la culotte chauffante nécessite un spermogramme mensuel.

Par conséquent, la vasectomie est un choix naturel pour beaucoup d’hommes québécois dont le couple n’a pas ou plus le goût de concevoir. Environ 13 000 interventions de ce type sont pratiquées chaque année au Québec et chez les hommes de 50 ans, un sur trois a été opéré. Le remboursement par la Régie de l’assurance maladie et la possibilité d’effectuer la vasectomie sans aiguille ou bistouri ont largement contribué au succès de la procédure. Le caractère définitif de la vasectomie implique toutefois d’être certain de son choix.

L’avenir des contraceptifs masculins réversibles réside peut-être dans un produit appelé Vasalgel. Ce gel injecté qui bloque le passage des spermatozoïdes a été testé avec succès sur les lapins, puis les singes. Il est à l’essai chez les humains depuis 2016. Ce moyen de contraception serait réversible, sans hormone et offert à prix abordable. Les hommes sont pour la plupart prêts à partager la charge de la contraception, il appartient à la science de lever les obstacles.


Sources :

  • Sondage de Bayer :

https://www.bayer.ca/static/documents/news/fr/Bayer_National%20Survey_Release_FINAL%20FR.pdf

  • Enquête 2014-2015 sur l’état de santé de la population en Mauricie et Centre-du-Québec :

https://ciusssmcq.ca/telechargement/643/la-contraception-faits-saillants-de-l-enquete-quebecoise-sur-la-sante-de-la-popu

  • « Un gel injecté à des singes pourrait sonner le glas de la vasectomie ». Radio-Canada. 7 février 2017.

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1015325/gel-injection-fin-vasectomie-homme-contraception

  • Capsule Éducaloi. Légalité de l’avortement

https://www.educaloi.qc.ca/capsules/la-legalite-du-droit-lavortement

  • Décision Tremblay c. Daigle, [1989] 2 R.C.S. 530.

https://www.csf.gouv.qc.ca/wp-content/uploads/resume-dun-jugement-tremblay-c-daigle-1989-2-r-c-s-530.pdf

  • « Les 50 ans de la pilule ». Le Devoir. Amélie Daoust-Boisvert. 10 juin 2010.

https://www.ledevoir.com/societe/290598/les-50-ans-de-la-pilule

  • Projet de loi C-150 dit « bill omnibus » ou « bill Trudeau »

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1272502/bill-omnibus-pierre-elliott-trudeau-homosexualite-avortement-justice-loi-archives

et https://www.ledevoir.com/politique/canada/554270/il-y-a-50-ans

  • Marie-Pier Dion. 2009. Une stratégie tranquille, Serge Mongeau et le centre de planification familiale du Québec dans la société québécoise, 1965-1972.

http://depot-e.uqtr.ca/2001/1/030097053.pdf

  • Santé Canada. 2011. Mise à jour sur le risque accru de formation de caillots sanguins associé aux contraceptifs oraux Yasmin et Yaz (drospirénone).

https://canadiensensante.gc.ca/recall-alert-rappel-avis/hc-sc/2011/13563a-fra.php

  • Marine Corniou. 16 février 2017. Faut-il craindre la pilule?

https://www.quebecscience.qc.ca/sciences/faut-il-craindre-la-pilule/

  • Statistique Canada, Enquête sociale générale, 2011. Tableau 9, Distribution de la population ayant recours à une méthode contraceptive pour prévenir une grossesse, Canada, 2011.

https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/89-650-x/2012001/tbl/tbl09-fra.htm

  • Marie-Céline Ray. 1er février 2017. Futura Santé. « Vasalgel : ce nouveau contraceptif masculin est-il efficace? »

https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/sexualite-vasalgel-ce-nouveau-contraceptif-masculin-il-efficace-62223/

  • Joy Illustrations. 19 mars 2018. « La contraception si on en parlait ».

https://joylilworld.blogspot.com/2018/03/

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