Photo : Erik Cabrera

Voyage suspendu, solidarité maintenue : quand la coopération internationale se heurte aux tensions géopolitiques.

Je devais, au nom de La Gazette, accompagner Richard Grenier, coordonnateur des projets et des partenariats internationaux au Comité de solidarité Trois-Rivières (CS3R), et Pierre Lavergne, bénévole pour le projet de Guantanamo, à Cuba afin de produire une série de microreportages sur les enjeux vécus sur le terrain. L’objectif : documenter autrement la coopération internationale et donner la parole aux partenaires de la région. Mais la situation géopolitique en a décidé autrement. Pressions accrues des États-Unis, complexification des transactions financières et perturbations logistiques ont forcé l’annulation de notre déplacement, une réalité concrète que confirment les annulations de vols effectuées par des transporteurs canadiens en raison d’une pénurie de carburant sur l’île.  Impossible toutefois de détourner le regard. Même à distance, nous avons choisi de poursuivre la conversation. Parce que comprendre Cuba aujourd’hui exige de dépasser les caricatures et de contextualiser les réalités vécues sur le terrain.

 

Un projet ancré dans les liens humains

Le projet de coopération s’inscrit en partenariat avec la Coopérative de crédit et de services Luis Rustan Rodriguez, dans la région de Guantánamo. « Nos projets doivent s’inscrire dans la construction de liens humains forts, pas seulement dans l’envoi de ressources financières », explique Richard Grenier. « Aller sur place, c’est comprendre le contexte réel, voir les retombées concrètes et documenter les défis vécus par nos partenaires. »

Le projet vise l’amélioration des capacités de production, de transformation et de conservation des aliments, la formation de femmes, la mise en place de jardins communautaires urbains et l’adoption de pratiques agricoles adaptées aux changements climatiques. Au-delà de l’appui matériel, la mission devait permettre un transfert d’expertise entre les partenaires de Cuba et du Québec.

 

Une crise structurelle documentée (au-delà des clichés)

La situation actuelle à Cuba résulte d’une combinaison de facteurs complexes. Du côté canadien, tous vols vers Cuba ont été suspendus en raison de pénuries de carburant d’aviation sur l’île, ce qui touche des milliers de voyageurs et voyageuses et illustre la gravité des contraintes énergétiques. Le gouvernement du Canada recommande aussi aux citoyens et citoyennes d’éviter tout voyage non essentiel à Cuba, en raison des pénuries de carburant, d’électricité et de produits de première nécessité, ainsi que des perturbations généralisées des services. 

La crise énergétique est liée à une pression plus large : les sanctions américaines qui limitent l’accès de l’île aux importations d’énergie se combinent à des difficultés internes accrues par la pandémie et à des contraintes structurelles de l’économie cubaine. Pierre Lavergne précise que « Cuba souffre d’un embargo depuis plus de 60 ans causant toutes les pénuries dont le carburant vu le durcissement actuel du blocus. »

Des coalitions d’organisations civiles canadiennes ont récemment appelé le gouvernement d’Ottawa à condamner publiquement les mesures coercitives qui menacent l’accès à des biens essentiels comme l’alimentation, les médicaments et le carburant, soulignant les impacts humanitaires potentiels de ces politiques. 

 

Le quotidien sous la pénurie

Le CS3R demeure en contact régulier avec Gretchen Torres Cespedes, partenaire de longue date dans la région de Guantánamo.Son témoignage décrit un quotidien organisé autour de plusieurs manques : écoles fonctionnant à temps partiel, transports publics réduits, essence presque inexistante, coûts de déplacement triplés, production agricole fragilisée…

« Tant qu’il y aura de l’électricité, nous pouvons communiquer par courriel », explique Pierre LavergneMais chaque échange dépend de quelques heures de courant. Cette fragilité nous rappelle à quel point la coopération repose sur des conditions matérielles de base. »

 

Médias, perceptions et angles morts

Pierre Lavergne soulève aussi la question de la couverture médiatique. « Quand on lit les commentaires du public, on constate à quel point les perceptions sont polarisées. Il y a peu d’espace pour comprendre la complexité de la réalité cubaine, au-delà des clichés. » Des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch documentent les enjeux liés aux libertés civiles à Cuba. D’autres analyses, y compris au Canada, pointent du doigt une certaine incohérence dans la manière dont les médias couvrent les relations Cuba-Occident, souvent influencée par des cadres idéologiques ou économiques.

 

Le déplacement est reporté, mais la volonté demeure intacte.

« La solidarité ne s’annule pas avec un billet d’avion », affirme Richard Grenier. Elle s’adapte, elle persiste et elle cherche à comprendre. » Informer sur Cuba aujourd’hui exige nuance, rigueur et indépendance. Ni idéalisation, ni caricature : simplement la volonté d’exposer les faits, d’écouter les partenaires et de maintenir le dialogue. Parce qu’un média indépendant ne reproduit pas seulement des dépêches. Il éclaire les zones grises. Et cette histoire ne s’arrête pas à l’annulation d’un vol. 

 

Galerie de Photo et témoignage de Erik Cabrera, photographe actuellement à Cuba :

 

 

Avec le renforcement du blocus et l’interdiction des importations de carburant à Cuba, la population cubaine est confrontée à des difficultés accrues au quotidien. Déjà en proie à une crise de son réseau électrique, faute de pétrole pour ses infrastructures, le pays subit des coupures de courant plus fréquentes, rendant la cuisine, les tâches ménagères et la conservation des maigres réserves alimentaires extrêmement difficiles. Ces nouvelles mesures, conjuguées à la pénurie d’essence, ont paralysé une grande partie des transports. Les hôpitaux ont dû se limiter aux services essentiels, tandis que les universités et leurs étudiant-es suivent des cours à distance. Malgré la difficulté de la situation et les nombreuses préoccupations quotidiennes, la population n’a rien perdu de son humour ni de sa joie de vivre. Ils continuent d’avancer, cherchant des solutions et trouvant le bonheur au quotidien et riant de leur propre malheur pour échapper à la situation actuelle.

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