On peut sans hésitation dire qu’on a toujours apprécié la proximité de l’eau, à preuve, la grande majorité de la population du Québec habite le long du fleuve Saint-Laurent. Déjà, avant la colonisation, les Premières nations y trouvaient les ressources pour vivre et leur principal moyen de déplacement ; ne nommaient-ils pas le Saint-Laurent Magtogoek, qui signifie le « chemin qui marche » ? Qu’en est-il aujourd’hui ? Nos lacs et nos rivières ne sont pas aussi accessibles qu’autrefois : lacs privés, aménagement d’installations portuaires, réglementation et tarification restrictives.

Avec les changements climatiques qui intensifient les épisodes de chaleur, se rafraichir dans nos cours d’eau devient de plus en plus une nécessité. Or, de nombreux résident-es ont un accès bien limité aux 17 500 lacs mauriciens. Pourtant, le Code civil du Québec reconnait que le lit des lacs et des cours d’eau navigables est de propriété publique. Si bien qu’en principe, l’ensemble des citoyen-nes devrait y avoir accès. En pratique toutefois, dans bien des cas, la totalité des bords de lacs est occupée par des propriétés privées, niant de facto l’accès à cette ressource publique. Il faudrait un hélicoptère ou un hydravion pour y accéder !

Et plusieurs Municipalités tentent de restreindre l’accès aux débarcadères publics pour les non-résident-es. En 2011, la Cour d’appel du Québec a réaffirmé le caractère public des cours d’eau, invalidant un règlement de la Municipalité de Saint-Adolphe-d’Howard qui interdisait aux personnes non résidentes d’utiliser le débarcadère public du lac Saint-Joseph. En réponse à cette décision, certaines Municipalités ont adopté une tarification exorbitante pour les non-résident-es.

Bien sûr, les enjeux de contamination environnementale provenant du transport d’embarcations de lacs en lacs et l’érosion causée par les vagues qu’entrainent les sports nautiques motorisés sont bien réels. Mais cela ne devrait pas servir de prétexte pour restreindre l’accès des lacs aux résident-es uniquement, ou même seulement aux propriétaires de terrains riverains. Il est tout à fait possible d’envisager une réglementation imposant le lavage des bateaux, comme cela existe au lac des Piles, ou encore une limitation des sports nautiques motorisés.

En outre, entre Shawinigan et Trois-Rivières, plusieurs hésitent avec raison à plonger dans la rivière Saint-Maurice, alors que les villes limitrophes comme Shawinigan y déversent régulièrement des eaux usées. Selon Le Nouvelliste, plus de 13 000 déversements d’eaux usées ont été dénombrés dans la rivière Saint-Maurice en 9 ans. La plage de l’île Saint-Quentin, seul point d’accès baignable officiel à proximité du centre-ville de Trois-Rivières, présente un indice de qualité de l’eau qui interdit parfois la baignade lorsque les seuils environnementaux sont dépassés. Pourquoi ne pas multiplier les stations d’échantillonnage le long de la rivière, aux endroits qui pourraient se prêter à la baignade ?

Par ailleurs, à Trois-Rivières, le site appelé communément « plage à chiens », près du boulevard des Estacades, fournit un accès somme toute limité, et la plage à Bozo, qui donne sur le lac Saint-Pierre, est loin du centre-ville. À l’île Saint-Quentin, le tarif d’entrée imposé par l’administration, bien que peu élevé, constitue une barrière pour les personnes et les familles moins nanties. Comment une ville si entourée d’eau peut-elle réserver si peu d’accès à ses citoyen-nes ? Instaurer la gratuité grâce à un financement public adéquat donnerait un coup de pouce aux ménages à faible revenu, avec les bienfaits que l’on connait des espaces verts sur la santé globale.

Certain-es médecins commencent d’ailleurs à prescrire des « bains de nature » à leurs patient-es qui souffrent de problèmes de santé mentale comme la dépression ou les troubles anxieux. Bien que cela ne soit pas encore une pratique répandue en Mauricie, le programme Prescri-Nature, soutenu par le Collège des médecins depuis 2022, permet aux médecins d’accorder une carte d’entrée dans les parcs nationaux.

Ailleurs, dans l’arrondissement de Verdun, à Montréal, l’administration a instauré une consultation sur un projet appelé Trame verte et bleue, un plan pour quantifier et augmenter l’accès aux parcs et aux cours d’eau pour les résident-es. À Laval, l’administration municipale use de son droit de préemption, soit le droit de premier acheteur lorsqu’une résidence est mise en vente, pour acquérir des propriétés à juste prix sans expropriation et créer des parcs au bénéfice des citoyen-nes.

Les lacs et les cours d’eau font partie de notre identité profonde. Le fleuve Saint-Laurent sur lequel tant ont navigué et que nous admirons toujours, la rivière Saint-Maurice comme un train naturel pour les billots de jadis, et tous ces lacs qui inspirent calme et sérénité : et si on faisait de l’accès universel à nos cours d’eau et rivières un projet collectif pour la Mauricie ?

« J’ai pour toi un lac

Quelque part au monde

Un beau lac tout bleu

Comme un œil ouvert

Sur la nuit profonde. »

– Gilles Vigneault

 

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